Pour avoir interviewé le père de Mahsa Amini - jeune Iranienne dont la mort dans les bras des forces de l'ordre de son pays a lancé le mouvement Femme, Vie, Liberté - Nazila Maroofian a été incarcérée dans la prison d'Evin à Téhéran. Puis, elle a connu trois autres arrestations. Jusqu'à ce qu'elle n'en puisse plus et s'exile en France il y a deux ans. Elle a aujourd'hui 26 ans.
La marraine de la 15ᵉ édition du festival Là-bas, vu d'ici pouvait difficilement mieux entrer dans le thème de l'année, qui donne à observer un monde en résistance. "Résister", alors que nous sommes à 250 ans pile de la mort de Marie Durand, qui passa 38 ans de sa vie à la tour de Constance en refusant d'abjurer sa foi et à qui on attribue ce mot gravé dans une des pierres de la tour. Un thème cher aux Cévennes aussi, que Lionnel Astier se chargera justement, dimanche 23 août à 11h15, d'expliciter en revenant sur ses récits de la guerre des Camisards.
La marraine Nazila Maroofian sera disponible, elle, pour une rencontre, samedi 22 août à 11h15, en compagnie de l'ancien otage français en Iran, Benjamin Brière, arrêté alors qu'il faisait du tourisme en mai 2020 et emprisonné 1 079 jours. Il raconte ce calvaire dans un livre, Azadi, qui veut dire liberté en persan.
Rasul Noori connaît la portée de ce mot. Journaliste afghan, avec sa sœur réalisatrice, Najiba, il a filmé sa mère "mariée très jeune avec un très vieux, résume Henry Lavesque, responsable du festival. Alors que la mère entre dans la cinquantaine, qu'elle s'installe dans une vie indépendante, les talibans reviennent." La sœur du réalisateur a fui, Rasul Noori a continué à filmer. La vie de Hawa sera visible vendredi 21 août à 21h30, salle Lucie-Aubrac, et dimanche 22 à 21h15, au Palace.
Dans les 14 films et 5 rencontres que propose le festival, entre aujourd'hui et dimanche soir, il est aussi question d'une autre forme de résistance, celle du corps et de ses limites. "Stéphane Dugast vient présenter un film sur les expéditions polaires françaises de Paul-Émile Victor", explique Henry Lavesque, expéditions qui, à partir de 1947, virent de nombreux aventuriers partir vers le Groenland ou la Terre Adélie. Odyssées blanches est le film d'ouverture du festival, cet après-midi, à 16h, au Palace. Stéphane Dugast présentera aussi son livre sur l'explorateur Clipperton, vendredi 21 août à 18h, à l'espace Lucie-Aubrac.
La réalisatrice Marianne Chaud nous emmène, elle, au Zanskar, en Inde, pour la construction d'une large route qui doit désenclaver cette région montagneuse, mais aussi offrir un accès plus rapide à l'armée vers les zones sensibles proches du Pakistan et de la Chine. Elle présentera son documentaire vendredi 21 août à 21h30, au Palace, et samedi 22 à 21h30, salle Lucie-Aubrac.
"Cette année, on a créé une nouvelle catégorie, annonce aussi Henry Lavesque, 'Mon premier voyage filmé'. Quentin Maillard a fait un film de son voyage de Marseille à Istanbul, avec le vélo de son grand-père." Et quelques amis. Il présentera Médésis, en mouvement autour de la Méditerranée, samedi 22 août à 10h, au Palace.
Ce jeudi soir à 16h, le festival débute vraiment, avec deux films au Palace. À 18h, à l'hôtel de la Condamine, aura lieu le vernissage de l'exposition de la peintre toulousaine Stéphanie Ledoux, Humanité(s), qui marquera l'ouverture officielle d'un programme foisonnant (*). Mais aussi le premier des cinq concerts du festival, qui s'achèvera, dimanche soir à 21h30, avec le groupe Au P'tit bonheur. Pour que résister rime - tout de même - avec espoir.
(*) Plus d'informations et réservations sur www.festivallabasvudici.com