Ce n’était pas une matinée comme les autres pour une bonne partie des 160 collaborateurs de l'usine Sherco à Nîmes, le constructeur de motos tout terrain qui produit environ 15 000 motos par an vendues dans 86 pays. Des salariés invités à venir faire la surprise à Hamish Macdonald et Steve Holcome, les deux pilotes phares de la maison. La société nîmoise fondée par Marc Teissier, qui fêtera ses 30 ans en 2028, a largement dominé la saison 2025 dans la catégorie enduro 3 en signant un triplé historique. « On se bat contre Honda, Yamaha, Kawasaki, KTM, Husqvarna, une petite boîte nîmoise qui terrasse des monstres comme ça au plan mondial, on en est orgueilleux et fiers, commente le fondateur, c’est exceptionnel et inédit, ça valait le coup de faire une petite célébration ».
Pour l'occasion, la moto championne du monde d’Hamish Macdonald était exposée. Arrivé en 2018, le Néo-Zélandais a gravi tous les échelons et poursuit sa progression au guidon d’une moto nîmoise. Il a terminé devant Antoine Magain et Julien Roussaly. « La compétition, c’est vraiment notre vecteur marketing », souligne Jean-Michel Paquient, le directeur général. C’est en brillant en championnat du monde que Sherco soigne sa visibilité et donc ses ventes.
Steve Holcombe vise le doublé
Alors pour franchir un palier et être encore plus ambitieux, la marque a recruté l’une des stars de la discipline : le Britannique Steve Holcombe, neuf fois champion du monde en Enduro. Après une année 2025 compliquée, marquée par une blessure au genou, il a choisi à 31 ans de se relancer avec le team gardois pour aller chercher a minima un dixième sacre. « Je voulais revenir sur une moto deux temps pour être plus compétitif et pour gagner le championnat du monde », confie l’intéressé qui ne regrette pas son choix après les premiers essais. Son ambition est claire, il veut faire le doublé en remportant le titre en E3 et aussi en GP, la super catégorie en enduro.
Au total, Sherco a donc quatre pilotes engagés en championnat du monde d’enduro dont la première manche a lieu en Sicile le 11 avril. Des recrues phares mais aussi une volonté de former les futures stars avec 43 jeunes pilotes qui apprennent sur des motos Sherco. Le constructeur est aussi présent en trial avec aussi des titres de champions du monde en 2025 et également au Dakar depuis de nombreuses années, à l’image du pilote Lorenzo Santolino, sixième du Dakar en 2021 et vainqueur d’étape en 2025.
Il y a la compétition et aussi évidemment la commercialisation des motos au grand public. "On vit des années un peu dures dans les ventes à cause de la crise mondiale. Mais surtout, le groupe KTM a déposé le bilan avec un trou de 2,2 milliards, donc ça a abîmé le marché. Tous les concessionnaires sont pleins de motos en stock, ils ont bradé les prix, ce qui a tué le marché de l’occasion, mais on résiste bien", assure Marc Teissier qui regrette cette situation avec la mort de beaucoup de sous-traitants et qui espère voir la situation s’améliorer d’ici un an et demi. En parallèle, Sherco veut continuer d’innover et sortir de nouveaux véhicules comme la 90 SCF, disponible à la fin du mois, spécialement conçue pour les enfants âgés de 5 à 9 ans.
Une moto de route d'ici 2030
Désormais, c’est un véritable tournant qui se prépare pour la société, « on se prépare pour aller sur les futurs marchés que sont ceux de la route à l’horizon trois-quatre ans », annonce Marc Teissier. D’ici 2030, Sherco va donc commercialiser une moto de route, une évolution majeure pour le groupe surtout spécialisée dans les motos d’enduro et de trial. Le tout en restant bien implanté à Nîmes, à la zone industrielle de Saint-Césaire. Marc Teissier a su aussi gérer des divisions familiales en interne.
Après cinq ans passés en tant que directeur général, son fils Thomas a quitté ses fonctions en octobre 2023, remplacé par Jean-Michel Paquient. « On ne s’entendait pas donc on s’est séparé. On n’avait pas la même vision, on était toujours en affrontement et c’était douloureux pour nous deux », confie Marc Teissier qui, à 63 ans, reste à fond et n’est pas prêt de prendre sa retraite, « on verra dans 30 ans. »