Publié il y a 1 h - Mise à jour le 10.06.2026 - Tony Duret - 2 min  - vu 127 fois

ÉDITORIAL Jeremstar : quand le buzz l’emporte sur la nuance

À peine sorti de la salle d’audience, il a célébré une victoire bien plus large que celle que la justice lui a réellement accordée, invitant au passage le plus grand nombre « à sauter dans toutes les corridas de France, dans toutes les arènes ». Une manière de jeter de l’huile sur le feu sur un sujet déjà inflammable.

Il ne s’agit pas ici de prendre position pour ou contre la corrida. Mais il est nécessaire de rappeler, contrairement à ce que voudraient faire croire Jeremstar et les militants de PETA, que la relaxe prononcée hier après-midi par le tribunal correctionnel de Nîmes ne remet nullement en cause la tenue des prochaines corridas, à Nîmes ou ailleurs. L’influenceur de 39 ans, révélé par son blog consacré à la télé-réalité et ses interviews des candidats dans une baignoire, était poursuivi pour être « entré illégalement dans une enceinte sportive en troublant le déroulement de la compétition ». Or le tribunal a estimé que « l’activité de corrida ne saurait revêtir la qualité de sport ». L’infraction retenue ne pouvant être caractérisée, la relaxe s’imposait. C’est du droit, pas de l’idéologie. Seulement, la nuance ne semble pas être la qualité première de Jeremstar. À peine sorti de la salle d’audience, il a célébré une victoire bien plus large que celle que la justice lui a réellement accordée, invitant au passage le plus grand nombre « à sauter dans toutes les corridas de France, dans toutes les arènes ». Une manière de jeter de l’huile sur le feu sur un sujet déjà hautement inflammable. L’autre problème est que l’influenceur finit par tout mélanger. Dans une autre vidéo tournée devant le palais de justice, il s’est autorisé un parallèle hasardeux entre son affaire et le drame vécu par la jeune Lyhanna. « La justice a quand même des moyens quand ça lui chante puisqu’elle a eu des moyens pour mener ce procès contre la corrida. Mais vous l’avez vu, dans l’affaire de la petite Lyhanna, on a des prédateurs qui restent en liberté et pour lesquels la justice n’investit pas d’argent », lance-t-il devant ses soutiens. La comparaison est vraiment limite. D’abord parce que ces deux affaires n’ont strictement aucun rapport. Mais aussi parce qu’il laisse entendre que les moyens consacrés à un dossier seraient retirés à un autre. Oui, la justice n’est pas parfaite. Elle peut être critiquée, améliorée, réformée. Mais déjà faut-il que le débat repose sur des faits et non des raccourcis. C’est d’autant plus gênant que Jeremstar lui-même avait été accusé, en 2018, de complicité d’atteintes sexuelles sur mineur. L’enquête s’était conclue par un classement sans suite. Une expérience qui aurait pu l’inciter à davantage de prudence lorsqu’il évoque des dossiers sensibles. Hélas, la prudence ne fait aujourd’hui pas recette. Sans cette exagération permanente, serait-il suivi par plusieurs millions de personnes ? Probablement pas. Drôle d’époque…

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