C'est une infrastructure que personne ne voit mais dont tout le monde dépend. La conduite d'adduction principale qui achemine l'eau potable à Aigues-Mortes et au Grau-du-Roi, logée depuis 1960 dans les voûtes de la Tour Carbonnière, est aujourd'hui dans un état critique. Corrodée à 93 % de son épaisseur, la canalisation en fonte grise et amiante-ciment DN350 ne présente plus qu'une durée de vie résiduelle estimée à moins d'un an.
L'exploitant SUEZ a tiré la sonnette d'alarme : les travaux doivent impérativement être achevés d'ici fin juin 2026, avant le pic estival durant lequel la population du territoire est multipliée par cinq. Répondant à cette urgence, la Communauté de communes Terre de Camargue a démarré le chantier en février 2026.
Trois solutions, un seul choix raisonnable. Avant de trancher, les élus ont étudié trois scénarios. Le premier renforcer la conduite en place dans les vingt-huit voûtes du pont aurait nécessité 4,5 millions d'euros rien que pour la mise en conformité structurelle du monument, pour un coût total estimé à 8,4 millions d'euros HT. Écarté. Le deuxième envisageait un forage dirigé sous les marais sur plus d'un kilomètre, à 48 mètres de profondeur : risques techniques trop élevés, probabilité d'échec trop importante. Écarté également.
C'est la troisième option qui a été retenue : contourner entièrement la Tour Carbonnière par un tracé nouveau, longeant le Vistre puis la RD 979 jusqu'au réservoir de Malamousque. Un itinéraire de 3,5 kilomètres qui préserve le monument médiéval tout en garantissant la continuité du service public. "Ce chantier, c'est la garantie que chaque habitant, chaque estivant, pourra compter sur une eau potable de qualité cet été et pour les décennies à venir. Nous avons fait le choix d'une solution qui sécurise durablement notre réseau tout en respectant un site dont nous sommes les gardiens", explique Thierry Féline, président de la CCPC
Le nouveau réseau est une canalisation en polyéthylène haute densité (PEHD) de 500 mm de diamètre, sur 3 450 mètres. Elle franchit le Vistre et le canal du Rhône à Sète par forage dirigé. L'ensemble des travaux est conduit selon les principes de la charte qualité nationale des réseaux d'eau potable, avec des mesures de protection de l'environnement adaptées à un chantier en milieu naturel exceptionnel : zones Natura 2000, site Ramsar, parc naturel régional de Camargue, grand site de France.
Le coût total de l'opération est estimé à 3,6 millions d'euros HT, soit plus de deux fois moins que le scénario de remplacement en place. Des aides financières ont été sollicitées auprès de l'Agence de l'Eau Rhône Méditerranée Corse et du département du Gard. La maîtrise d'ouvrage est assurée par la Communauté de communes, la maîtrise d'œuvre par le cabinet INFRAMED Ingénieurs Conseils, et les travaux sont confiés à l'entreprise Razel Bec, sous délégation de service public SUEZ. Le raccordement est prévu pour la mi-juin 2026, avant le début de la saison estivale. Des points d'étape réguliers réunissent élus, techniciens et entreprise pour suivre l'avancement du chantier.