Objectif Gard : Qu'est-ce qui change dans l'organisation de la communauté de communes pour le mandat à venir ?
Fabien Cruveiller : À la suite du 8 avril, on a créé deux nouvelles commissions : une commission finances, qui va nous permettre de nous emparer des sujets liés à la fiscalité notamment ; et une commission mutualisation des ressources, pour être au plus près des attentes des communes.
Finances et mutualisation, est-ce pour pallier la raréfaction annoncée des subventions nationales, régionales et autres ?
Oui. Au niveau national, le projet de loi de finances nous engage à participer au redressement des comptes publics. À notre échelle, il y a un effort à faire, on n'est pas épargnés.
On sait combien cela représente pour le Piémont ?
Au niveau des dotations, on est sur les mêmes éléments que l'an passé. Donc, ça ne suit pas l'inflation, qui est de l'ordre de 2 %. C'est sûr que cela demande un effort de maintien des dépenses parce qu'il y a un maintien des recettes. Je ne peux pas dire exactement combien cela fait en euros. Ensuite, il y a tout ce qui est lié à la crise internationale, qui fait que les carburants augmentent. Plus les coûts inhérents aux charges de personnel, comme la participation à la santé et à la prévoyance, qui s'imposent à nous. Et qui croissent chaque année.
Est-ce que cela laisse des marges de manœuvre pour mener un projet de territoire ?
La création d'une commission finances vise justement à développer, en lien avec un projet de territoire pour les dix prochaines années, un laboratoire d'innovations en faveur d'une ruralité qui se réinventerait pour répondre aux attentes des populations en prenant en compte des scénarios "stressés" qui sont liés aux baisses de dotation et à la hausse des charges de fonctionnement au sens large, qui nous obligent donc à nous réinventer et à trouver des solutions pour que nos services publics - puisqu'on est une communauté de communes de services - continue à être fiables, performants et de proximité. Et je pense, bien entendu, à notre politique enfance-jeunesse, mais aussi à tout ce qui relève de la vie locale.
"Une possibilité d'investir préservée"
Ne craignez-vous pas que des petites ou des communautés de communes moyennes, comme la vôtre, soient rapidement appelées par le gouvernement à fusionner avec de plus grosses pour des questions d'économie budgétaire ?
Le Piémont cévenol est aujourd'hui dans une situation financière saine. D'ailleurs, cela a été réaffirmé à l'occasion du débat d'orientation budgétaire de la semaine dernière, avec un endettement maîtrisé, puisqu'on a une capacité de désendettement de cinq années ; et une possibilité d'investir qui est préservée, avec des emprunts qui arrivent à terme dans les prochaines années. Donc, le Piémont cévenol se porte bien sur le portage de ses services publics, sur les enjeux financiers. Pour ce qui est des fusions, des rapprochements avec d'autres communautés de communes, ce n'est pas à l'ordre du jour pour moi. Pour autant, on a un devoir de travailler à une échelle supra-intercommunale. C'est déjà le cas, comme dans la gestion de nos déchets. Et puis, à ce jour, je pense aussi qu'on a besoin de stabilité, de lisibilité. Et cette stabilité, c'est aussi la fondation qui nous permet d'affronter tous les enjeux à venir, et notamment l'écriture et la co-construction d'un projet de territoire, avec des financements associés pour irriguer en services publics et en équipement toutes les communes du Piémont. C'est l'enjeu des dix prochaines années : travailler avec les maires et les services pour que toutes nos compétences, et rien que nos compétences, soient exercées pleinement. Pour ne pas se disperser.
Lors de votre élection, vous avez évoqué la satisfaction d'avoir bouclé le précédent projet de territoire une année avant la date prévue. Quelles sont les réussites de ce projet ?
En 2017, il a été voté à l'unanimité des élus. C'était une feuille de route pour dix ans qui reposait sur quatre axes stratégiques : des services publics de proximité, fiables et performants ; la promotion de l'identité du Piémont cévenol, et c'est plutôt réussi ; le développement économique, une réussite aussi, alors qu'on a déjà rempli toutes nos zones d'activité et qu'on a deux projets de zone pour accueillir des entreprises à Aigremont et Quissac ; ainsi qu'un aménagement durable du territoire, à travers le SCOT (schéma de cohérence territoriale) et le plan climat. Concrètement, ça s'est aussi traduit par le centre aquatique de Quissac, par la réhabilitation de la déchèterie à Saint-Bénézet, une maison itinérante France Services basée à Quissac, la réhabilitation des pôles jeunesse à Quissac et Sauve. Et ça va se finaliser avec le projet, à Saint-Hippolyte-du-Fort, du pôle enfance-jeunesse. On aura donc un maillage territorial conséquent. L'attractivité touristique est aussi une vraie fierté car, il y a quinze ans, le Piémont cévenol n'existait pas. Ni en tant qu'entité administrative, ni politique.
On le situait quand même sur une carte...
On le situait, mais on a vraiment créé ce territoire en 2013 et, aujourd'hui, son attractivité touristique est réelle. C'est une destination à part entière. Bref, la feuille de route a été tenue et réalisée.
"On veut étoffer nos services publics pour mieux mailler le territoire"
Quelles priorités laisse donc apparaître le budget primitif qui sera soumis au vote ce soir ?
L'idée est de faire un budget de transition, dans une année d'élection, et effectivement, depuis le 8 avril, on a renouvelé une partie des élus et, donc, des façons de procéder. Ce budget 2026, qui s'établit à 18 millions d'euros, vise à satisfaire la fin de ce projet de territoire. Et, au niveau de son fonctionnement, on veut étoffer nos services publics pour mieux mailler le territoire. En matière de déchèterie, on veut aller plus avant avec la réhabilitation de Saint-Bénézet et une modernisation de nos pratiques en la matière pour encourager nos concitoyens à mieux trier. On veut mener une politique de co-construction, de concertation, pour impulser dès 2027 un nouveau projet de territoire axé sur une stratégie financière partagée et une solidarité avec les communes.
"La relation avec les nouveaux élus de Saint-Hippolyte-du-Fort est au beau fixe"
Humainement, de nouvelles têtes sont apparues parmi les élus. Est-ce que vous espérez une assemblée plus apaisée ? En pensant évidemment aux rapports compliqués que vous entreteniez avec la commune de Saint-Hippolyte-du-Fort...
C'est une question fondamentale, parce que l'esprit de la communauté de communes, c'est de mettre en commun et de partager. Autant, en 2013, ce territoire s'est construit et développé à travers les hommes et les femmes qui l'ont porté. Autant, aujourd'hui - et on le verra demain, j'espère, à travers le vote du budget - on a une volonté unanime de converger vers un Piémont cévenol où chacun a sa place et prend sa place. Et, bien entendu, les élus de Saint-Hippolyte-du-Fort occupent, comme l'ensemble des élus des 34 communes, une place centrale et déterminante. Pour le dire plus simplement : la relation avec les nouveaux élus de Saint-Hippolyte-du-Fort est au beau fixe.
Les intégrer dans l'exécutif, en tant que premier vice-président (relire ici), ce n'était pas anodin...
C'était à la fois une volonté et un devoir.
"L'enjeu majeur du Piémont cévenol : que les 22 000 habitants des 34 communes aient un sentiment d'appartenance"
Par rapport à leur taille importante dans la communauté de communes ? Ou par rapport à leurs "bonnes intentions" ?
La communauté de communes - et on l'a bâtie comme ça dès ses origines, et confirmé à travers notre SCOT - s'articule sur des bassins de vie autour des anciens chefs-lieux de canton : autour de Lédignan, autour de Quissac-Sauve, et autour de Saint-Hippolyte-du-Fort. Et ces chefs-lieux de canton sont des pôles de centralité dans lesquels la communauté de communes développe ses services aux populations. Le partenariat est donc inévitable et la volonté d'avancer ensemble est une condition de notre pérennité pour la communauté de communes. Il ne faut pas perdre de vue que nous sommes un territoire rural et ces chefs-lieux de canton ont un rôle de centralité qui irrigue les autres communes en services publics. C'est l'enjeu majeur du Piémont cévenol : que les 22 000 habitants des 34 communes aient un sentiment d'appartenance. Et ce sentiment passe par des services publics de proximité.
Vous évoquez un Piémont cévenol apaisé, dans une France et un monde qui se déchirent. Quel regard portez-vous sur le contexte ?
Il est marqué par une forme de tension, d'intensité dramatique presque. En tant qu'élus locaux, on le ressent au quotidien. Il y a une attente qu'on ne doit pas décevoir, celle de la stabilité, de la sérénité, de la responsabilité. Sans faire de politique politicienne, je crois que véhiculer des services publics, investir pour un territoire, pour l'intérêt général, est la meilleure réponse qu'on peut apporter à tout ce qui peut générer de l'inquiétude, du mécontentement et de la contestation. Le vivre-ensemble, le sport, la culture, ce ne sont pas des vains mots.