"Campmas et Masières". Des noms qui fleurent bon le terroir cévenol, même s'ils paraissent obscurs au béotien (*). "Le campmas, c'est la partie agricole autour du mas sur laquelle était calculé l'impôt, vulagrise Apolline Thérond, chargée de mission agriculture au Syndicat des hautes vallées cévenoles (SHVC). La masière, la prairie permanente où on trouve des arbres fruitiers et du pâturage. On cherche à accompagner des collectifs d'usagers à travailler ensemble pour une vision commune de leur site."
Car, bien souvent, les mas ont été divisés, séparés en plusieurs entités, parfois complétés par de nouveaux bâtiments, qui constituent désormais des hameaux. "On les invite à réfléchir aux enjeux autour du sol et de la ressource en eau dans cet espace de transition entre mas et forêts. On les accompagne à faire en commun et à développer leurs compétences pour décider quoi faire", poursuit Apolline Thérond. Planter des arbres fruitiers, entretenir la prairie avec quelques brebis... Pour maintenir des sols vivants, et limiter le risque incendie notamment. L'appel à manifestation d'intérêt (AMI) vient donc d'être lancé. À la suite des différentes réunions publiques, 94 personnes s'étaient déjà inscrites pour en connaître les modalités. "On a essayé d'aller dans chacune des vallées."
Car le programme s'adresse "à tout le monde, que les personnes soient seules ou pas. Il n'y a pas de contraintes, plutôt réfléchir à quelle dynamique créer" pour maintenir un territoire vivant et habitable. "On va choisir six à huit sites expérimentaux, poursuit Appoline Thérond. On aimerait en avoir autant dans le Gard qu'en Lozère, sur le périmètre d'action du syndicat, de Vialas à Rousson."
"La limite entre expérimentation scientifique et empirique n'est pas forcément bien établie, reconnaît la chargée de mission du SHVC. Mais le programme conserve un aspect expérimental, un droit à l'erreur." Et les tests permettront d'affiner le travail. "En ce moment, on replante des oliviers, caroubiers ou jujubiers." Appoline Thérond imagine aussi mettre en relation "éleveurs et producteurs de châtaignes", afin que les sous-bois puissent servir de nourriture, à proximité des mas. "La mise en lien est facile à mettre en oeuvre."
L'appel à manifestation d'intérêt s'achèvera à la mi-juin. "Puis, il y aura des rencontres jusqu'à la fin de l'année et un accompagnement à partir de début janvier. En fait, c'est la suite du programme Treilles et terrasses (voir ici), explique Appoline Thérond, sauf que ça ne concerne pas que les agriculteurs mais aussi toute la population. Et ça interroge la responsabilité collective et individuelle."
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(*) : Dans les compoix, les cadastres du XIVe au XVIIIe siècles, le campmas correspond aux terres principalement agricoles autour des mas. La masière est une partie du campmas, généralement des prairies permanentes, sur des terrains en demi-pente, non aménagés en terrasses et sur lesquelles on peut retrouver des fruitiers (châtaigniers, pommiers, etc.)