Retour un an en arrière : dans la nuit du 30 au 31 mai 2025, en pleine feria, le Prolé d'Alès, repère emblématique des communistes cévenols, avait été la cible d’une agression, visiblement préméditée et attribuée au groupuscule d’extrême droite Bloc Montpelliérain. Une vingtaine de personnes avaient été blessées, dont une gravement.
Pour cette édition 2026, les membres du Prolé, menés par le secrétaire de section Giovanni di Francesco, insistent alors sur une approche sereine mais vigilante : "On prend bien sûr des précautions pour se rassurer et se sécuriser, mais rendre la fête encore plus festive, faire communion, reste une arme considérable et un pied levé pour les désarçonner. Nous ne céderons pas à la peur, la fête est notre meilleure arme."
Le Prolé n'a ainsi pas fait de demande directe à la police en amont des festivités, mais "espère qu'il n'y en a pas besoin" pour voir davantage de patrouilles de surveillance rue Beauteville cette année.
Mojito et paëlla
La bodega du club taurin, le bar du Prolé, les stands du PCF et des Jeunes Communistes seront encore une fois animés par près de 80 bénévoles du mercredi 13 au dimanche 17 mai prochains. "On aborde cette feria comme toutes les autres, avec beaucoup de préparation de mojitos, la paella du jeudi midi et la volonté de faire la fête encore plus fort. On est sereins, pas dans l’angoisse", avance Cécile Alphon-Layre, représentante des victimes de l’agression de 2025.
Comme pour les autres bodegas alésiennes, les animateurs du lieu ont de toute manière toujours un œil vigilant, puisqu'"il ne faut pas oublier les rares, mais possibles, débordements en interne dus à l’alcool et la fatigue, surtout dans un lieu confiné comme ici", rappelle Giovanni di Fransesco, qui se souvient de "deux-trois grosses bagarres il y a une vingtaine d'années". Un fait néanmoins rare en Cévennes, où l'ambiance est plus familiale, moins marquée par l’alcool qu'à Nîmes, Dax ou encore Bayonne.
Une feria sous le signe de la solidarité et de la réflexion
Le Prolé reste un lieu ouvert à tous, où l’on célèbre la diversité et les idées de gauche. "On veut porter la gaîté, la vie, la joie", souligne Giovanni di Francesco. Pourtant, l’ombre des événements de 2025 plane toujours. "Ils n’ont pas entendu tous les témoins. Il faut que le procureur aille au bout de la procédure", regrette la vingtaine de victimes. Le Bloc Montpelliérain a bien été dissous par décret ministériel le 4 mars 2026, mais ses anciens membres restent actifs. "Le fond du problème, c’est comment on combat les idées d’extrême droite. Ces agressions ne sont que la pointe de l’iceberg. Le groupe a été dissous, pas les individus. Et puis même, si on regarde le GUD à l’époque, ils se sont scindés en quatre groupes", enchérit le communiste cévenol.
La feria 2026 prend aussi une dimension particulière pour les communistes alésiens. Depuis les élections de mars 2026, pour la première fois en plusieurs décennies, aucun élu de gauche ne siège au conseil municipal. "On est dans nos organisations parce qu’on porte des choses originales. La diversité à gauche, qu’elle nous plaise ou non, est une réalité, rappelle Giovanni di Francesco. La question est désormais de savoir comment faire vivre notre projet, comment on le travaille. Nos propositions en termes de santé, transports, aménagements des quartiers sont toujours d'actualité."
Un lieu historique et financier
Depuis 30 ans, le Prolé est un pilier de la vie militante et festive alésienne. "La première bodega du PCF, c’était une table au pied de l’escalier avec 15 litres de mojito. Aujourd’hui, on en est à 30 ans de mojitos !", ironise celui qui a parfait sa recette à l'occasion de ses luttes à Cuba. La feria reste une activité financière essentielle pour soutenir les actions du parti, comme les tractages ou les soutiens aux causes locales.
Face aux défis, les communistes alésiens refusent de céder à la peur. "Vous voulez nous casser la g***** ? Eh bien on va encore plus faire la fête", répond Cécile Alphon-Layre. Une détermination partagée par les militants, qui comptent sur la solidarité de camarades venus d’autres départements pour renforcer la sécurité, mais surtout l’ambiance. Une mobilisation républicaine avait été portée par le secrétaire national du PCF Fabien Roussel dans les jours suivants l'agression. Ces cinq nouveaux jours de fête pourraient bien en constituer une nouvelle, encore plus importante pour l'avenir du Prolé.