Publié il y a 1 h - Mise à jour le 11.05.2026 - Proppos recueillis par François Desmeures - 7 min  - vu 66 fois

FAIT DU JOUR Henry Chalvidan, président des ruisseaux couverts : "Le fond du débat, c'est le risque pour les populations"

Le maire de Robiac-Rochessadoule, Henry Chalvidan, est président du Syndicat à vocation unique des ruisseaux couverts

- François Desmeures

Les premières phases de sécurisation doivent commencer dans deux ruisseaux couverts, à Bessèges et Molières-sur-Cèze. Le président du syndicat à vocation unique (SIVU) et maire de Robiac-Rochessadoule, Henry Chalvidan, se félicite d'un financement de l'État à hauteur de 80%. Les services de l'État vont justement éditer un porter à connaissance en juin, spécifique aux ruisseaux couverts, qui aura une incidence sur les plans d'urbanisme. Douze communes composent le syndicat, créé en 2019 à la suite d'un affaissement important, en 2012, justement à Rochessadoule.

Le maire de Robiac-Rochessadoule, Henry Chalvidan, est président du Syndicat à vocation unique des ruisseaux couverts • François Desmeures

Objectif Gard : Vous avez été réélu président du SIVU des Ruisseaux couverts le 16 avril. Est-ce que les études hydrauliques qui vérifient les dimensionnements des ruisseaux sont achevées (relire ici) ?

Henry Chalvidan : Quasiment. Ce sera fait d'ici la fin du semestre.

Pour tous les ouvrages ?

Pour les principaux. Et on n'a pas trouvé de mauvaise surprise. À l'époque, les mines calibraient ou, souvent, sur-calibraient. La main d'oeuvre n'était pas chère et ils avaient les moyens.

Les calculs prennent-ils en compte des épisodes cévenols désormais plus violents ? Les ouvrages sont-ils dimensionnés pour un volume d'eau brusquement plus important ?

On en tient compte, oui. Je ne peux pas donner le résultat des études avant de les avoir, mais il y a de fortes chances.

"Dégager, déconstruire, nettoyer et reconstruire en partie"

L'an dernier, le ruisseau de la Fosse à Bessèges était vu comme prioritaire pour recevoir des travaux. Est-ce toujours le cas ?

Il y a la Fosse à Bessèges, mais aussi Molières-sur-Cèze, avec le ruisseau de Brousse-Varin, sur lequel on a eu un petit fontis. On était donc partis sur la nécessité de faire financer rapidement des travaux en urgence. C'est ce qui nous a été enfin autorisé. On a eu une bonne nouvelle de la part du préfet, sous la forme de 150 000 € de DETR (dotation d'équipement des territoires ruraux, NDLR) finançables à 80%, ce qui est exceptionnel. Ce qui va nous permettre d'attaquer des travaux à Bessèges, justement, en travaillant sur la partie haute : dégager, déconstruire, nettoyer et reconstruire en partie. Et sur le Varin - non inventorié pour être précis - on va refaire un support de chaussée car là, la voirie communale est limitée en tonnage. Pour nous, c'est très intéressant parce que ce sont vraiment des premiers travaux, après la phase d'études qu'on a mené pendant deux ans à hauteur d'un million d'euros, financé à 80%, que les communes n'auraient jamais pu payer. On ose espérer, maintenant, qu'on nous valide un fonds de concours. Mais on n'en est pas là. 

Le ruisseau de la Fosse, qui se jette dans la Cèze à Bessèges, sera le premier à recevoir des travaux • Archives François Desmeures

Cela vous assurerait une pérennité des actions ?

On pourrait y taper dedans. D'un ouvrage à l'autre, tous les travaux ne sont pas de la même urgence. Mais c'est l'objectif final pour être financés à 80%, sinon les communes ne pourront pas faire. Je garde cet objectif. On doit aussi travailler, notamment avec l'arrivée de nouvelles communes, sur le PAPI (programme d'actions de prévention des inondations, NDLR). On doit aussi rencontrer trois élèves en fin de parcours à l'IMT Mines Alès, l'École des mines. L'idée est d'en valider un, de le prendre en stage de fin d'études et de pouvoir, si ça l'intéresse et si ça nous est possible, le consolider. Ce fonds de concours nous permettrait aussi de récupérer la TVA : sur le million d'euros d'études, on a payé presque 200 000 € de TVA, car elle ne se récupère, quand il s'agit d'études, que si on fait des travaux derrière. Les travaux devraient donc nous permettre de récupérer environ 170 000 € de TVA. Donc, on va un peu souffler financièrement parce que c'est un des soucis de l'avenir. Les services de l'État commencent à la comprendre. Si on ne peut pas récupérer de la TVA, je ne peux pas signer des lignes de découvert qui m'empêcheront de dormir la nuit...

Le ruisseau de la Fosse sera-t-il retravaillé aussi dans sa traversée de Bessèges ?

Après, oui, bien sûr. Il y a des parties plus dégradées que d'autres. Sous l'usine, notamment, il y a quelques endroits fatigués. 

Après ces deux premiers, y aura-t-il d'autres ruisseaux traités prioritairement ? 

À Molières, il y a aussi celui de Sihlol avec des exordes de mines qui devraient normalement être pris en charge par le BRGM (bureau de recherches géologiques et minières) mais qui filent, pour l'instant, dans le ruisseau couvert. Il y aurait nécessité de faire mais on est sur des affaires qui regardent plus l'État que le syndicat. Ici, à Robiac, il y a la Vieille Valette, avec une cloche d'effondrement, des pieds-droits énormes. C'est très dangereux et, fort heureusement pour nous, cela se passe sur des terrains qui sont restés propriété de l'État au travers du ministère de l'Agriculture. Qui est parfaitement au courant parce qu'il a reçu les études qu'on a faites, pour l'État comme pour nous. 

"Des entreprises ont développé du matériel spécifique"

Mais on imagine que ce n'est pas forcément la priorité du ministère...

Vous avez, on a vu, à Champclauson, des ouvrages qui se dégradaient. On y est monté un peu en catastrophe. C'est problématique : la route passe à côté, il y a tous les réseaux, ça peut dégringoler facilement. Le fontis est profond, en dessous il y a Dinopedia, et le village au-dessus... Au bout du compte, qu'est-ce qui a été fait ? Ils ont mis des barrières et de la rubalise. Je crains que, si on ne fait rien, on ferme et on passe à autre chose. Mais il y a quand même 150 à 200 personnes à Champclauson... Et c'est notre arrière-pays tout ça ! 

Dans les travaux envisagés, voyez-vous des motifs d'expropriation ? Beaucoup d'habitations sont-elles concernées ?

Je ne vais pas vous dire qu'il n'y en a pas... Il y en a. Mais on peut faire des travaux quand même ! 

Ne craignez-vous pas que les restrictions budgétaires de l'État fasse que son accompagnement se,réduise fortement ?

On peut tout craindre. Mais ce ne sont pas non plus des sommes colossales. Et puis, ça amène du travail, c'est de l'argent qui est réinjecté directement. À l'époque, on avait pris des contacts avec le Grand Lyon parce que la Presqu'île, la Croix-Rousse, sont pleins de ruisseaux couverts. Eux avaient carrément créé une structure, à travers le Grand Lyon, et se satisfaisaient aussi de donner du boulot aux entreprises. L'un dans l'autre, ça ne coûte pas si cher que ça... Et, maintenant, on sait vraiment où est le danger. 

Henry Chalvidan avec la conseillère régionale Aurélie Génolher, à la sortie du ruisseau couvert de Rochessadoule • Archives François Desmeures

Ne craignez-vous pas que les départs prochains du sous-préfet d'Alès et du préfet du Gard ammenuisent le soutien de l'État ?

Non, c'est tout le temps le cas. Il faut récréer du relationnel, se connaître, s'apprécier. C'est vrai que le sous-préfet actuel est quand même très proche. Une fois qu'on le connaît, il est disponible. Pour la DETR, le sous-préfet m'a même fait part de la nouvelle un samedi matin. 

Connaissez-vous d'autres territoires miniers qui connaissent la même problématique ?

On est montés à Saint-Étienne, au Chambon-Feugerolles exactement. On avait été reçus par le maire, qui a fait pour 12 millions de travaux. Dans sa commune - d'un peu plus de 10 000 hahbitants - il avait déplacé un supermarché, un collège... Et il a tout renaturé, en ouvrant les ruisseaux. Mais, là-bas, c'est plutôt de la colline. Ici, on est encaissé. Il y a des problématiques de terrils dans d'autres secteurs. Mais les ruisseaux couverts, c'est plus spécifique. Un fonds de concours de 2 millions d'euros avait été mis en place il y a quatre ans, en recherche et développement. Et des entreprises ont développé du matériel spécifique, quand même. Ce qui nous a permis, notamment, d'avoir de supers images. 

"Les services de l'État ont travaillé et vont remettre un porter à connaissance au mois de juin"

Quand aura lieu le prochain comité de pilotage ? 

On voulait le faire à la signature de la convention avec l'école des Mines, au mois de juin. Puis, finalement, on le fera certainement en septembre, à l'École des mines, notamment parce que les services de l'État ont travaillé et vont remettre un porter à connaissance au mois de juin, sur cette problématique des ruisseaux couverts. Ce qui n'est pas neutre et sans incidence sur les plans locaux d'urbanisme. Et puis, suivant comment on avance avec l'École des mines, ce serait bien qu'on ait déjà démarré le PAPI. 

Avez-vous encore l'espoir d'inclure Alès dans le syndicat (*) ?

Je laisse passer un peu de temps... Je rencontre Max Roustan et Christophe Rivenq souvent, j'étais vice-président du Pays Cévennes. Il faut laisser passer encore un peu de temps après les élections, mais je ne désespère pas. La crainte de leur part, c'était 'On est les plus nombreux, c'est nous qui allons payer pour tout le monde'. Ce qui n'est pas totalement vrai, et même pas du tout, puisqu'on a fait une clé de répartition où, certes, la population entre en jeu, mais c'est plus le nombre de mètres de ruisseaux couverts qui est déterminant, et il n'est pas évident qu'il y en ait tant que ça à Alès. Ce n'est pas le même encaissement. Mais je pense qu'il y a eu un "malentendu", parce qu'au début, le service juridique d'Alès bossait pour nous. Je n'ai peut-être pas assez pris la peine d'aller voir Max Roustan à l'époque. 

Pourtant, le Syndicat est aussi composée de communes d'Alès Agglo... ?

On a un responsable qui n'est qu'à 60% de son temps sur le SIVU, le reste à la communauté de communes Cèze Cévennes ; le SIVIU est hébergé à Cèze Cévennes. Sauf que maintenant, il y a autant de communes Cèze Cévennes qu'Alès Agglo... Alors, c'est peut-être un peu compliqué à imaginer juridiquement mais je verrais bien le SIVU remonter dans le Pays Cévennes, ce qui me paraîtrait plus intelligent. Dans une structure qui chapeaute un peu plus, afin qu'on puisse avoir plus de visibilité en matière d'animation. 

Pour quand avez l'espoir que tout sera achevé ?

Je me garderais bien de vous donner une date, mais il n'y a pas non plus le feu au lac ! Il faut surtout arrêter de ne rien faire, et commencer de faire. Mais ça peut durer dix ans ou plus, il y a des endroits où les travaux seront costauds ! Et puis, je vois chez nous, à Rochessadoule : on y a fait des travaux, on y est revenus, et on y a mis, en fonds propres, environ 400 000 €. Ça manque, ensuite, dans un budget ! Mais il fallait le faire, sinon on ferme et on dit aux gens d'aller habiter à Clavières ! Avoir une enveloppe dédiée, ce serait le rêve, on aurait de la visibilité. On pourrait embaucher à 100% au syndicat, plus un chargé de mission. Mais il faut du temps : on a démarré en 2012, alors qu'on est resté presque deux siècles sans rien faire. Il faut du temps, en sachant qu'on a déjà eu du pot de pouvoir faire. Mais le fond du débat, c'est le risque pour les populations. 

(*) En plus des douze communes qui composent le syndicat des ruisseaux couverts, deux autres communes ont des ruisseaux couverts sur leur périmètre : Alès et Saint-Jean-de-Valériscle

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