Publié il y a 1 an - Mise à jour le 23.11.2022 - Marie Meunier - 4 min  - vu 2680 fois

L'INTERVIEW Guillaume Blanc, producteur villeneuvois de la série "La Conspiration du silence" : "Les langues se sont déliées"

Guillaume Blanc Amda Production Villeneuve

Guillaume Blanc a fondé sa société de production à Villeneuve-lez-Avignon, en 1999. 

- photo DR

Des années 70 jusqu'aux années 2000, l'Yonne a été écorchée par de nombreuses affaires criminelles. On peut y associer les noms d'Émile Louis, Dunant, Jambert, Fourniret... Cette sombre page de l'Histoire de ce département est rouverte dans une série-documentaire intitulée La Conspiration du silence. Elle est sortie gratuitement ce mardi 22 novembre sur la plateforme de France Télévisions. Son producteur, Guillaume Blanc, est Villeneuvois et en dit plus sur son contenu qui résulte de deux ans et demi de travail. 

Objectif Gard : Pouvez-vous présenter en quelques mots ?

Guillaume Blanc : Je suis originaire de Villeneuve-lez-Avignon et je suis producteur au sein de ma société AMDA Production qui est basée dans ma ville depuis sa création en 1999. Notre coeur de métier est la production de documentaires, de magazines, de captations pour la télévision. On travaille pour toutes les chaînes, particulièrement France Télévisions avec qui on fait du magazine découverte avec Nathalie Simon. On travaille aussi pour le Festival d'Avignon. Cet été, on a réalisé une captation pour Culturebox. 

Votre grande actualité du moment, c'est la sortie de la série-documentaire La Conspiration du silence. Comment l'idée est-elle née ?

Il y a quelques années, j'ai déjà produit des unitaires autour de l'affaire des "Disparues de l'Yonne", avec le réalisateur Thierry Fournet qui a travaillé dessus dans les années 2000 et qui est un ami. D'une discussion commune, la chaîne de télévision m'a demandé de réfléchir à une série. On a élaboré un projet avec lui et l'autre réalisateur, Vincent Hérissé, qui a beaucoup plu. Il est destiné à la plateforme plus qu'aux antennes puisqu'on ne respecte pas la version classique des épisodes de 52 minutes. On a des versions entre 32 et 39 minutes, qui nous laissent beaucoup de liberté dans la créativité. 

Vincent Hérissé réalisateur AMDA production
Vincent Hérissé, l'un des deux réalisateurs de cette série-documentaire.  • photo DR

Quelles relations entretenez-vous avec les deux réalisateurs, Thierry Fournet et Vincent Hérissé ?

Thierry, je le connais depuis des années. Vincent n'est autre que mon associé à AMDA Production et qui vit aux Angles. On est vraiment à l'initiative du projet. 

À partir de quelle matière avez-vous travaillé ?

Thierry Fournet travaille donc depuis les années 2000 sur ces affaires de disparition. Il avait déjà pas mal d'heures de rushes, des images qui avaient déjà été diffusées à la télé, d'autres choses totalement inédites qui n'avaient pas pu être montées. L'idée, c'est de revisiter ces affaires-là sous l'angle de l'interrogation des institutions : pourquoi un petit département rural comme l'Yonne a pu être le terrain de jeu de plusieurs tueurs en série ? Dans un rayon de 20 km autour d'Auxerre, comment a-t-on pu en arriver-là en toute impunité ? Comment certains ont pu se servir de ce vivier de filles un peu abandonnées qui étaient à la DDASS ? 

Comment voir la série-documentaire "La Conspiration du silence" ?

La série-documentaire est accessible gratuitement à partir d'aujourd'hui sur la plateforme FranceTV. Elle sera également diffusée en intégralité ce mercredi 23 novembre sur la chaîne France 3 Bourgogne. Les deux premiers épisodes seront suivis d'un débat, puis le reste des épisodes s'enchaîneront.

Quelles sont-elles ces affaires ?

La première saison comprend huit épisodes où l'on déroule les faits chronologiquement (*). Il y a les "sept disparues de l'Yonne" et le tueur Émile Louis. La saison se termine sur l'émission "Perdu de vue" qui révèle l'affaire au grand public et fera bouger les choses. On parle aussi d'autres affaires de mœurs, notamment l'affaire Dunand, moins connue mais tout aussi incroyable. Dans la saison 2, on évoquera la traque d'Émile Louis, la prescription, le gendarme Jambert retrouvé "suicidé" de deux balles dans la tête -ce qui semble compliqué puisqu'il y a deux trajectoires différentes -, et de Fourniret qui a perpétré son premier crime à Auxerre. 

Cela fait beaucoup pour un seul département...

Oui, il y a aussi des raisons sociologiques : l'Yonne est assez pauvre, il y a une tradition nourricière avec beaucoup de centres pour orphelins, pour handicapés. C'était aussi un business et à l'époque, s'attaquer à ces centres-là qui accueillaient toutes ces jeunes filles, ça sous-entendait un poids électoral et économique. C'était difficile d'aller à l'encontre alors, parfois, on préférait fermer les yeux plutôt que de se confronter aux problèmes. 

Cela doit être difficile de reparler de ces affaires, même des années après... Comment l'avez-vous appréhendé ?

Ce qui était difficile, c'est de retrouver les témoins de l'époque. Certains sont morts, d'autres âgés. Il faut travailler sur la mémoire des gens, mais les langues se sont déliées. Par rapport à l'époque, il y a plus de recul. Certains politiques, par contre, ne sont pas forcément très heureux que nous ressortions ces affaires qui ont beaucoup nui à l'image de l'Yonne. Mais c'est aussi une série pour ne pas oublier. 

Comment se compose la série ?

Il n'y a pas de commentaire. C'est une narration racontée par les témoins de l'époque, tournée en 4K. On l'a voulue très cinématographique, très esthétisante sans tomber dans le voyeurisme et le sensationnel. Il y a beaucoup d'archives d'époque, des évocations de fiction, des effets graphiques, des interviews et un travail spécifique sur le son, la musique et le soundesing

Est-ce que c'est une première pour votre société d'être à l'initiative d'un projet de cette envergure ?

De cette envergure-là, oui. C'est la première série aussi longue, avec une dimension nationale. La saison 1 sort, la saison 2 est encore en tournage et on commencera le montage en janvier. Je suis vraiment heureux qu'une série comme celle-ci émane de notre région. Elle a pu se faire grâce au supplément d'âme de tous les techniciens qui ont participé au projet. Reste à connaître l'accueil qu'il aura maintenant. 

Tous les épisodes sont disponibles en cliquant ici. 

* Certains épisodes sont interdits aux moins de 12 ans car certains propos de témoins peuvent choquer les jeunes téléspectateurs. 

Marie Meunier

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