Le ministre a commencé son discours sur l'intelligence artificielle. Il tient à calmer les ardeurs de ceux qui prétendent tout prévoir. "Quand vous parlez avec des gens sérieux, l'IA, ça ne sait même pas ce qui va se passer en trois mois. Donc être capable de décrire par le menu tout ce qui va se passer dans les cinq, dix, vingt ans ne paraît qu'illusoire." affirme le ministre. Sa métaphore autour du surf a marqué les esprits "Face à la vague de transformation que représente l'IA, il ne sert à rien de rester passif ni de résister. Il faut ramer, c'est-à-dire anticiper, se former, se mettre en mouvement pour être à la vitesse de la vague quand elle arrive."
Pour accompagner cette transition, il a annoncé trois axes de travail. Le premier est un grand plan de formation pour "quelques millions de professionnels dans ce pays en trois-quatre ans". Le deuxième vise les PME, souvent livrées à elles-mêmes sur ces sujets, avec la création d'un dispositif de "booster" en partenariat avec les CCI et France Travail pour aider chaque dirigeant à comprendre ce que l'IA peut concrètement apporter à son activité. Le troisième axe concerne le dialogue social, avec un appel aux syndicats à sortir du mode résistance. "Ils se mettent en mode résistance. Ils jettent les ancres. Et ça n'aide pas pour prendre la vague."
L'emploi des seniors et des jeunes, un gisement de 70 milliards
Jean-Pierre Farandou a également insisté sur deux angles morts du marché du travail français. Si la France se situe dans la moyenne européenne pour l'emploi des 25-60 ans, elle accuse un retard significatif aux deux extrémités. Les jeunes entrent trop tard dans l'emploi, les seniors en sortent trop tôt. "Si on ramenait les seniors français au niveau des Allemands, on gagne 45 milliards d'euros par an en finances publiques. Si on ramène les jeunes français au niveau des meilleurs jeunes européens, on gagne 25 milliards. C'est considérable. On est assis sur 70 milliards d'euros par an."
Égalité professionnelle, un combat qui n'est pas terminé
Le ministre n'a pas esquivé le sujet des inégalités entre femmes et hommes dans le monde du travail, qu'il a abordé avec une franchise remarquée. Il a confié avoir été "sidéré et consterné" par une enquête menée à la SNCF, où il était précédemment PDG, révélant que près d'une contrôleuse sur deux déclarait être victime de violences sexuelles et sexistes en 2025. "Je pense qu'on a un problème sociétal. Il faut continuer à s'attaquer avec détermination aux violences sexuelles et sexistes dans les entreprises."
Sur la transparence salariale et les inégalités de rémunération entre hommes et femmes, sa position est sans ambiguïté. "Je serai militant là-dessus. On éradique les différences salariales injustifiées entre les hommes et les femmes." Il a également plaidé pour une meilleure prise en compte des spécificités de santé des femmes au travail, de la grossesse à la ménopause en passant par l'endométriose.
L'entreprise, dernier lieu de lien social
En conclusion, Jean-Pierre Farandou a défendu une vision élargie du rôle de l'entreprise dans la société. Alors que le lien familial s'est transformé et que d'autres formes de collectif se sont effilochées, l'entreprise reste selon lui "un des rares lieux organisés et structurés où des humains se retrouvent tous les jours". Une responsabilité sociétale que les DRH, à ses yeux, ont tout autant vocation à porter que les dirigeants eux-mêmes.