Publié il y a 1 h - Mise à jour le 10.06.2026 - Corentin Corger - 5 min  - vu 2051 fois

FAIT DU JOUR Poignardé pour sa voiture, il témoigne : « J’ai vu la mort »

Ce père de famille a accepté de témoigner

Ce père de famille a accepté de témoigner

- Photo Corentin Corger

Poignardé le 13 mai dernier à Bouillargues en rentrant chez lui, ce père de famille de 31 ans a frôlé la mort. Sorti d'affaire, il évoque cette nuit de calvaire et la difficulté à surmonter ce traumatisme.

Voici une histoire que l’on peine à croire, pourtant bien réelle. Le mercredi 13 mai, ce père de famille rentre vers minuit de son travail, un peu plus tôt que d'habitude, et passe avant deux de ses collègues qui empruntent le même chemin, route de Manduel à Bouillargues. À un rond-point, le conducteur aperçoit deux jeunes hommes le pouce levé et décide de s’arrêter : « J’ai toujours rendu service. Quand j’étais gamin, j’ai fait du stop. C’était éclairé, je ne voyais aucun danger. Je leur demande où ils vont, il n’y a rien de suspect, ils étaient calmes, sereins, sans nervosité et parlaient normalement ». Se rendant au même village, il décide donc de les embarquer mais tout dégénère très vite.

« Le premier s’assoit à côté de moi et sans rien dire me plante directement un coup de couteau au niveau du poumon. » Un Opinel qu’il ressort immédiatement et qu’il souhaite encore planter. Touchée, la victime réussit dans un instinct de survie à repousser son agresseur, tout en subissant les coups de poing du second installé derrière. Il se détache et ouvre la portière pour sortir en vitesse de son véhicule, une Citroën C3. « À ce moment-là, j’ai vu la mort. Ce qui m’a sauvé, c’est la sécurité enfant des portières arrière qui a empêché l’autre de sortir, sinon je pense qu’à deux contre moi j’y passais », raconte-t-il comme un signe du destin de son petit garçon de deux ans et demi qui prend habituellement place dans son siège auto.

"Je ne vais pas mourir comme ça à 31 ans sans leur dire au revoir"

Ensanglanté, l’homme de 31 ans court à toute vitesse pour échapper à cet enfer et se rend dans un lotissement à quelques centaines de mètres de là pour se mettre à l’abri et appeler à l’aide. « J’essaie d’ouvrir tous les portails et je crie à l’aide. J’en trouve un qui n’est pas fermé à clé et je tape à la porte d’entrée, j’avais le sentiment que j’allais mourir. » Un homme ouvre, l’automobiliste s’effondre au sol dans le salon et explique ce qu’il vient de lui arriver. « Une famille sur dix m’aurait ouvert la porte, qui plus est avec des enfants. Ils ont été formidables. Leur fils a le même prénom que le mien, il y avait peut-être un signe. » Des anges gardiens, dans tous leurs états, qui appellent immédiatement le Samu et les gendarmes. Ces derniers arrivent en premier sur place et prodiguent les premiers soins : « Ils étaient jeunes et leur sang-froid m’a particulièrement marqué. »

En attendant ces bienfaiteurs, les minutes sont interminables. Il appelle sa compagne mais aucune réponse, de même pour sa mère. « J’ai des fourmis dans les jambes, je perds beaucoup de sang et je me sens partir. Quand je n’arrive pas à avoir ma femme, je me dis : je ne vais pas mourir comme ça à 31 ans sans leur dire au revoir, c’est injuste ! » Sans doute l’instinct maternel, sa mère le rappelle : « J'ai juste lâché : maman je t’aime ! Et la dame a pris mon téléphone plein de sang pour éviter qu’elle panique. » Le Samu arrive pour le prendre en charge. Transporté sur un brancard, il attrape la main de sa maman, arrivée sur place, pour la rassurer avant d’être transféré en urgence au CHU de Nîmes.

« J’ai été mis de côté quelques minutes car il y avait plus urgent à traiter, alors je me suis dit : s’ils me font attendre, c’est que je suis sauvé. J’étais tellement content d’être en vie et de me dire que je vais pouvoir élever mon fils », confie celui qui immortalise ce moment en vidéo sur son lit d’hôpital dans un état qui fait froid dans le dos. Victime d’un pneumothorax, il est opéré avec succès dans la nuit. Ayant échappé à une tentative de meurtre, il est longuement entendu par les gendarmes dans la matinée venus à l’hôpital pour prendre sa déposition. Quatre jours à l’hôpital à se remettre d’un coup de couteau qui aurait pu être fatal, refusant que son fils soit à son chevet : « On a fait une visio et quand il m’a vu avec tous les tuyaux branchés, j’ai senti que ça le perturbait. Depuis que je suis rentré, tous les matins il me demande si mon bobo va mieux. »

"Au procès, je les regarderai droit dans les yeux"

Physiquement ce gaillard se remet petit à petit, la douleur est surtout psychologique. « Mon état se dégrade sur le plan psychologique. J’ai du mal à dormir, quand je ferme les yeux, j’ai des flashs du coup de couteau, ça revient et ça me hante. Quand je sors, je suis plus comme avant. Je n’ai jamais craint personne, là je ne suis plus serein. La première sortie à la boulangerie que j’ai faite avec mon fils, je croise un mec coiffé pareil que celui qui m’a planté, tout de suite j’ai eu des sueurs froides. » Un père de famille trentenaire poignardé et proche de mourir pour une simple voiture, dont le traumatisme sera forcément difficile à surmonter, qui peut compter sur l’amour de ses proches pour passer cette épreuve. Son moteur pour se battre et retrouver une vie normale.

« Clairement, ils voulaient me tuer. Toute cette violence gratuite juste pour une voiture, c’est terrible. Même sans couteau, je n’aurais pas cherché à comprendre, je la donnais ma voiture. Il y a de quoi perdre foi en l’humanité. À cause d’eux, je n'ai plus envie de rendre service, le bien je veux le faire qu’à ma famille, désormais je vais vivre différemment », confie l’homme, actuellement en arrêt maladie et qui a bénéficié du soutien de son employeur. Ce dernier redoute forcément de devoir repasser tard, seul le soir, à ce rond-point où il a failli perdre la vie. Il a été soulagé d’apprendre que les deux auteurs ont été interpellés en possession du véhicule, seulement deux jours après l’agression, en Croatie, par Interpol. Ramenés en France, ils ont été placés en détention provisoire en attendant leur jugement : « Au procès, je les regarderai droit dans les yeux, je serai fier car ils n’ont pas réussi à me tuer. Quand on te fait du mal, tu as un sentiment de haine, mais là non, j’avais juste envie qu’il se fassent attraper pour ne pas faire ça à quelqu’un d’autre. »

Une histoire qui illustre, une nouvelle fois, une société de plus en plus violente qui montre que cela aurait pu arriver à n’importe qui.

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