L'affaire a débuté le 27 mars, par la venue des porteurs de projet en mairie de Boisset-et-Gaujac. En fait, les propriétaires du terrain dont le maire refuse de donner le nom. "Ils ont prévu un McDonald's avec un drive, un Carrefour contact avec une petite station service, une boulangerie Marie Blachère et une salle de sport", détaille Philipe Allié. Le tout sur la zone artisanale de la Micalerie, entre un cabinet vétérinaire et un garage contrôle technique automobile, qui se trouve à la limite de la commune, en bordure de la route départementale 910A, la route entre Bagard à Anduze.
"Une fois que le projet nous a été présenté, j'en ai parlé aux trois commerçants de notre coeur de village, poursuit Philippe Allié. Et, la semaine dernière, j'ai réuni mon conseil municipal. On a décidé de se prononcer en défaveur de ce projet." Pour autant, c'est l'agglomération d'Alès qui sera chargée d'instruire le permis de construire. Et, comme les surfaces commerciales ne devraient pas excéder les 1 000 m2 (la restauration, McDonald's en l'occurrence, n'est pas comprise dans ce total), nul besoin pour le projet d'affronter la commission départementale d'aménagement commercial (CDAC). "Finalement, c'est comme quand vous construisez une maison", résume Philippe Allié. Même si le flux généré par les commerces n'a rien de comparable.
Car, en plus des parkings, il faut prévoir un cheminement, sans demi-tour, pour les camions citerne qui viendront réapprovisionner la station service. Ou pour ceux apportant la matière première à Marie Blachère et aux rayons de Carrefour. Un volet sur lequel le Département aura sans doute son mot à dire, lui qui est responsable des routes.
Depuis l'annonce, commerçants et habitants se mobilisent. Un petite manifestation a eu lieu jeudi dernier devant la mairie d'Anduze. Une pétition figure en bonne place dans les commerces boissétains et anduziens, ainsi qu'une autre en ligne. Les deux ont déjà dépassé les 2 500 signatures. Sur la place "qu'on a refait à neuf en 2024", précise Philippe Allié, Claire Daudruy ne peut que livrer son "désarroi". Propriétaire de la supérette Cocci Market, elle a commencé par assister à la réaction de la clientèle. "Ils sont venus vers nous, la clientèle m'a poussé à faire tout ça, à se mobiliser."
Claire Daudruy le prend comme une reconnaissance du travail fourni depuis huit ans pour viser la satisfaction du client. "On a appris le projet par nos clients, confie la propriétaire des lieux, une semaine après les élections. Ils vont nous installer tout ça à un kilomètre, alors qu'on est ici, qu'il y a des commerces à Anduze et Saint-Christol-lès-Alès. Ici, on a un restaurateur, qui a fait des travaux pour refaire sa cuisine, quatre ou cinq foodtrucks..." Claire Daudruy a aussi pu discuter avec des professionnels de Saint-Christol à la suite de l'ouverture de la boulangerie Ange et du Burger King face au lycée Prévert. Et le constat qu'ils font est celui d'une baisse importante d'activité depuis l'arrivée de cette concurrence.
"Comment peut-on accepter tout et n'importe quoi ?, poursuit Claire Daudruy. On met des panneaux 'sans pesticide' à l'entrée des villages, il y a un camping à la ferme, et on va mettre un Mac Do devant ? Avec toutes les merdes qu'on va retrouver en pleine nature ? On est la Porte des Cévennes, ce n'est pas possible comme image." Et Claire évoque aussi, pour les riverains, les livraisons de Marie Blachère "à trois ou quatre heures du matin. Il vaudrait mieux un pôle santé..."
En face, le bar-restaurant le Camisard relativise mais se méfie. "Ce n'est pas tant que je crains cette arrivée, explique Corinne Guin-Colignon. Si Marie Blachère fait des cafés, je vais perdre un peu. Mais je me mets aussi à la place de ma collègue de la supérette... Un Carrefour, je suis contre à 200%. Ça va désertifier le centre-ville." Pour sa partie, Corinne Guin-Colignon redoute moins le projet. "Nous, on fait un plat du jour pour les personnes du village, qui veulent manger assises. Ce n'est pas la même clientèle que Mac Do."
Plus que la commerçante, la citoyenne est en revanche très remontée contre le volet McDonald's. "C'est inapproprié pour la zone dans laquelle on se trouve. Et puis, c'est de la malbouffe. On a un gars qui fait de très bons burgers ici, des foodtrucks qui vont avoir des difficultés." En face, à la boulangerie la Fournée de Boisset, le patron, Rémy, "pense qu'on ne sera pas trop impacté, notre clientèle est villageoise". Et le patron des lieux ne voit pas ses habitués faire un kilomètre et demi pour une baguette gratuite sur quatre.
"Mais aller contre le projet, ce sera compliqué, poursuit Rémy, qui ne croit pas dans la mobilisation des opposants. Il vaudrait mieux aller voir celui à qui appartient le terrain pour le rencontrer et négocier". Si, selon lui, Boisset ne devrait pas trop souffrir, "à Anduze, je les comprends, d'autant qu'ils n'ont pas de parking à proximité. On pourrait peut-être trouver d'autres commerces qui pourraient s'implanter."
C'est d'ailleurs bien à Anduze qu'a eu lieu la manifestation des opposants. "Je soutiens à fond mes commerçants locaux", abonde le maire, Bonifacio Iglesias, qui pense aussi que "la boulangerie et le supermarché vont tuer le centre de Boisset-et-Gaujac. C'est dur pour le maire qui essaie de faire vivre son centre-village."
"On nous colle les rois de a malbouffe sous le nez"
"On nous demande de faire des efforts sur le bien manger, on a même des subventions pour cela... Les gens viennent dans nos régions où on mange relativement bien, avec une agriculture saine. Et on nous colle les rois de a malbouffe sous le nez", regrette Bonifacio Iglesias en évoquant le projet de McDonald's. Entre les intentions des politiques et la réalité du terrain, il y a de quoi se poser des questions. On est la Porte des Cévennes. ceux qui arrivent, ils vont voir quoi ?" D'autant que l'emprise commerciale ferait face à la zone Natura 2000 dite des Falaises d'Anduze, sur le Peyremale.
"Je pense que les politiques du Département, de la Région ou de l'Agglo devraient être plus vigilants pour nous informer de ces projets, poursuit le maire d'Anduze. Et l'Agglo devrait jouer un rôle préventif au niveau des petites communbes. On voit que si on ne protège pas de zone dans nos plans locaux d'urbanisme (PLU), on est morts." Un aboutissement contre lequel lutte déjà le Fournil d'Anduze, rue du Luxembourg. Pétition posée devant la caisse, Laetitia dit tout le mal qu'elle pense du projet. "J'ai connu le projet le mardi, le vendredi j'étais dans le bureau du maire".
"Ce n'est pas cohérent, poursuit la commerçante. On a un programme alimentaire territorial sur l'agglo d'Alès, on fait des efforts en lançant la Belle Gardoise pour valoriser le local, et on voit débarquer Mac Do... Ça fera forcément du mal sur le sacking." D'autant que la commune n'avait pas besoin de cela, alors qu'une boulangerie a déjà fermé en mars avenue Rollin. "Nous, on ne peut pas trop lutter, poursuit Laetitia, on n'a pas les mêmes moyens d'investir qu'eux." Elle s'insurge, d'ailleurs, d'un "deux poids deux mesures dans les décisions : on retire les distributeurs de sucrerie dans les lycées, pour lutter contre l'obésité des jeunes, et on implante un Burger King face au lycée à Saint-Christol-lès-Alès..."
Pour Stéphane, la lutte sera rude. Lui qui tient deux boulangeries à Anduze, à la plaine de Labahou et sous le porche de la rue Droite, n'est "pas du tout favorable au projet". D'autant qu'il avait déjà constaté "une baisse d'activité depuis octobre". Au point de fermer la boulangerie du centre-ville l'après-midi et le samedi, et de se demander si cela vaut le coup de la maintenir.
Avec les boulangers, c'est l'ensemble des commerçants d'Anduze qui est vent debout. "C'est inadmissible, s'offusque Aurore Laurens, président de l'Union commerçants industriels et artisans (UCIA) d'Anduze. On a déjà pris attache avec l'Agglo pour évoquer le sujet. Ça va dénaturer le pauysage à l'entrée de notre ville, alors qu'on a largement de quoi faire en boulangerie, restauration et snack." Sans parler de deux supermarchés traditionnels et des deux discount.
"On est soutenu, se rassure Aurore Laurens. Mais malgré cela, quand on voit le poids de Mac Do quand ils posent de gros billets sur la table..." Les porteurs de projet ont annoncé au maire leur intention de déposer un permis cet été, pour une ouverture éventuelle à l'été 2027. D'ici là, il se passera sans doute encore beaucoup de choses.