Il sera ce lundi au ministère de la Transition écologique à Paris, pour animer une table ronde sur la thématique de l'eau et des zones humides, en présence notamment de la ministre Monique Barbut. Mais avant cela, la veille, Jean Jalbert donnera une conférence à Arles, à l'occasion de la Journée mondiale des zones humides. Une célébration qui, en terre arlésienne, prend une résonance toute particulière puisque Luc Hoffmann, ornithologue et fondateur de la Tour du Valat, a joué un rôle clé dans la création de la Convention de Ramsar, signée en 1971 en Iran. Ce traité historique, l’un des premiers du genre, reconnaît les zones humides - comme la Camargue - comme des remparts essentiels contre l’érosion de la biodiversité et le dérèglement climatique.
À trois jours de sa conférence (tout public) consacrée au label Ramsar et aux enjeux actuels de préservation des zones humides, rencontre avec Jean Jalbert, directeur de la Tour du Valat, institut de recherche pour la conservation des zones humides méditerranéennes situé au Sambuc, au coeur de la Camargue.
Objectif Gard & Arles : Pouvez-vous nous rappeler ce qu'est la Convention de Ramsar et pourquoi elle a été créée en 1971 ?
Jean Jalbert : Cette convention représente une innovation mondiale… et camarguaise ! Il s’agit du premier accord international environnemental, et son idée est née ici même. Aujourd’hui, alors que l’on assiste à un démantèlement progressif des organisations unilatérales issues de l’après-guerre, il est important de rappeler qu’après 1945, plusieurs instances de coopération ont vu le jour, comme l’Union internationale pour la conservation de la nature, créée en 1948. Restait alors une question cruciale : celle des zones humides. Luc Hoffmann, qui avait fondé la station biologique de la Tour du Valat, s’est pleinement investi dans cette cause. Entre 1958 et 1962, il a piloté un programme scientifique dédié à la conservation de ces milieux. Ce travail s’est conclu en 1962, lors d’une conférence aux Saintes-Maries-de-la-Mer, où des données scientifiques ont révélé la disparition alarmante des zones humides, dans une indifférence générale. Parmi les solutions proposées : la création d’un mécanisme intergouvernemental dédié à leur protection et à celle des oiseaux d’eau. Luc Hoffmann et ses collaborateurs ont alors œuvré sans relâche. Neuf ans plus tard, en 1971, la Convention de Ramsar était signée. Chaque État signataire — 175 aujourd’hui — s’engage à préserver ses zones humides. La France a adhéré à la convention en 1986, désignant la Camargue comme premier site protégé. Mais il faut bien garder à l’esprit que tout est parti de Camargue. Ce modèle a inspiré toutes les grandes conventions internationales qui ont suivi, y compris celles des Nations Unies.
L’an dernier, Arles a été labellisée "Ville Ramsar". Il n’y en a que 3 en France et 31 au monde. Qu’est-ce que cela signifie pour la ville et ses habitants ?
Être labellisée "Ville Ramsar", c’est d’abord une reconnaissance de la relation historique d’Arles avec les zones humides, qu’il s’agisse de la Camargue ou des marais de Beauchamp. Mais c’est aussi un encouragement à aller plus loin. Il y a deux Arles : une Arles urbaine, tournée vers son patrimoine et sa romanité, et une Arles rurale, ancrée dans ses espaces naturels et ses zones humides. L’enjeu pour la municipalité est de fusionner ces deux facettes, en mobilisant largement les citoyens, les écoles, et en sensibilisant la population urbaine à la valeur de ces milieux.
Aujourd’hui, quels sont les principaux défis auxquels font face les zones humides, et notamment la Camargue ?
La mauvaise nouvelle, c’est que, selon les études scientifiques, les zones humides continuent de disparaître à l’échelle mondiale, et le rythme de cette disparition ne ralentit pas. La bonne nouvelle, c’est que les citoyens comprennent de plus en plus leur rôle et leur valeur. En Europe, dès le XVIIᵉ siècle, ces espaces ont été massivement détruits, perçus comme insalubres et sources de maladies. Aujourd’hui, cette vision a changé : on y voit désormais leur beauté, leur diversité, et le plaisir qu’ils offrent comme lieux de ressource. Le message passe et la population y est de plus en plus sensible.
Et face au changement climatique et à la problématique de la gestion de l’eau, leur rôle est essentiel...
Il y a une dizaine de jours, l’Université des Nations Unies a publié un rapport alarmant : le monde est en faillite hydrique. Pourtant, nous restons souvent spectateurs. Nous exerçons une pression immense sur les ressources en eau, oubliant qu’elle n’est pas seulement une ressource ou une menace, mais la base de toute vie. Si nous l’accaparons ou la rejetons trop vite, nous aggravons nos conditions de vie. Il faut ralentir l’eau, la garder dans les nappes, favoriser son infiltration dans les sols. Les zones humides agissent comme des éponges naturelles : elles limitent les pics de crues et filtrent l’eau. Plutôt que de stocker l’eau dans des méga-bassines, faisons confiance à la nature. Restaurons les zones humides, c’est ainsi que nous pourrons répondre efficacement aux menaces croissantes.
À vos agendas !
À l’occasion de la Journée mondiale des zones humides, la ville d’Arles invite le public à découvrir la richesse de ses marais à travers une conférence et une exposition mêlant regards scientifiques, pédagogiques et artistiques.
Au programme donc, dimanche 1er février, de 17h à 18h, la conférence tout public de Jean Jalbert autour du label Ramsar et des enjeux actuels de préservation des zones humides. Amphithéâtre Henri Cérésola – Pierre Fassin, espace Van Gogh, Arles. Entrée gratuite – places limitées. À découvrir aussi, du 1er au 8 février, une exposition. En partenariat avec le CPIE du Pays d’Arles, regards croisés sur les zones humides arlésiennes avec des travaux des élèves de 6ème du collège Ampère sur le marais de Beauchamp (pont de Crau, Arles) et des élèves de l’école Marinette-Carletti de Mas-Thibert sur le marais du Cassaïre (Mas-Thibert) effectués dans le cadre d’une Aire Terrestre Educative. Photographies de Mario Maretti, Miguel Magud, Thierry Muller, Robert Morello (Association des photographes du Pays d’Arles). Illustrations et projections d’aménagements du projet de requalification du site de Beauchamp (Pont de Crau) par Laurent Prullière. Vernissage de l’exposition dimanche 1er février à 18h30, salle d’exposition, rez-de-chaussée, espace Van Gogh, Arles. Entrée libre.
À noter que la Tour du Valat est contrainte d’annuler sa journée portes ouvertes. En raison de la circulation de la grippe aviaire en Camargue, un arrêté préfectoral interdit actuellement les activités en pleine nature. La Réserve naturelle de la Tour du Valat n’est ainsi pas en mesure d'accueillir du public le 1er février dans le cadre de la Journée mondiale des zones humides.