Au cœur du hall principal, entre les stands d’artisans et les démonstrations de produits, Guy Benoit observe les visiteurs qui déambulent. Le président d’Alespo connaît l’événement sur le bout des doigts. Ici, pas de grande machine commerciale : ce sont toujours des commerçants et des artisans qui organisent la foire.« Alespo, c’est une association de commerçants et d’artisans. Mon père était déjà à la création. Depuis, on continue dans le même esprit », explique-t-il.
Un esprit qui se ressent dans le choix des exposants. La priorité est donnée au tissu économique local. « Environ 85 % des exposants viennent du bassin alésien. Après, on a un peu du Gard, de l’Hérault ou de la Lozère, mais ce qui nous tient à cœur, c’est de faire travailler le bassin », poursuit-il.
L’événement, qui avait connu une période plus délicate, semble retrouver son public. L’an dernier, 21 000 visiteurs ont franchi les portes de la foire. Un chiffre qui encourage les organisateurs. « Ça fait deux ou trois ans qu’on remonte un petit peu la pente au niveau des entrées. Ça veut dire qu’on est dans la bonne gestion », estime Guy Benoit.
Une foire plus familiale que commerciale
Ce qui distingue Alespo des autres foires régionales, c’est aussi l’ambiance. Les organisateurs revendiquent une approche plus détendue, loin de la pression commerciale parfois ressentie ailleurs. « Dans certaines foires, les gens se sentent un peu “agressés”. Nous, on ne veut pas donner cette image. Si ça doit se faire, ça se fait, mais on veut surtout redonner envie aux gens de venir à la foire », insiste le président.
Au programme : stands d’artisans, gastronomie, habitat, automobile, restauration et animations. Deux nocturnes rythment également le week-end, avec concerts, peñas et groupes folkloriques. Et pour attirer les visiteurs, la foire maintient une tradition appréciée : 10 000 € de bons d’achat à gagner, à dépenser directement auprès des exposants. « Ça fait un circuit direct. Les exposants aiment bien le concept et les gagnants aussi forcément », sourit l’organisateur. Le thème de cette année s’inscrit pleinement dans l’identité du territoire : « le bien vivre en Cévennes », avec une large place accordée à l’artisanat et aux produits locaux.
Le local comme fil conducteur
Impossible de parler d’Alespo sans évoquer les entreprises locales. À quelques mètres de l’entrée, la marque cévenole Belesa célèbre cette année ses dix ans. « L’idée, c’était de faire des cosmétiques en circuit court dans les Cévennes », raconte Amandine, l’une des deux fondatrices avec son amie Caroline.
La marque mise sur des ingrédients issus de producteurs locaux : châtaigne, miel, jus de pomme ou plantes cévenoles. « On source nos ingrédients directement chez les producteurs et on valorise tout ça dans nos produits », explique-t-elle. Une philosophie qui trouve naturellement sa place dans une foire tournée vers le territoire.
Des nouveaux venus qui tentent leur chance
Parmi les nouveaux exposants, certains découvrent Alespo pour la première fois. C’est le cas de Joakim, fondateur de Senteur 30, installé à Alès depuis deux ans, qui est venu présenter ses parfums inspirés de grandes marques. Habitué des foires dans les grandes villes, il teste cette année le marché alésien. « Je fais beaucoup de foires à Montpellier, Marseille ou Lyon. C’est la première fois que je fais Alespo, pour voir un peu ce que ça donne », confie-t-il.
Sur son stand, les flacons s’alignent avec une promesse simple : des parfums accessibles. « Aujourd’hui, on est à 20 € le parfum, 35 € les deux, 45 € les trois. Ça représente quand même 150 ml », détaille-t-il. Une activité qu’il développe principalement grâce aux réseaux sociaux qui lui apportent chaque jour de nouveaux clients.
Les artisans au cœur de la foire
Alespo reste aussi un rendez-vous important pour les artisans. Certains y participent depuis des décennies. C’est le cas de Philippe Guiraud, ferronnier, fidèle à la foire depuis près de trente ans. « Ça fait 29 ans que je viens ici », glisse-t-il derrière son stand où trônent portails, pergolas et décorations métalliques. Parmi ses créations, une petite cigale en fer forgé attire particulièrement les visiteurs. «C'est notre best-seller, sourit-il. Il y a des gens que je vois depuis dix ans et qui me disent enfin : “Ça y est, je la prends, la cigale.” »
Créateurs et artisans d’Occitanie à l’honneur
La foire accueille aussi des créateurs invités par la région Occitanie. Parmi eux, Céline, fondatrice de Macra Cantha Création, qui propose vêtements et accessoires en tissu africain recyclé. « C’est la première fois qu’on fait un gros événement comme ça. Ça permet de voir ce que ça donne et de rencontrer d’autres créateurs », explique-t-elle.
À côté, Marine, de l’atelier Lumivitra à Pont-Saint-Esprit, présente ses créations en vitrail. « J’utilise la technique traditionnelle du vitrail, comme dans les églises, mais je la détourne pour en faire des objets de décoration », explique-t-elle. Ce qui l'inspire, c'est surtout l'art déco, et de pouvoir proposer aussi des créations sur mesure à des clients en prenant toutes les contraintes liées à la pièce dans laquelle ils souhaitent mettre en vitrail. « C'est souvent les projets sur mesure qui m'obligent à sortir de ma zone de confort et ça, c'est intéressant ».
Même démarche artisanale chez Alison, cofondatrice de la marque Elialys, spécialisée dans les créations parfumées à base d’essences de Grasse. « On va décliner les décliner en bougie parfumée, on va avoir de la bougie plus décorative, de la bougie en peau, on va aussi retrouver des parfums des textiles qui vont être formulés sans alcool et on retrouve enfin les diffuseurs à bâtonner.»
Une balade autant qu’un lieu d’affaires
Pour les visiteurs, Alespo est autant une sortie qu’un lieu de projets. Certains viennent avec une idée précise. C’est le cas d’Yvonne et Guy, venus chercher un artisan pour rénover la façade de leur maison. « On cherche un crépi façon pierre », expliquent-ils en parcourant les stands.
D’autres viennent simplement par curiosité, comme Gilles et Jocelyne, installés dans le Gard depuis neuf ans. « On a déjà fait tous nos travaux, donc aujourd’hui c’est surtout pour voir les nouveautés », racontent-ils. Ils reconnaissent pourtant l’utilité de la foire : « Ça permet de comparer et de voir ce qui se fait quand on a une idée en tête. »
Une institution cévenole
Au fil des années, Alespo s’est imposée comme un rendez-vous incontournable du printemps alésien. Une foire à taille humaine, fidèle à son identité. « Les gens aiment bien venir. Ils font un tour le matin, mangent sur place, croisent du monde… », résume Guy Benoit.
Et c’est peut-être là le secret de sa longévité : plus qu’un simple salon commercial, Alespo reste avant tout un moment de vie locale, où les Cévennes viennent exposer leur savoir-faire… et où les visiteurs prennent le temps de flâner.