Un père et son fils comparaissaient ce mardi 17 mars devant le tribunal correctionnel de Nîmes. Leur tort : avoir tenté d’entrer dans le logement d’une famille, à Aigues-Mortes, dans le but de « discuter » selon Habib, le père, ou d’en « découdre » selon l’interprétation du tribunal. L’altercation démarre entre les deux mères des deux familles en conflit. La cause ? Une place de parking au Grau-du-Roi, lieu de travail de la compagne et mère des prévenus du jour.
C’est le 22 avril 2022 que le père de famille, et prévenu, reçoit un appel téléphonique de sa compagne lui annonçant qu’elle vient d’être agressée. Il apprend par la même occasion par son épouse qu’elle serait victime d’un harcèlement qui dure depuis un an de la part de cette famille. Après de nouveaux heurts avec l’autre mère de famille, cette dernière aurait été poussée au sol par l’un des deux fils. Ni une, ni deux, le prévenu d’une quarantaine d’années s’est rendu au domicile des prétendus bourreaux de sa femme. « Ma femme était devenue le souffre-douleur de cette famille », s’indigne le prévenu.
Boîte aux lettres et porte
L’homme s’est présenté à leur domicile une première fois, sans succès. La boîte aux lettres de la famille sur place, mais aussi la porte d’entrée ont été endommagées. Porte qui a arboré un trou béant pendant plus d’un an, la famille visée ayant très peu de moyens, comme soutien leur avocate, maître Manon Casteran. C’est alors qu’il a retenté sa chance en présence de son fils, Rayan, également prévenu dans cette affaire. À cet instant précis, seuls les enfants de la famille sont présents. Une enfant de 13 ans, un adolescent de 18 ans et un jeune adulte âgé de 22 ans.
Les versions sont ensuite contradictoires. Les deux prévenus évoquent simplement être venus pour discuter, quand les trois enfants, rapidement rejoints par leur père, soutiennent avoir été terrorisés par la scène. Les deux prévenus ayant tenté de rentrer dans leur domicile en cassant la porte. Reclus à l’intérieur du logement, les enfants se seraient saisis de couteaux. Le père prévenu évoque plutôt qu’ils auraient tenté de les blesser volontairement. « Je reconnais de la légitime défense, mais pas de violences », explique-t-il.
Un poing américain
Dans une vidéo filmée par la famille victime dans cette affaire, le père de la famille opposée sort un poing américain de sa poche avant de s’en servir contre l’un des membres de la famille. Pourtant, le prévenu soutient avoir ramassé cet objet par terre et qu’il appartiendrait à la famille rivale. Qui dit présence d’une arme, dit qualification de violences avec armes. D’autant que son fils, l’ayant rejoint, s’est battu avec le père de la famille adverse.
Les faits ont donc également été réalisés en réunion. Le père prévenu n’en démord pourtant pas : « Je frappe chez eux, on me reçoit avec des couteaux », exhorte-t-il. D’autant que la procédure souligne que la benjamine, âgée de 13 ans, serait sortie armée d’un couteau de cuisine, avant d’être désarmée par un passant. « Si on va au domicile, c’est pour exercer des représailles », lance Frédéric Kocher, procureur de la République, avant de requérir une fourchette de peines allant de 6 à 8 mois à l’encontre des deux prévenus.
Une peine avec sursis
Soulignant le comportement agressif des victimes dans cette affaire, l’avocat de la défense intervenant pour Rayan a dit regretter l’absence des victimes à l’audience, qu’il considère comme ayant eu leur rôle à jouer dans cette scène de violences. Retenant la légitime défense et l’absence de son client lors des dégradations effectuées, le conseil a plaidé la relaxe pour son client. « Je regrette que ce soit passé comme ça, mais je n’ai pas d’excuses à faire à des personnes qui ont agressé ma femme et qui m’ont mis des coups de couteaux », dit Habib, brandissant son bras qu’il dit plein de cicatrices.
Le tribunal a déclaré les deux hommes coupables des faits reprochés. Ils ont tous deux été condamnés à 8 mois d’emprisonnement intégralement assorti du sursis simple, à une interdiction de détenir ou porter une arme pendant 5 ans et de rentrer en contact avec les victimes pendant 3 ans. Les constitutions de partie civile des membres de la famille victime ont été accueillies par le tribunal, présidé par Vanessa Jean-Amans. Les deux prévenus vont devoir leur payer 1 000 € chacun au titre des dommages et intérêts.