Publié il y a 2 h - Mise à jour le 18.03.2026 - Olivier Lemierre - 4 min  - vu 85 fois

ARLES Ligne THT : le collectif des "anti" veut faire plier l'État avant l'été

Le "collectif THT 13-30" a dénoncé hier à Arles le risque d'un désastre écologique.

- O.L.

Le collectif THT 13-30 poursuit son combat contre le projet de RTE et de l'État de créer une ligne aérienne très haute tension entre Jonquières-Saint-Vincent et Fos-sur-Mer. Réuni hier à Arles, il dénonçait, preuves à l'appui, "un risque écologique majeur dans le triangle d'or de la biodiversité, une zone préservée et protégée depuis 60 ans". Le collectif a décidé d'attaquer en justice avant la déclaration d'utilité publique qui pourrait intervenir à l'été. Il demande au ministère de la Transition écologique la nomination d'un médiateur.

Hier, à Arles, le collectif THT 13-30 était venu délivrer à la presse un message. La déclaration d’utilité publique de la ligne très haute tension pourrait être prononcée d’ici l’été. Il y a donc urgence à faire plier l’État et RTE, le gestionnaire du réseau de transport de l’électricité, qui veulent imposer sur le territoire de Terre d’Argence, de Camargue et de Crau, la création d’une ligne électrique aérienne sur 65 km entre Jonquières-Saint-Vincent dans le Gard et Fos-sur-Mer dans les Bouches-du-Rhône. Cet équipement défigurerait le paysage avec des pylônes de plus de 60 mètres de haut, mangerait des terres agricoles, empiéterait sur les zones naturelles et remarquables. « En maintenant ce projet qui fait la quasi-unanimité contre lui sur les territoires concernés, l’État s’attaque à un socle structurel et fondamental de ce territoire, sa biodiversité. Au-delà de son image symbolique connue dans le monde entier, elle est préservée depuis près de 60 ans par un corpus juridique puissant sur le plan national et international. L’État, en s’entêtant depuis deux ans, prend ainsi le risque d’un profond retard dans la mise en œuvre de la décarbonation de la zone industrielle de Fos, voire d'un échec total face à la détermination sans faille des nombreuses parties prenantes».

Des millions d’oiseaux migrateurs

Et de rappeler que la diversité et la richesse des habitats sur ce triangle d’or de la biodiversité expliquent la présence de plusieurs centaines d’espèces d’oiseaux qui utilisent le delta du Rhône comme zone de repos, d’hivernage ou de reproduction. Le flux des oiseaux migrateurs traversant chaque année le golfe du Lion est estimé entre 45 et 90 millions d’oiseaux au printemps, et entre 140 et 210 millions d’oiseaux à l’automne, selon l’étude très scientifique de MIGRALION. « Quatre comptages réalisés entre 2024 et 2026 le long du tracé prévu par RTE ont mis en évidence une fréquentation exceptionnelle de l’avifaune. En seulement quelques matinées d’observation couvrant 60 % du linéaire, plus de 52 000 oiseaux ont été recensés, parmi lesquels des espèces de grande taille particulièrement vulnérables aux collisions et électrocutions », précise Jean-Luc Moya, un des porte-parole du collectif.

Une valeur écologique reconnue mondialement

La valeur écologique de ce territoire est reconnue depuis longtemps par de nombreux statuts de protection : parc naturel régional de Camargue, sites Natura 2000, réserves régionales et nationales, zones humides d'importance internationale, réserve de biosphère reconnue par l’Unesco. Une reconnaissance qui pourrait être remise en cause par le projet de RTE.

Un projet qui met en péril très directement des espèces d’oiseaux menacées (en voie d’extinction pour certains) vivant sur le territoire : l’aigle de Bonnelli, le faucon crécerelle, l’outarde canepetière, le butor étoilé, le ganga cata et l’alouette calandre.

La proposition de RTE visant à compenser les pertes de ganga cata via des oiseaux capturés en Espagne ne tient pas la route selon eux ; pas plus que celle concernant le balisage des lignes électriques. « La synthèse internationale sur le sujet est sans ambiguïté : l’efficacité du balisage est plutôt faible, extrêmement aléatoire et dépend du contexte (site et espèce). Pour des espèces comme l’outarde, dont la collision avec les lignes électriques constitue la seconde cause de mortalité en France, des études européennes le confirment, seul l’enfouissement des lignes est pertinent ».

Une alternative que le collectif défend bec et ongles depuis deux ans auprès de RTE et des préfets successifs. « La décarbonation de Fos est une nécessité, nous en convenons. D’après nos calculs,les coûts totaux des deux possibilités tournent autour de 1,5 milliard d’euros. Simplement la ligne aérienne irait plus vite et répondrait à la demande de quelques start-up qui font pression pour récolter des fonds qu’elles n’ont pas ».

Les avocats sur le coup

Pour se faire entendre par l’État, aller vers un développement industriel, une transition énergétique en harmonie avec la protection de la nature, le collectif THT 13-30 a déjà et va engager plusieurs procédures juridiques. «Nous avons saisi les conventions internationales telles que la convention de Berne qui vise à assurer la conservation de la flore et de la faune sauvage, ainsi que la convention de Ramsar sur les zones humides ». Les permis de construire et autorisations environnementales des grands projets industriels dépendants de cette infrastructure feront également l’objet d’un examen juridique attentif. En l’absence d’évaluation sérieuse des impacts cumulés sur la biodiversité, ces projets pourront eux aussi être contestés. «On sort les dents avec nos armes de dissuasions massives » résument en conclusion les porte-paroles du collectif, "car si cela se fait ici, en Camargue, cela se fera partout. RTE a des projets de lignes très haute tension aériennes sur tout le territoire national".

Ils demandent au ministère de la Transition écologique de nommer au plus vite un médiateur de l’État en Camargue « pour développer le dialogue territorial sur les enjeux de conservation à l’échelle de la Camargue géomorphologique, tel que préconisé dans le rapport de l’inspection générale de l’environnement et du développement durable de 2023 sur la préservation des principales zones humides françaises ».

Il vous reste 80% de l'article à lire.

Pour continuer à découvrir l'actualité d'Objectif Gard, abonnez-vous !

Votre abonnement papier et numérique
à partir de 69€ pour 1 an :

  • Votre magazine en version papier et numérique chaque quinzaine dans votre boite aux lettres et en ligne
  • Un accès illimité aux articles exclusifs sur objectifgard.com
Olivier Lemierre

Environnement

Voir Plus

A la une

Voir Plus

En direct

Voir Plus

Studio