Objectif Gard : Comment s'est passée l'année du point de vue de la prédation du loup, sur l'Aigoual et dans le reste du département ?
Pierrick Garmath : Sur le massif de l'Aigoual, l'été a été assez calme suite aux tirs de défense qui avaient quand même mis à mal la meute. On a eu moins de pression. On voit que, quand on en élimine, finalement, ça fonctionne. Ensuite, le reste de l'année, nous, on enferme les brebis tous les jours en bergerie, on les garde. Donc, on arrive à limiter les attaques. Il y en a quand même eu une que j'ai trouvée morte, mangée à 90%. Je n'ai pas pu savoir si c'était le loup ou pas. Désormais, les vautours viennent et les mangent tout de suite.
Quand ont eu lieu les tirs de défense ?
C'était au mois de juin, l'an dernier, sur le causse Méjean. C'est la même meute qui parcourt le massif de l'Aigoual et le Causse Méjean. Un ou deux tirs de défense ont été effectués. Je pense que ça vient de là si on a été tranquille tout l'été et qu'il n'y a eu que quelques attaques en fin d'été, en fin d'estive, quand le mauvais temps commençait à arriver. La saison a été assez calme. Ensuite, sur le sud du département, il y a quelques attaques durant l'année sur des ovins et des bovins, sur des petits veaux. En février, souvent, ce sont des bovins qui traînent. Mais on sait que la population de loups sur le département est en augmentation chaque année, c'est exponentiel.
Les experts des loups ont plutôt tendance à dire que, si on tire dans une meute, ça crée des loups solitaires et, donc, plus de dangers. Vous constatez réellement le contraire ?
Moi, je ne peux dire que ce que je vois sur le terrain. Et, de toute manière, un loup solitaire fera toujours moins de dégâts qu'une meute. Au directeur de la DDTM (direction départementale des territoires et de la mer, en charge du plan loup dans le département, NDLR), je disais qu'il ne faut surtout pas laisser s'installer les meutes sur le département. Il y a des loups de passage, il en est toujours passé, il n'y a pas de problème. Mais les meutes, il ne faut surtout pas les laisser s'installer. Ce sont elles qui font le plus de dégâts.
"Je pense que l'élevage en Cévennes, et dans le département, se porte bien"
Est-ce que le nombre d'éleveurs se maintient sur le département ou est-ce qu'on assiste à une baisse du fait des difficultés d'élevage ?
Je pense que le nombre d'éleveurs sur le Gard, et même en Cévennes, est plutôt en légère augmentation. Avec des éleveurs qui s'installent en vitipastoralisme, car c'est quand même une aubaine, pour nous éleveurs, de disposer de ressource herbagère, l'hiver dans les vignes. C'est un très bon partenariat. Globalement, je pense que l'élevage en Cévennes, et dans le département, se porte bien. En nombre de têtes, en effectif d'éleveurs et en proportion de jeunes.
Est-ce que vous espérez que la réforme de la PAC (politique agricole commune), en 2028, accentuera ce mouvement ? Notamment en prenant mieux en compte les spécificités de l'agropastoralisme...
Pour l'instant, je ne peux pas m'avancer là-dessus. Les pourparlers sont en cours pour la prochaine réforme. Ce que j'ai entendu dire, c'est que les surfaces seraient peut-être rediscutées. On repartirait d'une feuille blanche. Je parle pour le secteur Cévennes et la garrigue méditerranéenne. On est toujours sur la sellette avec nos surfaces peu productives. En comparaison avec les éleveurs ou les agriculteurs d'ailleurs en France, nos surfaces sont pauvres. Il faut qu'on se batte pour que cela soit reconnu. Et, malgré cela, on arrive à produire. Les nombres d'agneaux par brebis, on les fait. On est très technique et on arrive à vivre en faisant pâturer des sous-bois, en faisant manger des châtaignes et des glands aux brebis. Et, au final, on arrive surtout à faire de la viande de qualité. Il faut que ça perdure le plus longtemps possible. La lutte contre les incendies, ça passe par du pastoralisme, du pâturage et de l'entretien fait par des éleveurs. Donc, s'il n'y a plus d'aide PAC au niveau européen, le sud de la France brûlera. J'ai vu qu'Emmanuel Macron avait commandé deux Canadair, mais je pense qu'il pourra en rentrer une dizaine ou une vingtaine de plus dans dix ans.
Sur le mouflon, "on aimerait avoir une régulation plus efficace de la part de la fédération des chasseurs"
Constatez-vous que les randonneurs et utilisateurs de la campagne prennent conscience du risque loup, de la nécessité que vous avez de vous équiper de chiens de garde, et intègrent les mesures de précaution à adopter face à un tel chien ?
Je pense que le randonneur, lui, il a envie de venir randonner dans la nature. C'est tout. Quand on discute avec eux - l'autre jour c'était avec des jeunes - on voit qu'ils ne se rendent pas du tout compte des enjeux et de tout le travail qu'il y a derrière. Pour eux, la nature est ainsi parce qu'il n'y a pas la main de l'homme, ici. C'est comme ça, c'est normal. Et quand on leur explique que si c'est comme ça, c'est parce qu'on fait ci, qu'on a fait ça, et que s'il y a le loup un jour et qu'on ne peut plus faire de l'élevage, ce ne sera plus comme ça, là, ils commencent à se rendre compte. Après, je le comprends tout à fait : si on ne s'intéresse pas en amont, on ne peut pas saisir. Je pense que la problématique du loup, c'est tout à fait cela : dans l'absolu, oui, un loup dans la nature, c'est bien. Sauf que, quand on rentre un peu dans le vif du sujet, on s'aperçoit que ce n'est pas si bien que ça...
Il y a peu, vous vous inquiétiez d'autres espèces qui utilisent les espaces et prennent la nourriture des troupeaux. Qu'en est-il ?
Benjamin (Peyre, un autre éleveur, NDLR) en parlait sur Arrigas. Même sur Valleraugue, on commence à avoir des dégâts de cervidés, et surtout une population de mouflons en forte hausse. C'est de la concurrence pour les pâturages et c'est vrai qu'on aimerait avoir une régulation plus efficace de la part de la fédération des chasseurs.
"Il y a encore des secteurs qui ne sont pas pâturés parce qu'on a beaucoup de mal à trouver les propriétaires"
Pensez-vous que la pratique de l'écobuage est mieux comprise désormais, des instances et de la population ?
L'écobuage, c'est une pratique qui est indispensable. Et pas seulement dans les Cévennes, j'ai envie d'élargir le sujet à l'ensemble du pourtour méditerranéen. L'an passé, dans l'Aude, si 16 000 hectares ont brûlé, c'est aussi parce qu'il n'y avait plus d'élevage, et plus d'écobuage. Tout ce qui brûle l'hiver ne brûle pas l'été. Et il faut savoir que c'est un gain de biodiversité, il en sort de l'herbe grasse et bonne pour les troupeaux au printemps. C'est, surtout, un entretien du patrimoine, une pratique ancestrale qu'il faut à tout prix continuer, surtout chez nous.
Au risque de faire une généralité, pensez-vous que c'est compris par les nouveaux résidents ?
Les personnes qui arrivent et qui ne connaissent pas peuvent avoir des a priori, parce qu'ils écoutent, dans les médias, les histoires de particules fines, etc. Mais, au final, un écobuage qui brûle 50 hectares, c'est moins de particules fines que la ville de Paris dans une journée. Je n'ai pas les chiffres, mais j'en suis sûr, il faut quand même remettre un peu l'église au milieu du village ! Ce ne sont pas des centaines de milliers d'hectares qui brûlent chaque année ! Ce sont de petits bouts, et ça permet d'entretenir et surtout limiter les incendies. D'ailleurs, il y a encore du potentiel de pâturage : aujourd'hui, il y a encore des secteurs qui ne sont pas pâturés parce qu'on a beaucoup de mal à trouver les propriétaires et à entrer en contact.