Publié il y a 58 min - Mise à jour le 05.06.2026 - François Desmeures - 3 min  - vu 82 fois

L'ESPÉROU La transhumance au sommet du Gard, en l'année internationale du pastoralisme

Sur les hauteurs du col de l'Elze, à Val d'Aigoual, une partie du troupeau de Pierrick Garmath

- François Desmeures

La fête de la transhumance aura lieu le 13 et surtout le 14 juin, à L'Espérou. Près de 1 200 brebis passeront par le village, avant de retrouver leur estive, à Dourbies, Val d'Aigoual ou sur le mont Lozère. Si la journée est avant tout une fête et rend hommage à une activité ancestrale, éleveurs et chambre d'agriculture souhaitent en profiter pour mettre en avant les sujets qui leur sont chers et nécessaires, en commençant par l'écobuage et la prédation du loup. Mais aussi la prolifération du mouflon. 

Sur les hauteurs du col de l'Elze, à Val d'Aigoual, une partie du troupeau de Pierrick Garmath • François Desmeures

Avant tout une fête, un moment de communion. La journée grand public de la fête de la transhumance, dimanche 14 juin, ne dérogera pas à la règle. Si le temps est de la partie, la foule est nombreuse, chaque année, pour le passage des troupeaux. Ils seront trois, cette année, à passer par L'Espérou pour rejoindre leur estive le jour de la fête. Alors que certains troupeaux ont déjà investi les sommets du massif de l'Aigoual.

Le lancement de la fête s'effectue le samedi 13 juin, avec la soirée des bergers, qui commence en réalité à 15h avec l'observation du soleil à la halle de l'Espérou, avant une rencontre berger-troupeaux, toujours à la halle (les chiens sont interdits) et le passage des brebis du mas Figuier, de Gaël Martin. Le soir, après un repas du terroir sur réservation (06-33-36-73-06), un hommage sera rendu à Éric Martin - véritable figure de l'élevage sur l'Aigoual, disparu dans un accident en juillet 2025 (relire ici et ici) - avec la projection du film documentaire En transhumance vers le bonheur.

Le dimanche, au milieu d'un marché de producteurs et d'artisans locaux, les troupeaux traverseront le village, dont ceux de Benjamin Peyre, d'Arrigas, et de Pierrick Garmath, président de la fédération des producteurs ovins du Gard, installé sur les hauteurs de Valleraugue. Dans la journée, démonstrations de chiens de troupeaux, casques virtuels agriculteurs-éleveurs, jeux en bois, manèges et concours assureront l'animation. Et, pour la première fois, les pompiers seront également présents avec des camions et en profiteront pour informer le public sur les obligations légales de débroussaillement.

Lors d'une édition précédente • Archive M. M.

À midi, Bienvenue à la Ferme propose un repas du terroir, évidemment avec un plat à base d'agneau. Avant une table-ronde, à 14h30, sur le thème Troupeaux et éleveurs, acteurs indispensables des Cévennes (*)suivie de témoignages d'éleveurs anglais. Des acteurs toujours à la peine, d'après ce qu'en disent Pierrick Garmath et Benjamin Peyre. Il y a, bien évidemment, la prédation du loup, alors que plusieurs attaques ont eu lieu à l'automne sur le massif de l'Aigoual.

Et, logiquement, il y a les conséquences de la présence du loup, l'obligation de s'équiper de patous comme chiens de protection. "C'est la réalité du terrain à l'année, explique Pierrick Garmath. Il y a de plus en plus de monde qui se promène et, si les brebis sont au milieu du chemin, le randonneur ne pense pas à contourner." L'histoire peut se terminer par une morsure et une grosse frayeur pour le randonneur. Un souci de plus pour les éleveurs qui ne laissent plus aussi sereinement les troupeaux dans la montagne. 

De g. à d. : Michel Monnot, Laurent Balsan (maire de Dourbies), Christophe Boisson (président de Causse-Aigoual-Cévennes), Pierrick Garmath, Benjamin Peyre et Bernard Grellier • François Desmeures

Avec la présence des pompiers, les éleveurs évoqueront aussi l'écobuage, tradition indispensable à l'entretien et à la régénération des sols, qui se mène en hiver, pour assurer une nourriture suffisante aux brebis au printemps et en été. "On est avant tout des producteurs", insiste Pierrick Garmath, qui ne veut pas que ses bêtes soient vues uniquement comme un élément de la lutte anti-incendie. Même si Michel Monnot, adjoint à Val d'Aigoual abonde sur le côté "rassurant, pour nous, de voir qu'il y a encore des troupeaux sur l'Aigoual"

Se souvenant d'Éric Martin (à qui l'hommage est consacré samedi 13 juin) constamment un briquet à la main, l'élu de Val d'Aigoual "et berger honoraire", Bernard Grellier, insiste sur son "souci de tenir la montagne propre. C'était sa passion." Au passage, l'élu se désole de la déconnexion actuelle entre ville et campagne, entre amusement à voir les troupeaux et absence de prise en compte de la vie quotidienne des bergers et éleveurs. Cette fameuse "réalité du terrain à l'année", de Pierrick Garmath. Revenant sur le problème que peuvent poser les patous, Benjamin Peyre raconte : "Avant, quand je gardais le troupeau, je discutais avec des gens. Aujourd'hui, il n'y a plus personne qui peut s'approcher." La fête de la transhumance, même si c'est fugace, permet encore ce moment d'échange...

(*) Le thème du pastoralisme, en cette année internationale (lire ici), continuera d'être développé dès le dimanche 14 juin à 18h, et jusqu'au 17 juin, au Climatographe, à l'Observatoire de l'Aigoual, à l'occasion de son université d'été. Programme à retrouver ici.

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