Publié il y a 1 mois - Mise à jour le 26.04.2024 - Propos recueillis par François Desmeures - 6 min  - vu 1331 fois

L'INTERVIEW Pierre De La Rue Du Can, maire de Ponteils-et-Brésis, à propos du château de Brisis : "Bien sûr que c'est un gâchis !"

Le maire de Ponteils-et-Brésis, Pierre De La Rue Du Can

- François Desmeures

Depuis 2018 et la volonté des voisins du château de Brisis de barrer le chemin d'accès au château, le maire de la commune, Pierre De La Rue Du Can, s'est peu exprimé sur le sujet. Propriétaire et association des Amis du château de Brisis lui reprochent un manque d'engagement face à ce que le président de la fédération archéologique et historique du Gard, et maire de Moussac, Frédéroic Salle-lagarde qualifiait de "voie de fait". Il revient, pour Objectif Gard, sur ce qui a motivé ses différents choix, notamment celui de demander un jugement sur le fond, ou la décision récente du conseil municipal de refuser que la famille propriétaire aménage le chemin pour mener des travaux. Entretien. 

Le maire de Ponteils-et-Brésis, Pierre De La Rue Du Can • François Desmeures

Objectif Gard : En septembre 2018, la famille Bouschet, dont la propriété jouxte le château de Brisis, décide de fermer le chemin d'accès lors des Journées du patrimoine. À l'époque, le sous-préfet laisse entendre que le chemin peut être rouvert, tout en vous conseillant de réaliser un bornage... Votre prédécesseur, Roger Bacon, souligne que le chemin existait déjà dans le cadastre napoléonien, etc. Malgré ces avis, pourquoi ne pas avoir fait rouvrir le chemin immédiatement ?

Pierre De La Rue Du Can : Parce que vu depuis combien de temps ce conflit durait, je souhaitais que les décisions soient prises de façon externe. 

Parce que, de votre côté, à quand faites-vous remonter le conflit de voisinage ?

1997. À partir du moment où la procédure s'engage entre les Bouschet et M. de Brésis. Depuis cette époque-là, ce ne sont que des conflits, en permanence. Au cours de mon premier mandat, j'ai écouté les uns et les autres, j'ai essayé de comprendre ce qu'il se passait. Et j'ai vu que je n'avais pas beaucoup de clés pour arriver à résoudre le problème. 

Le clocher de Ponteils, face au mont Lozère • François Desmeures

Vous n'avez pas entrevu de terrain d'entente possible ?

Non, les gens disent qu'ils veulent se parler mais, en fait, ils n'y arrivent pas. Donc, on temporisait. Mais quand le chemin a été obstrué, on s'est retrouvé un peu coincés et on s'est dit "on ne peut pas rester comme ça". Dans mon premier mandat, j'étais allé à l'unité technique de Bessèges parce que, quand le carrefour routier avait été modifié, il y avait eu des échanges de terrain à cette occasion. Sur ces documents, le chemin aparaissait sur l'arpentage qui avait été réalisé quand le carrefour avait été modifié. Donc, pour moi, le chemin était communal. Mais je voulais que ça apparaisse d'une manière légale, solliciter un juge pour pouvoir régler le problème. 

"Quand je vois toute cette situation, je me dis que nous, on va se focaliser sur notre sujet, c'est-à-dire le chemin"

Afin de pouvoir opposer le jugement à un éventuel contestataire ?

Oui, pour pouvoir l'opposer. Nous, la commune, on se retrouve entre les injonctions de l'État, qui nous dit "ce serait bien de résoudre ce problème" ; on a M. de Brésis qui souhaite accéder à son bien mais la commune n'est pas responsable du fait que ce terrain est enclavé ; et les Bouschet, qui ne veulent pas être dérangés par du passage. Quand je vois toute cette situation, je me dis que nous, on va se focaliser sur notre sujet, c'est-à-dire le chemin. Point. Il y a ce château, c'est dommage, c'est clair que ça pourrait êre intéressant d'aider M. de Brésis. Mais, de toute façon, ce n'est pas la propriété de la commune. Donc, on se focalise sur ce qui nous concerne.

Depuis le blocage, avez-vous eu l'occasion de vous entretenir avec les consorts Bouschet ?

Non. 

Vous n'avez jamais eu de contact, autre que judiciaire ?

Je sais qu'un des membres de la famille est venu à la mairie la semaine dernière. Mon premier adjoint l'a rencontré. Et on a bien compris que ça restait compliqué avec les de Brésis. Mon adjoint leur a proposé que la mairie puisse être "médiateur", s'ils le voulaient. Qu'au moins, ils puissent se rencontrer ici. Mais je ne suis pas sûr que ça aboutisse. 

Le château de Brisis, dont l'accès a été validé par la justice, en attendant l'appel... • François Desmeures

Quel était votre objectif en émettant un arrêté de péril qui enjoignait le propriétaire à mener des travaux, alors même que vous saviez que l'édifice restait inaccessible  ?

Il est inaccessible mais, dès que les Bouschet ne sont pas là, des gens vont au château. Comme la responsabilité de la commune est engagée quand un monument menace de s'effondrer, j'ai pris cet arrêté. Et puis, le château reste accessible par le chemin du haut. Il y a un danger. 

"Mon rêve, c'est que la situation soit réglée"

C'était donc plutôt, dans votre optique, pour signaler un danger aux éventuels promeneurs qu'une injonction de mener des travaux faite au propriétaire ?

Ce ne pouvait pas être une injonction de travaux au propriétaire, je sais très bien la situation dans laquelle il est... Je ne vais pas réussir à le contraindre, d'autant qu'il se trouve coincé pour arriver par en bas. On s'est fait conseiller par notre avocate. Moi, mon rêve, c'est que la situation soit réglée. La situation ne nous amuse pas, on ne prend aucun plaisir. Mais vu le niveau de tension auquel on est arrivé, on a décidé de passer par la voie légale. Malheureusement, elle est un peu longue. 

L'accès actuel au château, à une centaine de mètres de l'édifice • François Desmeures

Quand un pan de la façade du château s'est écroulé au mois d'octobre (relire ici), quel sentiment vous a traversé ?

Je le regrette, je ne me réjouis absolument pas de cette situation. Tout patrimoine de la commune, qu'il soit privé ou pulic, on le regarde avec curisosité et attention. Quand on peut, on aide. Quand on ne peut pas...  Ici, la seule chose qu'on a à faire, c'est s'occuper du chemin. Et régler cette histoire de propriété du chemin. 

Le dernier épisode de cette longue série, c'est le refus voté au conseil municipal de février de laisser M. de Brésis aménager le chemin pour commencer les travaux, au motif que l'appel n'a pas été jugé et qu'il reste donc un doute sur le fond. Si l'appel donnait raison à la commune, entreprendriez-vous les travaux au nom de la commune ou laisseriez-vous M. de Brésis les entreprendre ?

C'est à nous de le faire. Parce que la responsabilité de l'utilisation du bien appartient au propriétaire. Donc, c'est à nous de le faire. D'ailleurs, je l'ai dit à M. de Brésis. Peut-être que, dans un second temps, s'il a besoin d'apporter du matériel et que l'aménagement que nous aurions réalisé ne convient pas, il faudra sans doute faire un aménagement temporaire qui lui permette d'utiliser le chemin comme il en a besoin. 

Mais le coût d'aménagement ne serait-il pas trop important pour la commune ? Car l'accès n'est vraiment pas facile à aménager... 

Ce qui nous a été proposé pour les travaux n'était que du provisoire, juste des échaufaudages. Nous, on voit ça sous la forme d'un escalier. Ou - si on a le dégagement - d'une rampe. Mais de toute façon, une route n'est pas envisageable. Le bornage judiciaire, rendu à l'issue du jugement, nous permettra de faire un aménagement adapté. 

"Je vois bien que tout le monde me regarde, avec la patate chaude entre les mains"

Comme maire, n'avez-vous pas l'impression - depuis 1997, donc - d'assister à un énorme gâchis ?

Bien sûr que c'est un gâchis ! Sur un bien comme ça, il y a un potentiel touristique, patrimonial, architectural... Il y avait des choses à faire. Et malheureusement, pour des brouilles entre propriétaires, on ne peut rien faire. C'est désolant. Et je vois bien que tout le monde me regarde, avec la patate chaude entre les mains, en se disant : "Comment il va faire pour s'en sortir ?" Ma foi, au bout d'un moment, j'ai fini par me focaliser sur ce qui me concernait. C'est un message qu'un certain nombre de gens ne peuvent pas entendre. Mais qu'est-ce que vous voulez que je fasse ? Je suis coincé. 

Avez-vous une idée de la date du jugement ?

On nous a dit "pas avant le printemps 2025". Si on s'amusait à faire des travaux aujourd'hui, et qu'on perde en appel, il faudrait tout défaire. Et c'est de l'argent public qu'on gaspille. 

Ponteils-et-Brésis, une photographie humaine du village dans un livre

Mardi 23 avril est sorti, aux éditions Atelier Baie, un livre, édité à 1 000 exemplaires, sur le village, sobrement intitulé "Ponteils-et-Brésis, un coin de terre en Cévennes". Un livre né de la volonté d'offrir une photographie, en ce 21e siècle entamé, de la commune et de ses habitants. 

En immersion quelques jours par mois, la journaliste nîmoise Agathe Beaudoin (longtemps journaliste à Midi Libre, aujourd'hui correspondante de presse dans le Gard pour Le Monde) est allée rencontrer les habitants à l'année. "L'idée était de faire un objet de mémoire, explique Pierre De La Rue Du Can. Elle est venue d'un travail qui avait été mené par une communauté de communes du côté lozérien. C'était une démarche plutôt ethnologique, ils étaient allés à la rencontre des anciens. Ils en avaient fait un livre, distribué à tous les habitants de la commune. J'avais trouvé le projet chouette. On en a parlé entre conseillers municipaux, et tous ont dit "mais pourquoi que les anciens ? Autant aller voir tous les habitants". 

En plus du côté humain, "des cahiers décrivent des sujets comme l'eau, la forêt, le centre hospitalier, des vestiges et des ruines de l'époque de l'extraction de tanin du châtaignier. Agathe Beaudoin est venue, pendant un peu plus d'un an, à la rencontre des habitants. On a essayé de l'orienter pour essayer d'obtenir une diversité de la population. Car dans notre commune - comme dans beaucoup d'autres - on a des gens qui sont ici depuis des générations, et d'autres depuis deux ans. Et leurs motivations pour s'installer ici sont diverses."

Les habitants - qui ont reçu le livre en cadeau - disposent ainsi "d'une trace de leur commune aujourd'hui. Ce qui serait sympa, ce serait de faire la même chose dans vingt ans", conclut le maire de Ponteils-et-Brésis.  

Le livre de la journaliste Agathe Beaudouin sur le village, sorti le 23 avril • F. D.

Propos recueillis par François Desmeures

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