Assis au premier balcon sur un coussin rouge, le père, Yann Pradal essoufflé, intervient à la grande surprise du public assis à ses côtés.
L'hôpital en prétexte
Une forme théâtrale intime, parfois drôle, parfois rude. Dans ce roman à forte teneur autobiographique, l’auteur évoque sa dépression, son homosexualité et surtout la figure du père. L’adaptation théâtrale choisit de placer ce dernier thème au centre du récit. Le texte est structuré en une succession de tableaux intimes, centrés sur les mots, les incompréhensions, les silences et les non-dits qui ont construit une relation à la fois distante et proche.
« Je crois qu’il va bientôt mourir. Il me l’a dit douze fois ». Confronté à la mort annoncée de son père, le fils entreprend une relecture de leur histoire commune. Il tente de comprendre ce qui les a liés, puis séparés, et cherche à mettre des mots sur ce qui n’a jamais été exprimé. Le narrateur évolue dans une salle d’attente d’hôpital, espace central de la mise en scène et pourtant prétexte, qui se transforme au fil des souvenirs.
Vassili Schneider incarne le fils. Il porte seul l’essentiel du texte et traverse les différents états du personnage et les étapes de sa jeune vie. Colère, fragilité, tristesse. Face à lui, le père est incarné par Yann Pradal, assis dans le public. Il observe, écoute, intervient parfois, soulignant les paradoxes de cet homme taiseux, incapable d’exprimer ses sentiments et justifiant son comportement de père lorsque son fils était enfant.
Du père au fils
Il s'agit d'un dialogue entre un fils et son père, un peu avant que ce ne soit plus possible. Cette transposition vise une dimension plus générale, centrée sur les derniers échanges possibles entre un enfant et son parent. Le spectacle s’attache à cette confrontation finale, faite de souvenirs fragmentés, de rancœurs enfouies et d’attentes déçues. Mais une explication qui semble salutaire, pour les deux.
La mise en scène repose sur un dispositif frontal, un décor unique de salle d’attente des urgences et un travail appuyé sur la lumière et la création sonore. La Bohemian Rhapsody de Queen accompagne la scène, douce, diffuse et lancinante, puis éclate dans une séquence théâtrale. Ce choix accompagne la progression du récit et souligne les changements d’état du narrateur. Le texte est livré de manière relativement fidèle au roman, sous forme d’extraits sélectionnés et mis en dialogue.
L’adaptation fait le choix de réduire la place accordée à l’homosexualité et à la dépression, pourtant centrales dans le livre, afin de recentrer le propos sur la figure paternelle. Ce resserrement structure l’ensemble du spectacle et oriente la lecture vers l’exploration du lien père-fils, de ses blocages et de ses tentatives tardives de rapprochement. Tant qu'il en est encore temps.
Avant que ce soit trop tard
Porté principalement par le jeu de Vassili Schneider, La prochaine fois que tu mordras la poussière propose à Avignon une lecture scénique concentrée et intime du roman de Panayotis Pascot, axée sur la parole empêchée et la difficulté de tout se dire avant que ce ne soit plus possible.
Ne rien laisser entrer, c’est ce que le père a transmis. Laisser entrer la vie, affirme le fils en réponse, comme une nécessité vitale. Faire son lit, puis le défaire ensuite. Le fils y voit l’essence même de l’homme, un geste absurde et pourtant essentiel, une façon de lutter contre la dépression.
Régler ce qui peut encore l’être semble devenir alors une étape nécessaire, presque un rituel, avant d’envisager le départ plus apaisé. Un cheminement intime qui a trouvé un écho immédiat dans la salle. Le public se lève. Standing ovation.