Publié il y a 1 h - Mise à jour le 15.06.2026 - Propos recueillis par Corentin Corger - 6 min  - vu 117 fois

FAIT DU JOUR Mehdi Rahmouni à la Coupe du monde : "Un rêve de gosse"

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Cyril Mugnier, François Letexier et le Nîmois Mehdi Rahmouni 

- Photo DR

Cette nuit, lors du match entre la Côte d'Ivoire et l'Équateur, le Nîmois Mehdi Rahmouni est devenu le premier arbitre gardois a officié lors d'un match de Coupe du monde, la plus prestigieuse des compétitions de football. Un aboutissement pour l'arbitre assistant de François Letexier âgé de 37 ans qu'Objectif Gard a rencontré avant de partir pour cette aventure unique. 

Objectif Gard : Comment avez-vous appris que vous étiez retenu pour la Coupe du monde ?

Mehdi Rahmouni : J'ai reçu un message WhatsApp de félicitations d’un collègue arbitre mauritanien. Je n'étais pas au courant. C'est comme ça que je l'ai appris et François Letexier aussi. Ensuite, il m’a appelé pour me prévenir. Dans un second temps, on a eu le directeur de l'arbitrage, Anthony Gauthier, qui nous a appelés pour nous dire qu'il était hyper heureux que l’on représente la France.

Qu’est-ce que vous avez ressenti ?

C'était l'un des objectifs en début de saison que l’on avait dans un coin de notre tête. On a fait preuve de régularité et on a vraiment travaillé pour y aller. Il y a beaucoup de fierté, puisque c'est ma première participation à une Coupe du monde d'équipes A. J'ai repensé à plein de choses : à mon parcours dans l'arbitrage, à mes premiers souvenirs, à mon papa qui m'amenait à l'époque dans les matchs du district Gard-Lozère et qui me regardait avec fierté à l'époque. Il ne fait plus partie de ce monde, mais je suis sûr qu'il serait fier aujourd'hui du chemin parcouru et de ce que je réalise dans l'arbitrage. J'ai pensé aussi à mes enfants, ce sera une histoire que je leur raconterai, à ma femme aussi qui m'a soutenu et ma famille. Je suis heureux de réaliser ce rêve de gosse avec mon équipe. Cela fait 11 ans maintenant que je suis avec François Letexier et Cyril Mugnier, c'est vraiment une aventure humaine et sportive. Avec François, on s'est connu en National, c'est un aboutissement de faire une Coupe du monde.

Qu’est-ce que ça représente comme sacrifices pour en arriver là ?

L'arbitrage, ça reste une compétition, il faut faire partie des meilleurs. Après ce qui est difficile, c'est que ce n'est pas un sport collectif. On s'entraîne tout seul. Au foot, il y a les copains qui nous motivent et il y a un entraîneur qui prend en charge l'entraînement. Là, le préparateur physique nous envoie la séance à faire et il faut se motiver tout seul. Cela nécessite de trouver des ressources internes pour aller s'entraîner quand on n'a pas la motivation. Et puis, il y a des matchs qui ne se passent pas forcément bien et qui nous font douter sur nos capacités. C’est aussi des sacrifices sur le plan familial, c'est beaucoup de déplacements. On n'est pas souvent à la maison et nous, tous les week-ends, on est à l'extérieur.

"Les conditions sont très difficiles"

Justement vous êtes papa de deux enfants, comment vivez-vous l’éloignement ?

Je vais être absent au minimum six semaines. Ce n'est pas évident, c'est un vrai choix. Ce n'est pas facile pour prendre des nouvelles avec le décalage horaire. Après c'est une routine que j'ai avec ma famille. Ma femme était sportive de haut niveau, elle sait comment une carrière est courte et les sacrifices que cela demande. Donc, j'ai cette chance. Elle m'a accompagné au maximum pour que je puisse être serein et focus sur mes compétitions. Après, en fonction du temps que je reste, je verrai pour les faire venir. 

Comment vous préparez-vous aux fortes chaleurs et aux longs déplacements ?

On a un staff médical qui nous suit de près. Et également un nutritionniste qui nous accompagne avec un programme à suivre pour vraiment être au mieux dans la performance et ne pas se mettre en danger sur le plan physique. On a fait des matchs l'an dernier sous 45 degrés et les conditions sont très difficiles. Du coup, j'ai changé énormément de choses, je contrôle davantage mon hydratation avant les matchs. La veille, je commence à rajouter des apports dans mes boissons pour activer l'hydratation au maximum avec des vitamines. Les jours de match, pareil, je profite des pauses fraîcheurs pour préparer des boissons spéciales. Tout est calculé. À la mi-temps, on nous donne un gel un peu booster. L'effort physique est intense dans des conditions climatiques extrêmes. Dès qu'on termine le match, on a une gourde protéinée à boire parce qu'on perd énormément d'eau et de muscles. La FIFA fait hyper attention là-dessus. Pour nous les assistants, on fait beaucoup de courses à très haute intensité, on dépasse 30 km/h. Avec des joueurs toujours mieux préparés et un football qui va encore plus vite, on est obligé d'être très entraîné pour pouvoir suivre le rythme des matchs.

"L'arbitrage français fait partie des meilleurs du monde"

L’arbitrage français est souvent critiqué, pourtant huit arbitres de l'Hexagone ont été retenus dont les deux centraux Letexier et Turpin, quel est votre sentiment ?

Aujourd'hui, il ne faut pas rougir de dire que l'arbitrage français fait partie des meilleurs du monde. La preuve en est. Clément Turpin a été élu meilleur arbitre au monde en 2025 devant François Letexier qui avait reçu ce titre en 2024. Cette année-là, on a fait la finale de l'Euro, en mai 2026 on a arbitré la finale de l’Europa League, ce ne sont pas des désignations qu'on donne à la légère mais parce que les arbitres sont performants. C‘est historique, jamais huit Français ont participé à une même édition de la Coupe du monde. Avant, on était amateur alors qu'on arbitrait un championnat professionnel. Depuis 2016, le statut d’arbitre professionnel existe. En 10 ans, on voit les effets et les conséquences de ce passage au professionnalisme. Aujourd'hui, ça porte ses fruits.

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Après la Ligue des Champions et l'Euro, Mehdi vit un rêve de gosse avec la Coupe du monde • Photo DR

À choisir, vous préférez arbitrer la finale ou que la France soit en finale ?

Forcément, on ne peut pas arbitre des équipes du groupe de la France et pareil pour celui du Maroc car ayant des origines marocaines, j'ai voulu être totalement transparent avec la FIFA. Quand on est arbitre, il faut déjà se concentrer sur son parcours que sur celui de l'équipe de France. Car nous-mêmes, on peut ne pas être performant et ne pas arriver en finale. Si on est arbitre, c'est que l’on aime le foot et on est tous supporters de l'équipe de France. La locomotive, ce n'est pas l’arbitre mais l’équipe de France. Les gens ne viennent pas dans un stade pour regarder l'arbitre. Si la France réussit, toute la fédération se portera bien et l'arbitrage ira bien également. On est derrière les Bleus car en fonction du parcours, ça nous ouvrira ou non des portes. 

Pour votre trio, quel est votre objectif sur ce mondial ?

Ce qui est fou, c'est que dans l'arbitrage, on a toujours des objectifs à très court terme. On savoure rapidement parce qu'il y a un nouveau match qui arrive et on doit se reconcentrer. On a un match, ça c'est sûr ! L'objectif que j'ai, en tout cas, c'est de le réussir. On a l'assurance d'arbitrer qu’un seul match. Tout est déterminé au fur et à mesure de nos performances. Si notre match se passe bien, on en aura un deuxième et ainsi de suite. Rien n'est acquis.

"C’est une fierté d'être le premier gardois"

Arrivez-vous à prendre du recul et à profiter de ce que vous vivez ?

En réalité, c'est très court. Dès que je suis rentré de la finale à Istanbul, j'étais déjà en train de m'entraîner parce que j'avais déjà switché sur la Coupe du monde. Ce sont des moments où finalement, on ne profite pas. Ce sont nos proches qui nous font réaliser, qui nous disent : c'est incroyable, tu étais là, il faut que tu profites. C'est vrai que quand on se pose, on se dit que le chemin parcouru est quand même incroyable et on repense à des souvenirs. Après on est en mission donc on a la tête dans le guidon. À Miami, où se situe notre camp de base, on peut aller voir quelques matchs. Après, on les regarde à l'hôtel pour notre préparation et être en immersion dans la compétition. On est vraiment là pour le foobtall donc c'est intense.

Vous êtes le premier arbitre gardois à faire une coupe du monde, qu’avez-vous envie de dire à des jeunes qui veulent se lancer dans l’arbitrage ?

C’est une fierté d'être le premier gardois. Cela peut servir de vitrine parce qu'il y a quelques années en arrière, quand je suis allé récupérer mon dossier pour devenir arbitre rue Séguier, au district Gard-Lozère, je ne pensais pas que j'allais être à la Coupe du monde. J’aimerais bien aussi que cela fasse réaliser à certains jeunes nîmois que tout est possible. Quand on est jeune, on rencontre parfois des difficultés, on a peur d'aller arbitrer tel ou tel club. L'arbitrage, c'est un parcours qui construit un homme sur le plan sportif et aussi sur le plan humain. Il faut tenter, ne pas se donner de limites, toujours rêver. Je me dis toujours que le travail finit par payer. On ne sait pas quand, ça, on ne le maîtrise pas, mais il finit toujours par payer. Et la preuve en est, aujourd'hui, c'est beaucoup de sacrifices, de travail et de patience. Je représente fièrement ma région et ma ville.

Sur le même sujet : FAIT DU JOUR Le Manduellois Mehdi Rahmouni, arbitre assistant de la finale de l'Euro

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