C’est pour des chefs de prévention multiples que les deux membres de ce couple sont renvoyés devant le tribunal correctionnel de Nîmes. Escroquerie, faux et usage de faux, falsification de chèques et de diplômes ou encore usurpation d’identité font partie de leurs méfaits. Malgré la multiplicité des faits reprochés, ni l’un, ni l’autre n’ont daigné se présenter à leur propre procès. C’est donc en leur absence que le tribunal, présidé par Jérôme Reynes, a pris connaissance des multiples faits leur étant reprochés.
L’histoire commence, comme souvent, grâce à un dépôt de plainte datant de novembre 2022. La victime dénonce que son identité de première adjointe a été usurpée en vue de faire miroiter l’attribution prioritaire d’un logement social à une habitante de la commune de Vauvert. L’objectif ? Obtenir le paiement d’une caution pour un logement social imaginaire. C'est lors d’un entretien avec la femme à l’origine de la demande que l’élue découvre le pot aux roses. Elle n’est pas à l’origine de ces conversations. Pourtant, c’est bien sa signature qui se trouve sur ces différents courriels. Ce serait en réalité Audrey, la femme dans ce couple diabolique, qui aurait orchestré ces échanges. « On a fait penser que l’adjointe pouvait être malhonnête en faisant passer un dossier en priorité », s’indigne le conseil intervenant pour la commune de Vauvert.
Un fait qui en cache d’autres
Ce n’est qu’à partir de cette plainte qu’un couple de victimes a pris conscience de l’ampleur du talent d’escrocs du couple composé d’Audrey et de David, les deux prévenus dans cette affaire tentaculaire. C’est ce couple de victimes qui a mis les deux prévenus en lien avec l’habitante de Vauvert à la recherche d’un logement social. « Il nous a dit qu’il avait beaucoup de contacts. Il connaissait tout le monde, même la procureure de Montpellier », expliquent-ils à la barre. Mais tout n’est alors qu’illusion. Contact, argent et propriétés partout sur le globe, David et sa compagne ont tout mis en œuvre pour convaincre le couple de victimes de leur bonne foi, avant de leur proposer de monter leur propre salle de sport.
Se décrivant comme psychiatre, David a même reçu le fils mineur du couple. Il s’est pourtant avéré qu’en réalité, il n’avait de psychiatre que l’ambition. Son titre, lui, a été fabulé. Exerçant sur des plateformes de rendez-vous en ligne comme Doctolib, le prévenu a fourni de faux diplômes de psychologie. Pour plus de crédibilité, il a utilisé le numéro professionnel d’une autre psychiatre, exerçant sur la plateforme. Le prétendu psychologue a donc encaissé des honoraires affiliés à un métier qu’il exerçait sans aucune légitimité.
Un projet de salle de sport
« On a été témoins de leur mariage et on est partis en vacances ensemble », raconte la femme du couple lésé, attestant du lien de confiance qui existait entre les deux couples d’amis. Le projet de salle de sport leur est alors apparu naturel : « Ils parlaient d’un projet à quatre », expliquent les consorts victimes. Loyer du local, spots publicitaires à la radio, achat des machines ou encore formation de coach sportif, tout était organisé par David, qui a prétendu avancer les fonds. C’est ensuite qu’il a réclamé la moitié des sommes dépensées. « Il venait avec les factures tous les mois et on payait », explique le couple de victimes. Pourtant, la plupart de ces factures étaient falsifiées ou alors créées de toute pièce. Il a dit au couple avoir dépensé 15 000 € dans des spots publicitaires radiophoniques. Pourtant, ce n’est qu’une facture d’environ 2 000 € qui a été établie par la radio concernée. Facture qui n’a jamais été payée.
Au total, le couple victime a dû débourser plus de 95 000 €, pensant rembourser les frais de leur ami. Somme provenant de leurs économies de toute une vie et d’un héritage familial. Pourtant, cet argent durement gagné n’a en aucun cas servi à la concrétisation de leur projet commun. Le matériel de sport n’a jamais été réglé, tout comme le loyer du local. Un loyer d’un montant majoré de 36 000 €, que les consorts victimes ont été condamnés à rembourser à hauteur de 200 € par mois. « Je crois que j’en ai pour 17 ans » explique la femme victime, malheureusement signataire des documents de cautionnement. Pour maintenir leur prise sur le couple, les deux prévenus les ont également dénoncés à plusieurs reprises pour de prétendus mauvais traitements sur leurs enfants. Une réelle mise en péril de la vie de ce couple, exerçant la profession de famille d’accueil.
Fraude sociale
David, loin d’être le riche psychiatre qu’il décrit, est défavorablement connu de la justice. Treize mentions apparaissent sur son casier judiciaire, notamment pour des faits d’escroqueries et de falsifications de chèques. Une autre mention relevant de la fausse déclaration en vue d’obtenir des prestations sociales y figure. Sans surprise, de nouveaux faits de cette nature lui sont également reprochés à l’occasion de ce procès. Sa compagne, Audrey, dispose d’un casier vierge. Mais, étant en couple avec son compagnon depuis 17 années, sa méconnaissance des nombreuses condamnations de son mari semble difficile à établir. Ne se déclarant pas mariés auprès de la Caisse d'allocations familiales du Gard, ils ont indûment perçu plus de 431 000 € d’aides sociales, relate maître Rémi Portes. Ils continuent, à ce jour, de percevoir près de 1 400 € par mois.
Face à la multiplicité des faits reprochés, le tribunal a déclaré les deux membres de ce couple comme étant coupables. « Le tribunal a estimé que les faits étaient d’une particulière gravité », conclut Jérôme Reynes. David a écopé de 5 ans d’emprisonnement avec mandat d’arrêt et à une interdiction d’exercer en tant que psychologue ou psychanalyste. Sa compagne, Audrey, a été condamnée à 2 ans d’emprisonnement avec mandat d’arrêt. Le tribunal a également ordonné la confiscation des sommes saisies. L’affaire est renvoyée sur intérêts civils pour permettre d’établir précisément le préjudice à indemniser. Une scène de liesse a ensuite pris place sur le banc des parties civiles, ravies de la décision prononcée.