Tout a commencé il y a quatorze ans dans un appartement de 300 m² de la rue Notre-Dame. L’aventure devait être éphémère. Elle donnera pourtant naissance au Spot, installé depuis au 8 rue Enclos-Rey dans l’ancien siège du Parti communiste nîmois. D’abord exposition de street art, EDO est devenue au fil des années un festival d’art urbain qui a façonné l’identité du lieu.
Chauffe de Ouf
Dans ce quartier politique de la ville, près de 200 fresques ont été réalisées en treize ans. Habitants, scolaires, amateurs d’art urbain et touristes arpentent désormais les rues de Gambetta et Richelieu à la découverte de ces œuvres monumentales. Régulièrement recommandé par l'office de tourisme, le festival bénéficie aujourd’hui d’une visibilité qui dépasse les frontières nîmoises et même de l’hexagone. Plus largement, il défend depuis ses débuts l’idée que chacun est porteur de culture, de différence qu’il doit pouvoir revendiquer. Après « No Turfu Lututu », réflexion joyeusement subversive sur le pessimisme ambiant et le « no future », l’édition 2026 arbore le titre « Couleurs et ornements ».
Inspirée des théories de l’architecte autrichien Adolf Loos, que les organisateurs prennent à rebours, elle revendique la diversité des corps, des couleurs et des identités. Une manière d’affirmer le vivre-ensemble dans un contexte que le festival juge de plus en plus polarisé. Son slogan résume cette nouvelle édition. « Ne vous contentez plus de déborder, décorons la résistance et colorons nos différences », confie Laurent Kilani, le directeur artistique.
L’essence du festival réside dans la création de fresques monumentales dans l’espace public. Durant la « Chauffe de Ouf », phase de création et de production des œuvres qui démarre le 28 août, les quartiers Gambetta et Richelieu se transforment durant deux semaines en vaste atelier d’artiste à ciel ouvert. Huit nouvelles fresques verront le jour cette année. Parmi les artistes invités figure notamment Iota. L’artiste bruxelloise s’est imposée ces dernières années comme l’un des noms qui comptent dans l’art urbain européen. Son travail se situe à mi-chemin entre abstraction et figuration et se distingue par un usage marqué de la couleur. Habituée des réalisations monumentales, parfois on des façades de plusieurs dizaines de mètres de haut, elle figure parmi les artistes les plus attendus de cette édition.
Gens de couleur
Le 5 septembre, jour de l’inauguration, la compagnie arlésienne AcquaForte, née d’Ilotopie, proposera « Les Gens de couleur ». Tout au long de la soirée, une présence poétique et décalée circulera parmi les œuvres, les stands et les visiteurs... Bleu turquoise, rouge vif, vert pomme, jaune citron ou rose fuchsia, ces personnages hauts en couleur surgiront au détour des œuvres et des rues.
Déjà invitée lors du projet du « Phare de Nîmes », Maria Orovio signe l’affiche de cette 14e édition. Son travail explore les liens entre couleur, géométrie et espace public. L’affiche superpose des mosaïques romaines de Nîmes, des formes architecturales et des feuilles d’acanthe. Deux strates s’y superposent, l’une géométrique, l’autre organique et ornementale. L’artiste et architecte madrilène réalisera également une fresque participative à l’angle des rues Astruc et Vaissette. L’œuvre collective réunira notamment des résidents de la résidence Enclos-Rey et du foyer Hubert-Pascal dès le 2 septembre.
Le 3 octobre, le collectif La Méandre présentera « Fantôme », un ciné-concert organisé en partenariat avec Le Périscope, Jazz 70 et Paloma. Fantôme est un enfant libre vivant dans un monde totalitaire et machiniste dont les facéties déclenchent malgré lui une insurrection populaire. Un décor monumental de douze mètres de large sur six mètres de haut sert d’écran à un film d’animation projeté en mapping vidéo. Deux musiciens créent la bande originale en direct. Vingt compagnons âgés de 16 à 85 ans sont recherchés afin d’intégrer la représentation. Recrutés localement, ils infiltrent le public lors du spectacle.
Comme chaque année, le festival s’appuie sur un large réseau de partenaires et de mécènes. Des habitants mettent leurs façades à disposition des artistes. Habitec ouvre son espace brut rue Ruffi, une ancienne fabrique de vélos. Un toit pour tous accepte que ses murs soient supports de création. Seguret Décoration fournit notamment une partie des peintures utilisées durant les chantiers...
Toutes les infos et prochainement le programme complet ici
Quelques chiffres
- 14 éditions depuis 2012
- Plus de 20 000 visiteurs chaque année
- Près de 200 fresques réalisées dans le quartier
- Plus de 530 artistes accueillis depuis la création
- 8 nouvelles fresques cette année
- Plus de 2 000 personnes attendues le 5 septembre pour l’inauguration