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Publié il y a 2 ans - Mise à jour le 18.06.2020 - anthony-maurin - 3 min  - vu 634 fois

GARD 7 000 ans d'histoire du peuplement français

Découverte d'une sépulture wisogothique à Nîmes par l'INRAP. (Crédit Photo INRAP)

Passionnantes découvertes (Photo archives Anthony Maurin)

Fruit d'une coopération entre paléogénéticiens et archéologues, les données génomiques de 243 individus échantillonnés dans 54 sites archéologiques français permettent de retracer 7 000 ans d'histoire, du Mésolithique à l'âge du Fer.

L'étude publiée dans la revue Proceeding of the National Academy of Sciences est une importante contribution à la connaissance des génomes anciens et du pool génétique européen et cette étude prend en compte quatre sites gardois sur la cinquantaine de Français. On parle du Mas de Vignole IV à Nîmes, de Manduel, du vaste site de Le Cailar et de celui de l'oppidum du Plan de la tour à Gailhan.

En accédant aux génomes des populations passées, les chercheurs ont révélé comment des événements démographiques tels que les migrations ont été à l'origine de changements culturels majeurs pour nos sociétés et ont façonné le patrimoine génétique moderne en Europe.

7 000 ans dans notre ADN

En France, ce type d'étude n'avait été réalisé que sur un nombre limité de sites archéologiques ou sur quelques marqueurs génétiques. Le projet Ancestra, coordonné par M. Pruvost, a permis d'étudier le génome d'un grand nombre d’individus provenant principalement de trois régions françaises, les Hauts-de-France, le Grand-Est et l'Occitanie, sur une période couvrant 7 000 ans.

Photo Norman Jardin / Objectif Gard

Dans cette étude, les chercheurs de l'Institut Jacques Monod et de l'UMR PACEA ont analysé le génome mitochondrial et 120 marqueurs nucléaires associés à des polymorphismes liés à des caractères physiologiques connus (pigmentation, immunité innée…) de 243 individus échantillonnés dans 54 sites archéologiques français.

Ils ont également étudié 58 génomes anciens à faible couverture afin de documenter toute la période chronologique allant du Mésolithique à l'âge du Fer, période au cours de laquelle sont survenus de profonds changements technologiques, culturels et sociaux tels que l'invention de l'agriculture, la sédentarisation ou la maîtrise de la métallurgie.

Changement culturel ?

L'analyse des données génomiques de trois individus mésolithiques a révélé la présence d'une composante ancestrale associée au Magdalénien dans les populations de chasseurs-cueilleurs au-delà de la péninsule ibérique, ce qui suggère que ces populations étaient présentes à la fin du paléolithique dans des régions plus au nord que celles précédemment signalées.

Deux grands événements de migrations se sont ensuite succédé en Europe. Au Néolithique, il y a environ 8 000 ans, les premiers agriculteurs qui arrivent en France depuis l'Italie ou l'Europe centrale sont les lointains descendants de populations d'agriculteurs anatoliens, qui se sont ensuite mélangées avec des populations de chasseurs-cueilleurs autochtones.

Fouilles archéologiques de l'INRAP à Nîmes il y a quelques années (Photo INRAP).. • Rémi Bénali/INRAP

À la fin du Néolithique, il y a 4 500 ans, les auteurs ont observé un flux génétique important d'individus dérivant pour une partie de leur ascendance des éleveurs de la steppe pontique d'Europe orientale. En revanche, aucun flux génétique majeur provenant de populations extérieures n'a pu être mis en évidence entre l'âge du Bronze et l'âge du Fer, ce qui suggère que cette transition correspond principalement à un changement culturel.

Un vrai travail d'équipe

Si notre mode de vie a bien changé au cours de ces sept millénaires, certains marqueurs génétiques liés au système immunitaire ou à la pigmentation étaient déjà présents dans les populations néolithiques à des fréquences similaires à celles observées dans les populations européennes actuelles.

En revanche, d'autres allèles de gènes, impliqués notamment dans des réponses aux toxines environnementales ou encore une résistance à la lèpre et à la tuberculose, n'avaient pas encore atteint leurs fréquences actuelles. De même, aucun des individus génotypés n'était porteur de la mutation responsable de la persistance à l'âge adulte de la lactase. Ils étaient donc intolérants au lactose.

Ce travail, réalisé grâce à une collaboration interdisciplinaire rassemblant des chercheurs de toute la France issus de l’archéologie préventive (INRAP, ANTEA-Archéologie…), du CNRS et de l'université, offre une vision plus complète de l'histoire génomique et démographique de l'Europe au cours des grandes transitions culturelles de ces derniers millénaires.

Anthony Maurin

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