Publié il y a 24 jours - Mise à jour le 19.06.2024 - Louis Valat - 4 min  - vu 1059 fois

LA GRAND'COMBE Le coup de gueule d'un ancien mineur : "On nous laisse mourir"

Alain Tassera.

- Photo Louis Valat

Ancien mineur de fond, cégétiste et communiste, Alain Tassera exprime son désarroi face à la crise sanitaire qui sévit au sein de la communauté minière de La Grand-Combe. Dans la commune, les anciens travailleurs du charbon peinent à trouver des soins médicaux adéquats en raison d’une pénurie de médecins alarmante. Témoignage.

De nature calme et toujours souriant, Alain Tassera, ancien mineur de fond et voix du syndicat CGT retraités mineurs, veuves et invalides de La Grand-Combe, avait d'abord évoqué avec bonne humeur la projection du film "La mine et le maquis cévenol, le choix de la Résistance" qui s'est tenue le 31 mai dernier à La Grand-Combe. Emporté par le contexte et l'occasion, son ton et son regard ont changé lorsqu'il a abordé un sujet plus personnel. Visiblement triste et la voix marquée par l'exaspération, il s'est confié sur les difficultés du système de santé actuel, exprimant sa profonde inquiétude pour sa commune et ses amis les plus proches.

"Pour obtenir un rendez-vous, il faut patienter plusieurs jours, ce qui pose de gros problèmes de santé", alerte Alain Tassera. • Photo Louis Valat

Depuis de nombreuses décénnies, le centre de santé Filiéris de La Grand-Combe, géré par la Carmi Sud, offre des soins aux mineurs via des médecins salariés. Cette organisation historique se trouve aujourd'hui confrontée à une situation critique. « Nous avions quatre médecins pour nous soigner, maintenant il n’en reste que deux. Deux sont partis, et personne n’est venu les remplacer », explique Alain Tassera. Cette diminution du personnel médical pose un sérieux problème pour la prise en charge des mineurs et des habitants du territoire, y compris les non-mineurs.

Filiéris, dont la mission première est de soigner les patients des territoires où le groupe est présent, vise à accompagner les patients efficacement dans leur parcours de soins. Cela inclut une attention particulière à la prévention et à l’accompagnement, soit informer et conseiller les patients sur leur santé, mais aussi anticiper les situations de dépendance par une politique de détection des vulnérabilités.

Chez les anciens mineurs, des pathologies lourdes et nombreuses

Les anciens mineurs, souvent atteints de multiples pathologies liées à leur passé professionnel, sont particulièrement vulnérables. « Avec l’âge, les maladies professionnelles et les accidents du travail, nos besoins en soins sont importants », note M. Tassera. Cependant, la prévention, pourtant essentielle, semble insuffisante. « On nous dit qu’il faut de la prévention, mais il n’y en a pas », regrette-t-il profondément, impuissant.

"Les gouvernements successifs et les Agences régionales de santé (ARS) n'ont jamais pris les mesures nécessaires pour former suffisamment de médecins."

Alain Tassera, ancien mineur de fond

Cette situation certes locale s'inscrit en réalité dans un contexte national de pénurie de médecins généralistes, où en zone rurale, un médecin généraliste couvre en moyenne 30 km², contre 5 km² dans les bassins de vie urbains. « Les gouvernements successifs et les Agences régionales de santé (ARS) n'ont jamais pris les mesures nécessaires pour former suffisamment de médecins, observe M. Tassera. Nous savions tous, pourtant, que les médecins allaient partir à la retraite, mais rien n'a été fait. Nous avons tiré la sonnette d'alarme, mais personne n’a écouté. » Les solutions temporaires, comme l’appel à des médecins retraités, ne suffisent pas. « Ces médecins viennent pour 15 jours ou un mois, mais ils ne peuvent pas rester indéfiniment. Ils ont pris leur retraite, c'est bien pour une raison. »

Des discours qui sonnent creux

Cet ancien mineur, Alain Tassera, exprime sa frustration face aux discours officiels qui, selon lui, ne reflètent pas la réalité. « Le ministre de la Santé nous assure que tout va bien, mais sur le terrain, la situation est très différente », déplore-t-il. Les solutions technologiques proposées, comme les machines en pharmacie pour diagnostiquer les maladies, sont jugées insuffisantes. « Rien ne vaut l’œil d’un médecin », affirme-t-il. Les efforts de la Carmi Sud pour attirer de jeunes médecins n’ont, manifestement, pas encore porté leurs fruits non plus. « On a rencontré Monsieur Garcia (Jean-Marie, NDLR), le patron de la Carmi Sud, à plusieurs reprises. Ils disent qu'ils font le maximum, mais rien ne vient. »

Un besoin urgent de solutions durables

« On tire la sonnette d’alarme aujourd'hui. Les ARS doivent absolument pourvoir ces postes vacants, et ça presse. Cela fait plusieurs mois déjà, il faut agir rapidement. » Face à cette situation, Alain Tassera appelle à des actions immédiates. Il préconise une meilleure organisation et des efforts accrus pour recruter des médecins, y compris des jeunes diplômés : « Peut-être faut-il aller davantage dans les universités, travailler plus directement avec les jeunes médecins. » Pour lui, le système de santé des mineurs, qui repose sur des médecins salariés, reste néanmoins pertinent mais nécessite des ajustements. « On a un bon système, mais il faut qu'il soit amélioré. Nous ne pouvons plus attendre. »

"Nous avons donné, nous avons cotisé, nous méritons d'être soignés dignement."

Alain Tassera, ancien mineur de fond

Ces anciens mineurs ont consacré leur vie à extraire le charbon, contribuant ainsi à la relance économique de la France après la Seconde guerre mondiale. « Nous avons arraché du charbon pour la France, et on y a laissé notre santé. Aujourd'hui, on nous considère à peine, même dans nos maladies professionnelles. » Et le sentiment d’abandon se ressent. « L’ARS fait de beaux discours, mais en pratique, c’est le vide complet. Nous voulons des actions concrètes, pas des paroles en l’air. Nous avons donné, nous avons cotisé, nous méritons d'être soignés dignement. » Pour Alain et ses camarades, la lutte continuera : « Nous n'avons pas les moyens d'être soignés correctement, malgré nos contributions. Il est grand temps que l'État prenne ses responsabilités. »

Dernière minute

La fédération régionale des mineurs CGT des Cévennes a publié un communiqué ce mercredi 19 juin après-midi, exprimant une ferme opposition au vote de l'extrême droite dans un premier temps. Dans ce document, l'intersyndicale des mineurs, regroupant la CGT, la CFDT, la CFTC et la CFE-CGC, appelle également le ministère de la Santé à instaurer une coopération entre la Caisse autonome nationale de la sécurité sociale dans les mines (CAN) et la Caisse nationale de l'assurance maladie (CNAM). L'objectif est de renforcer la CAN Filières, en lui reconnaissant pleinement son rôle de service public de santé et en lui fournissant les moyens nécessaires pour recruter des médecins et des professionnels de santé.

Louis Valat

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