Publié il y a 1 h - Mise à jour le 25.06.2026 - Olivier Lemierre - 4 min  - vu 87 fois

SAINT-MARTIN-DE-CRAU Séverine Dellanegra mobilisée contre les polluants éternels

Séverinde Dellanegra, maire de Saint-Martin-de-Crau.

- Olivier Lemierre

La présence de polluants éternels (PFAS) dans l'eau inquiète Séverine Dellanegra, la maire de Saint-Martin-de-Crau. Par mesure de précaution, elle a pris un arrêté interdisant la consommation d'eau issue des forages privés pour la boisson et la préparation des aliments dans le périmètre concerné, au Sud de sa commune. Des forages situés à proximité de deux captages publics qui présentent des seuils de concentration supérieurs à la réglementation, sur la commune de Fos.

Selon des analyses de l'Agence régionale de santé, deux captages publics ont présenté des concentrations en PFAS (per-et polyfluorroalkyl substances) supérieures au seuil réglementaire sur la commune de Fos-sur-Mer. Il s'agit du captage du Ventillon (exploité par le Grand Port maritime de Marseille) et du captage de Fanfarigoule (exploité par la métropole Aix-Marseille). Par ailleurs le Symcrau, syndicat gestionnaire de la nappe phréatique de la Crau (alimentant 13 villes et 300 000 habitants), a mené une étude sur 65 points de contrôle. Une étude confirmant la présence de ces polluants éternels, nocifs pour la santé, à l'extrême sud de la commune de Saint-Martin-de-Crau. Les teneurs y sont variables et oscillent autour du seuil de conformité sanitaire. Par mesure de précaution, Séverine Dellanegra, maire de Saint-Martin-de-Crau, et 1ʳᵉ vice-présidente de la communauté d'agglo ACCM, inquiète pour la santé de ses administrés, vient de prendre, le 24 juin, un arrêté qui interdit l'usage de l'eau issue des puits et forages privés. Interdiction à titre temporaire, pour la boisson et la préparation des aliments. Elle tient à rassurer quand même : "L'eau distribuée par le réseau public demeure parfaitement saine et conforme." Pour autant il ne faut pas baisser la garde et prendre, selon elle, ce problème très au sérieux. Elle explique sa position dans un entretien.

Objectif Gard & Arles : Les analyses de l'ARS, confirmées et affinées par celles du Symcrau, soulèvent des questions sur la présence de PFAS au-delà des normes, d'autant qu'il s'agit là de polluants éternels dangereux pour la santé. On parle de cancers, d'hypertension, d'infertilité, d'affaiblissement du système immunitaire, entre autres. Êtes-vous inquiète ?

Séverine Dellanegra : Forcément quand on est maire, on se sent concerné. Depuis fin 2024, avec les nouvelles normes, l'ARS mène des campagnes de prélèvements sur l'ensemble des points de captage publics du département. Sur deux points, situés à Fos, les résultats étaient non conformes. Des opérations ont été lancées avec le Grand Port Maritime de Marseille et la Métropole pour résoudre ce problème. Une réunion publique sur la problèmatique de l'eau a eu lieu ce mercredi 14 juin, à l'initiative du maire de Fos, Philippe Maurizot, qui veut, comme moi, toute la transparence sur le sujet. Se pose bien évidemment la question du danger, et puis également comment on filtre, comment on traite ces molécules, comment protéger notre environnement et notre nappe de la Crau qui nous fournit l'eau potable.

Mais connait-on déjà l'origine de cette pollution ?

Les techniciens du Symcrau ont fait des analyses pendant un an sur tout le territoire de Saint-Martin, de Fos, d'un bout d'Arles et d'Istres. Ils ont repéré d'autres points où les taux de PFAS étaient non conformes ou très proches de la limite autorisée. Avec leur connaissance de la nappe, ils ont pu faire le lien entre les points pollués et la présence de la base aérienne militaire d'Istres, qui dans le passé, autour des années 1950, utilisait énormément de mousse anti-incendie contenant des PFAS. Et comme ce sont des polluants éternels, ça reste dans l'environnement. Il convient de mener maintenant des études pour savoir comment les trouver, comment les filtrer, comment les évacuer. Il faut voir également l'impact des industries de la zone de Fos qui a peut être quelque chose à voir...

Que comptez-vous faire dans l'immédiat, et à plus long terme sur cette question ?

Nous allons suivre tout cela avec les services compétents, ceux de l'ARS en particulier. Je tiens à saluer le travail et la réactivité du Symcrau qui a montré encore sa connaissance fine du territoire. Grâce à l'irrigation gravitaire des champs de foin de Crau alimentant notre nappe (70 % de l'eau d'arrosage retourne dans la nappe) on ne manque pas d'eau et celle-ci est de très bonne qualité. Nous voulons conserver cette ressource naturelle précieuse. Nous serons également vigilants sur les projets structurants d'émergence nationale comme la ligne très haute tension (THT) qui pourrait affecter l'équilibre de notre territoire. La ville de Saint-Martin est résolument contre. Plus généralement nous devons rester vigilants, sur l'objet des industries qui veulent s'implanter. Notre rôle, à nous élus, est de trouver un juste équilibre, et de trouver des modes de compensation.

Enfin pour conclure, je profite de cette actualité pour dire qu'il faut être attentif à notre mode de consommation. On retrouve des PFAS dans les poêles anti-adhésives, dans les emballages, dans les vêtements imperméables entre autres. Chacun doit faire attention, c'est aussi une responsabilité collective. Concernant Saint-Martin, nous serons aux côtés des quelques habitants concernés par cet arrêté pour les accompagner.

La Ville d'Arles se préoccupe aussi du sujet

« PFAS : une situation très circonscrite sur le territoire arlésien, sans impact sur le réseau public d’eau potable.

À la suite des investigations menées sur la qualité des eaux souterraines de la nappe de Crau, qui impacte notamment plusieurs communes voisines, la municipalité souhaite informer les Arlésiens de manière transparente et rassurante.

Les campagnes de sondages et d’analyses réalisées sur Arles par le SYMCRAU, gestionnaire de la nappe de Crau, ont permis d’identifier la présence de PFAS, qui sont des polluants, sur un secteur extrêmement limité de notre territoire communal.

La zone concernée pour Arles est circonscrite aux secteurs des coussouls Cabanon rouge, Tenque, Le retour des aires, Gingine, Coucou Crau et la pissarotte. Trois constructions sont potentiellement concernées, composées de deux bergeries et d’un relais de chasse, si elle disposent de forages privés pour l’alimentation en eau potable.

Par mesure de précaution et au titre de la sécurité publique, la Ville d’Arles a pris un arrêté municipal uniquement pour ces deux bergeries et ce relais de chasse interdisant l’usage pour la consommation et la préparation des aliments de l’eau issue de ces puits et forages privés domestiques.

Cette décision vise à garantir la protection des usagers concernés dans l’attente de la poursuite des investigations et du suivi sanitaire mis en œuvre par les autorités compétentes.

Aucun autre site de forage sur la commune n’est concerné par ces polluants.

La Ville d’Arles tient également à rassurer en précisant que le réseau public d’eau potable desservant les foyers arlésiens n’est pas concerné par cette situation. Les analyses ne mettent en évidence aucun impact sur l’eau distribuée par le réseau public, qui demeure conforme aux exigences sanitaires en vigueur.

La municipalité reste pleinement mobilisée aux côtés de l’État, de l’Agence régionale de santé, du SYMCRAU et de l’ensemble des acteurs concernés afin d’assurer un suivi rigoureux de la situation et de garantir la sécurité sanitaire des habitants. »

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