Depuis 1995, l’usine Orano Melox fabrique du combustible pour centrales nucléaires, du MOX, à partir de combustible usagé. Une usine longtemps unique au monde, « qui alimente une ampoule sur dix en France », rappelle son directeur Arnaud Capdepon. Et Orano Melox, à l’image de la filière nucléaire, connaît un important rebond d’activité, après des années difficiles.
Alors il y a quatre ans, l’usine a pris la décision de créer sa propre école des métiers, ouverte en 2024. « Notre spécificité est le travail en boîte à gants », explique Arnaud Capdepon. Ces boîtes à gants, de grandes boîtes en plexiglass très épais munies de trous permettant d’y faire passer des gants, permettent aux opérateurs de manipuler des éléments et d’assurer la maintenance des machines qui s’y trouvent, entre autres. On en compte pas moins de 250 sur le site.
Si on combine cette spécificité au fait que, « avec la relance du nucléaire, nous avons beaucoup de projets, nous devons aller beaucoup plus vite sur la montée en compétences », poursuit le directeur de l’usine. Alors Orano a mis 20 millions d’euros sur la table pour faire sortir de terre une école des métiers de 1 450 mètres carrés sur cinq étages disposant de 60 maquettes physiques, d’autant en version numérique et de 19 formateurs, qui ont dispensé 14 000 heures de formation en 2025.
Le tout dans un secteur, le nucléaire, reparti pied au plancher. Rien que chez Orano, « nous sommes en train de développer de nouvelles capacités industrielles, avec l’extension de l’usine Georges-Besse II (d’enrichissement de l’uranium, à Tricastin, NDLR) et le projet Aval du futur, qui vise à construire de nouvelles usines à La Hague et à prolonger nos usines actuelles », développe Corinne Spilios, directrice générale d’Orano recyclage.
Et ça demande des effectifs : Orano compte 18 500 salariés, et recrute 1 700 CDI par an. « Il nous faut anticiper, recruter et former les jeunes, et les moins jeunes », avance la directrice des ressources humaines d’Orano, Hélène Derrien. Le groupe compte 7 écoles des métiers et une école du management, et cherche à attirer les femmes. « Il y a encore trop de préjugés, par exemple que les métiers de l’industrie seraient masculins », affirme la DRH d’un groupe qui recrute 31 % de femmes chaque année.
Un enjeu de taille, sachant que « avec la baisse de la démographie, dans les 10, 20, 30 ans à venir, on va manquer de main d’œuvre », avance le ministre, qui rappelle que « les femmes, c’est 50 % de la population, on ne peut pas s’en passer. » Les femmes, mais aussi les jeunes et les seniors : « Nous avons fait des progrès sur l’emploi des 25-60 ans, mais là où on n’est pas bons, c’est avant et après », pose Jean-Pierre Farandou, qui affirme que si la France faisait aussi bien sur l’emploi de ces tranches d’âges que ses voisins les plus avancés, les finances publiques gagneraient « 70 milliards d’euros. »
Sur les plus jeunes, le vice-président de la région Occitanie Jalil Benabdillah rappellera au ministre que les crédits alloués à l’apprentissage « ont fondu comme neige au soleil » et que « les budgets des Régions ont été réduits, on ne pourra pas compenser, notamment pour les secteurs en tension. » Le ministre lui répondra que la France avait « 3 500 milliards d’euros de dette » et que « on fait tous des efforts », tout en affirmant que les baisses des aides pour l’apprentissage « n’ont pas trop fait baisser le volume » des apprentis.
Reste que le ministre a choisi Orano, car « ici sont traduites beaucoup des politiques publiques que je souhaite promouvoir pour toute la France », affirme-t-il, citant la réindustrialisation, la formation, car « on n’aura pas de développement de l’industrie sans les compétences qui vont avec », et la politique d’Orano tant sur l’emploi des jeunes, notamment avec l’apprentissage, que des seniors, avec « au moins 10 % d’embauches pour les travailleurs expérimentés chaque année. » « Si une entreprise comme Orano peut le faire, ça veut dire que beaucoup d’entreprises françaises peuvent le faire », en déduit le ministre.
Ministre qui a terminé sa visite par un plaidoyer pour le nucléaire, qui permet à la France de « disposer d’un nouvel or blanc », à savoir l’électricité décarbonée qui permettra « d’alimenter des filières à plus forte valeur ajoutée », comme des data-centers pour l’intelligence artificielle, et plus largement pour l’industrie. « Un soudeur, à la sortie de l'école, gagne 3 000 euros par mois, et 20, 30 ans après 5 000 ou 6 000 euros, lance Jean-Pierre Farandou. Il faut le dire aux jeunes, qui veulent des métiers qui gagnent bien leur vie : choisissez l’industrie. » Amen.