Publié il y a 48 min - Mise à jour le 29.05.2026 - Stéphanie Marin - 3 min  - vu 32 fois

ARLES Fondation Vincent van Gogh : "Suspects", une exposition qui bouscule

"Suspects", la nouvelle exposition présentée à la Fondation Vincent van Gogh.

- S.Ma

La Fondation Vincent van Gogh à Arles présente l'exposition "Suspects, Van Gogh, Trickers & Co." jusqu'au 18 octobre 2026.

"Cette fois-ci, vous allez voir une exposition qui va vous paraître étrange, parce qu'on n'est plus dans cette élégance raffinée qu'on a su faire jusqu'alors, vous allez voir quelque chose de très différent." L'approche aussi est différente, mais elle ne vient pas justifier un faux pas, un pas de côté plutôt puisque c'est l'attitude de Vincent van Gogh qui a inspiré cette exposition intitulée "Suspects".

Jean de Loisy, directeur artistique de la Fondation Vincent van Gogh à Arles. • S.Ma

"C'est une attitude liée à une époque, aux circonstances d'une époque, la fin du XIXᵉ siècle, à une transformation complète de l'art et qui va engager l'art pendant des siècles", précise Jean de Loisy aux côtés de Margaux Bonopera, tous deux commissaires d'exposition. Une époque où les artistes relégués à la marge contestent frontalement les institutions, les dogmes et les conventions établies. "Vincent van Gogh écrira alors : Cela me tente tant - non pas la boisson mais la peinture de voyou", rapporte Jean de Loisy. Cette phrase devient presque le manifeste de l’exposition qui présente l'audace de plusieurs artistes - à partir de 1971, année lors de laquelle Pablo Picasso offrit 56 œuvres au musée Réattu d'Arles - qui, après Vincent van Gogh, ont choisi la dissidence plutôt que la conformité. Utilisant parfois des matériaux surprenants pour s’exprimer, jusqu’à l’urine ou même leurs propres excréments. Et si jamais on n’en perçoit pas le sens, on pourra simplement en rire, comme les enfants lorsqu’il est question de pipi ou de caca. Qui jugera ?

Quelques-unes des oeuvres de Sarah Lucas. • S.Ma

Les artistes deviennent des "tricksters", ces figures issues des mythes populaires qui perturbent l’ordre établi, sèment le désordre pour révéler une autre vérité du monde. De Picasso - dont l'alter ego, Arlequin, héritier du bouffon, intervient à de nombreuses reprises tout au long de l'exposition - à Jacques Lizène, de Mike Kelley à Sarah Lucas, de Leigh Bowery à Maria Lassnig etc, les œuvres racontent toutes cette tension entre transgression, dérision, violence, excès, domination et fragilité.

Le fameux "Crâne de squelette fumant une cigarette" de Vincent van Gogh.  • S.Ma

Le parcours s'ouvre sur un document jusque-là jamais présenté au grand public : la pétition signée par des habitants d’Arles pour demander le départ de Van Gogh de la Maison Jaune. L'artiste fut considéré - et même par lui-même au sein de sa famille paternelle - comme un marginal inquiétant, "suspect". Dans les salles, le visiteur passe de l'Autoportrait à la pipe de Van Gogh à la fameuse banane scotchée de Maurizio Cattelan (Comedian). Mais loin du simple effet spectaculaire, Jean de Loisy y voit une réflexion profonde sur la valeur de l’art. "Le grand artiste ne peut pas s’échapper de ce qu’il a créé comme fascination." Derrière l’apparente absurdité, tout est minutieusement pensé : le choix de la banane, la marque du scotch… "On a reçu un protocole d’installation de 48 pages", glisse Margaux Bonnopera.

Margaux Bonopera, commissaire d'exposition.  • S.Ma

Cette exposition bouscule le visiteur et on l'a compris, de manière volontaire. Mais pourquoi avoir choisi de la présenter aujourd’hui, et en quoi fait-elle écho à notre époque ? "Quand on voit ce qui s'est passé dans les années 70 et jusqu'à aujourd'hui, il y a de la part des artistes, une exploration de ce qu'est l'humain, répond le commissaire d'exposition. Tant qu'on voudra se faire des illusions sur ce que nous sommes, tant qu'on voudra que l'art se contente de faire des paysages charmants, on sera assez loin de ce qu'est la vérité, de ce que l'art peut nous apporter comme possibilité d'exploration de nous-mêmes. Seul l'art nous permet de comprendre l'humanité et l'humain. Et pour moi, Van Gogh y est arrivé plus que tout le monde."

L'oeuvre "heavy Burschi" de Martin Kippenberger. • S.Ma

Et quand dans les années 70, lorsque certains annonçaient déjà la mort de la peinture face à la vidéo et aux photographies, elle doit aujourd'hui faire face à l'intelligence artificielle qui "produit de nouveaux langages, de nouvelles possibilités". À ce sujet, Jean de Loisy se veut rassurant : "il y aura toujours de la peinture et il y aura toujours des artistes. Cette exposition est un message d'espoir, un hommage à la puissance qu'à l'art d'explorer ce que nous sommes."

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Stéphanie Marin

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