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Publié il y a 4 mois - Mise à jour le 15.09.2022 - stephanie-marin - 4 min  - vu 1208 fois

HISTOIRES DE PONTS L'indéfectible pont suspendu de Fourques

Le pont suspendu de Fourques est intégré dans le tracé de la ViaRhôna. (Photo : S.Ma/ObjectifGard)

Durant tout l’été, Objectif Gard vous propose ses nouvelles rubriques. Tous les mardis, la rédaction revient sur l’histoire d’un pont du département. Le pont suspendu, le dernier représentant de la première génération des ponts sur le Rhône, relie Fourques à Arles et forme donc une porte d'entrée et de sortie entre le Gard et les Bouches-du-Rhône. Inscrit aux Monuments historiques depuis le 6 juillet 1988 et désormais interdit aux voitures, son avenir est tout tracé en tant que point incontournable de la ViaRhôna.

Michel Delawoëvre, conseiller municipal, délégué au Patrimoine et à l'histoire du village. (Photo : S.Ma/ObjectifGard)

Il n'a pas la renommée, ni même les dimensions du viaduc de Millau. Et pourtant, son histoire et les anecdotes qui en découlent, font de ce pont suspendu, une structure tout à fait remarquable. Entre 1830 et la fin des années 1950, ce pont qui franchit le Petit Rhône, a été l'unique moyen de passage entre Arles et Fourques. "Il y aurait eu un pont de pierres à l’époque romaine, il n'y a pas de traces visibles mais des témoignages qui rapportent qu’un jour où le Rhône était très bas, des empierrements ont été aperçus", commente Michel Delawoëvre, conseiller municipal, délégué au Patrimoine et à l'histoire du village.

Cet ancien directeur d'école a signé un livre, Fourques, de terre et d'eau - un village au bord du Rhône(*), dans lequel il se réfère à l'ouvrage d'Honoré Clair, Les Monuments d’Arles, antique et moderne (1837) : "En 1762, le lit du Petit Rhône ayant été mis à sec par une longue sécheresse, on vit à nu les fondations de cette œuvre antique. Les piles étaient au nombre de neuf et occupaient toute la largeur du Rhône." Des pierres qui, au début des années 1800, ont été utilisées sur décision du maire, pour paver les rues du village. "Très astucieuse, cette manœuvre empêche cependant d’attester et de situer la présence de ce fameux pont de pierres", indique Michel Delawoëvre. Et le même de poursuivre : "Ce qui est certain toutefois, c’est qu’à l’époque de la Révolution, la traversée du Petit Rhône entre Fourques et Trinquetaille, se faisait grâce à un bac à traille et pour lequel les usagers devaient s'affranchir d'un droit de passage très cher."

Le pont suspendu à Fourques. (Photo d'archives - Collection J.Poirey)

En 1822, Marc Seguin, petit-neveu des frères Mongolfier, dépose un projet de pont suspendu pour franchir des fleuves de grandes largeurs grâce aux câbles métalliques. Après celui de Tournon, sa compagnie construit entre 1828 et 1829, le pont suspendu pour relier Beaucaire à Tarascon. Ce dernier fut détruit en 1944. Le 10 juillet 1828, Charles X approuve la construction du pont suspendu sur le Petit Rhône de Fourques, sur la départementale n°11 de Nîmes à Arles moyennant la concession d'un péage pendant 53 années. C'est la compagnie de Vincent Mignot qui va se charger des travaux. La structure de 4m de large, avec au milieu un passage de 6m de large pour permettre le croisement des véhicules, des charrettes en ce temps-là, est mise en service le 1er avril 1830. "Le tarif pour le passage était de 36 francs par an. À titre d'exemple, un instituteur-adjoint gagnait 58 francs par mois, on peut facilement imaginer que c'était bien plus que les ouvriers", précise le conseiller municipal.

Le pont suspendu à Fourques. (Photo d'archives - Collection J.Poirey)

Mais cette réalisation faite de piles aux fondations en béton coulé, de câbles métallique et d'un platelage en bois - en 1991, les madriers de bois ont été remplacés par de l'aluminium -, devenait indispensable. Elle a même transformée Fourques. "Avant la Révolution industrielle, le village n'était peuplé que d'agriculteurs, propriétaires ou ouvriers, tous pauvres. Et à partir de la construction du pont et surtout de sa gratuité, tout le monde est parti travailler à Arles, rapporte Michel Delawöevre. C'est à cette époque que sont créés les ateliers du chemin de fer PLM (Paris-Lyon-Méditerranée), les papeteries de Trinquetaille etc. Ces industries ont fait que Fourques est devenu un village d'ouvriers et d'employés. Vous savez, à Fourques, nous sommes administrativement Gardois, depuis les Comtes de Toulouse mais en réalité économiquement, nous sommes totalement Arlésiens."

À partir de la Seconde Guerre mondiale, les véhicules à moteur sont devenus de plus en plus nombreux, et le pont supportait mal ce trafic. À titre d'exemple, pour pouvoir traverser le pont en respectant le tonnage (la limitation est fixée à 3,5 tonnes), les autocars devaient se vider de leurs passagers, ces derniers étant contraints de passer la structure à pied. Dans son livre, le directeur d'école à la retraite, rapporte une autre anecdote, citant un article du "Provençal" en date du 2 juillet 1956.

Article du journal "Le Provençal" du 2 juillet 1956.

À la fin des années 1950, un pont routier sera mis en service en réutilisant le tracé de la voie de chemin de fer de la compagnie de Camargue désaffectée depuis 1951. "J'étais enfant en ce temps-là, et je revois ces gars dans des espèces de nacelles pour peindre ce nouveau pont", se souvient Michel. Les deux structures étaient alors en fonction à Fourques, jusqu'à ce très grave accident de la circulation en date du 18 novembre 2020, qui s'est produit sur la route départementale 6113. Une circulation alternée avait dû être mise en place sur le pont routier le temps des réparations. "Mais de nombreux automobilistes se dirigeaient vers le vieux pont. Fréquemment on a eu à intervenir en attendant les gendarmes, pour faire la police de la route. Au regard du danger, il a été décidé de le fermer", explique le conseiller municipal.

Mais alors que tout est désormais rentré dans l'ordre sur le pont de la RD 6113, la direction départementale des territoires et de la mer des Bouches-du-Rhône, en charge de l'entretien du pont suspendu, a décidé de ne pas le rouvrir. Parmi les principales raisons justifiant cette décision : le coût élévé des contrôles de vérification pour la sécurité. "Et puis, l'alimentation en eau potable de Fourques ne se faisant plus depuis Bellegarde mais Arles, les conduites passent sous les trottoirs de ce pont. C'est un pont qui bouge, donc moins il y a de mouvements, moins il y a de risques de rupture." Enfin, ce pont est désormais inclus dans le tracé de la ViaRhôna. D'ici la fin de l'année 2023, la Communauté de communes Beaucaire Terre d'Argence prévoit la création d'une piste cyclable de 15 km en crête de digue, qui permettra de relier Beaucaire à Fourques puis en franchissant ce pont suspendu, Fourques à Port-saint-Louis.

Stéphanie Marin

*Fourques, de terre et d'eau - un village au bord du Rhône - Édisud - En vente à la mairie de Fourques, 22 €. Pour en savoir plus sur ce pont suspendu, cliquez ici.

Stéphanie Marin

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