Publié il y a 59 min - Mise à jour le 29.08.2026 - Julia Razil - 3 min  - vu 81 fois

FAIT DU JOUR Les toros de Blohorn ont rendez-vous avec l'histoire

Ce samedi 29 août, sur le sable des arènes de Colmenar Viejo, près de Madrid, les novillos de Blohorn écriront une nouvelle page de leur histoire. Pour la famille Chabre, qui a repris l'élevage saintois, ce sera un moment de fierté, d'émotion et d'espoir : l'opportunité de briller sur une scène réputée de la tauromachie, et peut-être le début d'une aventure encore plus grande.

Ce n'est pas tous les jours qu'une arène espagnole, et encore moins celle, prestigieuse, de Colmenar Viejo - considérée comme la succursale de celle de Madrid et tristement célèbre pour avoir été le théâtre de la mort d'El Yiyo en 1985 - convoque une novillada entière issue d'un élevage français. Cette fois, c'est un élevage camarguais qui est à l'honneur. Rémi Chabre, ganadero à la tête de l'élevage Blohorn, et son père Guillaume, ont de quoi sourire : ce samedi 29 août 2026, six de leurs novillos seront combattus lors de la Feria Taurina de Nuestra Señora de los Remedios, face aux toreros David López, Jorge Hurtado (qui remplace Álvaro Serrano, blessé à Dax) et Ignacio Garibay.

"C'est une page de l'histoire de Blohorn qui se tourne"

Les toros sont arrivés en Espagne il y a un mois, "pour qu'ils s'acclimatent, se remettent en forme", souligne Rémi. "On a fait tout ce qu'on a pu pour que tout se passe bien. Sur le papier, tout est écrit pour que ce soit une après-midi formidable. Maintenant, on va profiter du moment." Le ganadero y va avec confiance, mais aussi avec une attente non feinte et une certaine excitation. Cette novillada est une réelle opportunité, et la récompense de plusieurs années de travail. "Nous sommes un humble élevage français qui fait ses premiers pas en Espagne", résume-t-il.

Mais elle est aussi hautement symbolique : elle marque la fin d'une ère. "Ces toros sont les derniers nés des décisions de Bruno Blohorn et Patrick Alarcon, et les derniers descendants d'un étalon exceptionnel qui a marqué l'élevage pendant quinze ans. C'est une page de l'histoire de Blohorn qui se tourne", confie Rémi.

Désormais, ce sont les produits de la famille Chabre qui sortiront. Car si, officiellement, Rémi et son père ont repris les rênes de la propriété - située à cheval sur les communes d'Arles et des Saintes-Maries-de-la-mer - en 2025, dans les faits ils y sont depuis bien plus longtemps. Rémi, 27 ans, baigne dans l'univers de la ganadería depuis l'enfance : "Je passais deux à trois mois par an ici quand j'étais gamin."

La propriété étant dans la famille depuis plusieurs générations, quand Bruno - le grand-oncle de Guillaume - a décidé d'arrêter l'activité, l'avenir de l'élevage s'est trouvé incertain. Mais pour la famille Chabre, abandonner n'était pas une option. Le déclic s'est fait au moment du Covid, et la transmission s'est opérée progressivement.

Rémi Chabre a repris l'élevage Blohorn, avec son père Guillaume. • J.Rz.

Aujourd'hui, aux côtés de son père, Rémi a à cœur de faire perdurer l'élevage Blohorn, toujours guidé par l'expérience de Patrick Alarcon, et accompagné de Florian Porte, qui a repris la suite du mayoral historique du Mas du Carrelet. Et Rémi le reconnaît bien volontiers : il est "en apprentissage", avide de savoir, curieux de comprendre et toujours heureux d'apprendre aux côtés de ses pairs. L'humilité et la passion, c'est d'ailleurs ce qui caractérise profondément la famille Chabre. Une passion qu'il faut avoir chevillée au corps pour embrasser une vie de ganadero, sept jours sur sept, par tous les temps et en toutes circonstances.

Cette reprise de l'élevage sous la direction de Rémi et Guillaume a déjà porté ses fruits : en 2024, Blohorn sortait une corrida complète lors d'une feria mémorable à Saint-Gilles, suivie d'un triomphe aux Saintes-Maries-de-la-Mer, où un toro combattu par Curro Díaz avait fortement marqué les esprits. Pas question pour autant de nourrir de trop grandes ambitions dans l'immédiat. Si le jeune ganadero avoue sans détour ne pas être patient, il apprend à l'être par la force des choses. Parce que l'art de l'élevage de toros de combat est un art fait de temps long et de patience, toujours dans cette recherche de classe et de noblesse. Chi va piano va sano e va lontano.

Le chemin de Rémi est guidé par une philosophie héritée de la famille : "Ne rien faire à moitié. Ce que je veux avant tout, c'est faire les choses bien", insiste-t-il.

Les toros de la novillada sur leurs terres camarguaises, avant l'embarquement pour l'Espagne. • DR

Sur la route, direction Colmenar Viejo, c'est "tout le clan" qui l'a accompagné : son père, un de ses frères, l'actuel mayoral, Patrick Alarcon bien sûr et d'autres proches. Et puis, au milieu de tous, la présence de celui qui fut un des piliers de Blohorn : Thomas Guzman, gardian amateur et ami de Rémi, disparu il y a deux ans. "Ces toros, ce sont aussi les derniers avec lesquels Thomas a travaillé. On aura une forte pensée pour lui", confie, ému, le jeune ganadero.

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