Publié il y a 1 h - Mise à jour le 12.06.2026 - Olivier Lemierre - 3 min  - vu 61 fois

ENVIRONNEMENT Ligne THT: Renaud Muselier prend position pour la Camargue

L'opposition à la ligne 400 000 volts prend de l'ampleur de jour en jour. 

- PHOTOPQR/VOIX DU NORD/MAXPPP

Dans une lettre, Renaud Muselier refuse "le passage en force" de l'État pour l'installation d'une ligne très haute tension de 400 000 volts entre Jonquières-Saint-Vincent dans le Gard et Fos-sur-Mer dans les Bouches-du-Rhône. 

Jean-Laurent Lucchesi ne s'y attendait pas. Avec quelques membres du collectif THT13/30, il s'est invité ce matin au conseil syndical du Parc Naturel Régional de Camargue, qui, après les élections municipales, devait procéder à l'élection de son (sa) président(e). Une petite visite pour demander au Parc de se mobiliser plus qu'à présent contre le projet de ligne très haute tension de 400 000 volts entre Jonquières-Saint-Vincent et Fos qui risque d'impacter lourdement les territoires exceptionnels de la Camargue, des Alpilles et de la Crau, mais aussi de la Terre d'Argence et des Costières.

Anne Claudius-Petit, la présidente réélue du Parc, très proche de Renaud Muselier, président de la Région Paca, qui lui a confié la protection de la Camargue et la gouvernance de ce parc, les a très vite rassurés en lisant la lettre adressée la veille par Renaud Muselier au préfet de Région Jacques Witkowski. Une lettre qui fait suite à la vive inquiétude sur le territoire provoquée par l'ouverture de l'instruction de la demande de déclaration d'utilité publique.

Un savant équilibre à préserver

C'est en termes choisis, mais très clairs, que Renaud Muselier s'adresse au représentant de l'État. "Nous sommes face à deux ambitons construites il y a plus de 50 ans. Elles ne doivent pas être mise en opposition. D'un côté la Camargue, la Crau et son Parc naturel régional qui constitue un patrimoine naturel exceptionnel reconnu bien au-delà de nos frontières. Ses roubines, sa biodiversité, ses traditions, ses rizières, sa faune sauvage : ces atouts environnementaux et culturels ne peuvent être remis en cause (...) De la même manière, la zone industrialo portuaire de Fos et de Port Saint-Louis s'est imposée comme un moteur économique majeur, créateur d'emplois et de richesses. Son port international, ses industries, son potentiel de développement, sa localisation stratégique, rendent cette zone unique en Europe. En tant que chef de file du développement économique et de l'aménagement du territoire, la région Paca est particulièrement attentive à ce savant équilibre dosé et mesuré qui doit perdurer".

Si Renaud Muselier dit partager l'ambition du président de la République de faire de la zone de Fos le pôle européen de l'industrie décarbonnée, "une telle ambition ne saurait se traduire par la seule réalisation d'infrastructures énergétiques, sans vision d'ensemble, sans garantie pour les populations concernées". Des besoins en eau, en routes, sont aussi nécessaires. En matière d'énergie, il s'interroge : "Est-ce que la ligne THT 400 000 volts est la meilleure des options au regard de ces besoins ? Est-ce que le projet de deux lignes de 250 000 volts avec quels tracés, quels tronçons enterrés est crédible ? L'idée d'un mini réacteur nucléaire est aussi à étudier à plus long terme. À ce jour les réponses n'ont pas été apportées. Dans ces conditions, la ligne THT projetée ne répond pas à la problématique globale et ne peut constituer à elle seule un préalable acceptable au développement du territoire".

"Pas de passage en force"

Le président de la région Paca, qui a concerté les élus locaux, convient avec eux que la décarbonisation de notre industrie ne peut signifier de sacrifier un territoire. Et en ce qui concerne spécifiquement le Parc Naturel Régional de Camargue, "la précédente charte, comme la future indique bien que ce territoire n'a pas vocation à accueillir des infrastructures lourdes de transport d'énergie. La Région, le Département, la Métropole, les communes concernées sont prêts à participer à l'effort national. Mais aucun de nous n'acceptera une logique de passage en force qui entrainerait un blocage irrémédiable. Il est possible de construire une solution partagée, respectueuse à la fois des impératifs de réindustrialisation, de décarbonation et de préservation des patrimoines naturels exceptionnels qui font la richesse de notre région".

Sans crier victoire, le collectif THT13/30, se félicite de cette prise de position de poids, qui intervient après celle de Carole Delga, présidente de la région Occitanie, opposée à la ligne aérienne. "C'est un signal fort envoyé à l'Etat. Cette nouvelle prise de position montre qu'une voie de dialogue responsable est possible".

Cependant le collectif note qu'à ce jour, "aucune décision définitive n'a été prise et le sort de nos territoires dépend encore du Président de la République, qui a décidé d'arbitrer seul ce dossier stratégique. Il ne s'agit pas d'un arbitrage technique ou financier inévitable, mais d'un choix politique assumé, qui privilégie une transformation à marche forcée plutôt qu'une transition juste, respecteuse des terres et des personnes".

Et de conclure : "Nous demeurons attachés à une solution alternative enterrée, plus respectueuse des espaces traversés et des patrimoines remarquables de Camargue, de Crau, de la Terre d'Argence et des Costières de Nîmes. C'est dans cet esprit de responsabilité, de concertation et de protection du territoire que nous entendons poursuivre notre action".

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