Le choc est immense. Et les rassemblements vont se poursuivre après la mort de la petite Lyhanna, cette fillette de 11 ans tuée dans le Gers. Ce lundi à 19 heures, des Nîmois et des Gardois se rassembleront une nouvelle fois devant le tribunal. Tous réclament des changements dans la prise en charge des affaires d'agressions sexuelles et de viols sur mineurs. L'émotion est légitime. La colère aussi. Mais au-delà du drame et des responsabilités qui devront être établies, cette affaire pose une question plus large : notre système de protection de l'enfance dispose-t-il encore des moyens nécessaires pour remplir sa mission ? Depuis des années, les professionnels de l'Aide sociale à l'enfance alertent sur leurs difficultés. En 2023, près de 385 000 mineurs et jeunes majeurs bénéficiaient d'une mesure de l'ASE en France, un niveau historiquement élevé. Les situations à traiter se multiplient, tandis que les dossiers deviennent toujours plus complexes. Dans le même temps, le secteur souffre d'une pénurie de professionnels. Éducateurs spécialisés, psychologues, assistants familiaux, personnels de foyer : partout, les recrutements deviennent difficiles. Les structures de protection de l'enfance peinent à pourvoir leurs postes alors même que les besoins augmentent. Le Gard n'échappe pas à cette réalité. Comme ailleurs, les services sont confrontés à une hausse constante des situations d'urgence, à une judiciarisation croissante des conflits familiaux et à des dossiers toujours plus lourds liés aux violences sexuelles et intrafamiliales. Le tout dans un contexte budgétaire de plus en plus contraint pour les départements. Quand les alertes se multiplient et que les moyens humains peinent à suivre, le risque n'est pas seulement l'épuisement des professionnels. Le risque, c'est qu'un signal faible passe inaperçu. Et qu'un jour, il se transforme en drame. L'affaire Lyhanna nous oblige à regarder cette réalité en face. Non pas pour désigner à la hâte de nouveaux coupables, mais pour s'interroger collectivement sur les moyens accordés à la protection de l'enfance. Dans le Gard, sommes-nous certains de disposer des moyens humains nécessaires pour que chaque signalement soit traité avec toute l'attention qu'il mérite ? Sommes-nous certains que notre système, déjà sous tension, pourra répondre demain à des besoins toujours plus nombreux et plus complexes ? Car la protection de l'enfance ne se juge pas à sa capacité à réagir après l'irréparable. Elle se juge à sa capacité à l'empêcher.
Publié il y a 1 h -
Mise à jour le 15.06.2026 - Abdel Samari - 2 min
ÉDITORIAL Affaire Lyhanna : la protection de l'enfance face à ses limites
L'émotion suscitée par la mort de la fillette de 11 ans ne doit pas faire oublier une réalité dénoncée depuis des années : des services de protection de l'enfance confrontés à des besoins croissants et à un manque de moyens.
Il vous reste 80% de l'article à lire.
Pour continuer à découvrir l'actualité d'Objectif Gard, abonnez-vous !
Votre abonnement papier et numérique
à partir de 69€ pour 1 an :
- Votre magazine en version papier et numérique chaque quinzaine dans votre boite aux lettres et en ligne
- Un accès illimité aux articles exclusifs sur objectifgard.com
Abdel Samari