La Chambre de commerce et d’industrie du Pays d’Arles exprime son incompréhension face à l’avis défavorable rendu par les trois membres de la commission d’enquête publique sur le projet de contournement autoroutier d’Arles. « Chaque jour, 75 000 véhicules dont 7 000 poids lourds, traversent la RN113 au cœur de la ville, générant congestion, nuisances et risques pour la sécurité. Le contournement autoroutier d’Arles est pourtant le seul maillon manquant entre l’Espagne et l’Italie sur l’arc méditerranéen », déclare la chambre consulaire qui rappelle que « pour le Pays d’Arles, ce projet ne concerne pas seulement la mobilité : il touche aussi l’emploi, l’attractivité économique et l’avenir du territoire ».
Et d’insister sur la limite des remarques faites lors de l’enquête publique. « Celle-ci repose sur un principe simple : 1 contribution = 1 voix. Mais l’avis d’institutions représentant des milliers d’entreprises et d’emplois se retrouve ainsi placé au même niveau qu’une contribution individuelle. La CCI du Pays d’Arles représente 17 000 entreprises et plus de 54 000 emplois. L’État, maître d’ouvrage de ce projet étudié depuis plus de 30 ans, doit désormais assumer ses responsabilités et clarifier la décision qu’il entend prendre pour le territoire. L’avenir du Pays d’Arles ne peut rester indéfiniment en suspens », insiste-t-elle.
Un contournement "stratégique pour le territoire"
La CCI Pays d'Arles et la CCI Aix-Marseille-Provence (CCIAMP), lors de l’enquête publique, ont exprimé toutes deux un soutien entier et déterminé au projet de contournement, le considérant comme une infrastructure vitale et stratégique pour le territoire. Les deux Chambres soulignent que la RN113 est actuellement saturée, générant insécurité et congestion. Le contournement est vu comme l'unique solution pérenne pour assurer une mobilité efficiente. Un point crucial pour les deux chambres est l'éloignement du transport de marchandises dangereuses et des flux de poids lourds des zones habitées, réduisant ainsi les risques pour les riverains. La CCI Pays d'Arles insiste particulièrement sur le maintien de la gratuité des déplacements entre Arles et Saint-Martin-de-Crau (péage ouvert), essentielle pour les échanges quotidiens des salariés et des habitants.
Concernant la requalification de la RN113, "le projet permettra de transformer l'actuelle route nationale en un boulevard urbain apaisé, facilitant l'accès au centre-ville d'Arles, à ses commerces et à ses monuments historiques. De plus, en réduisant les nuisances sonores et atmosphériques liées au trafic de transit, le projet redonnera un "deuxième souffle" au centre ancien et soutiendra l'attractivité touristique".
Les deux CCI rappellent que ce tronçon est le chaînon manquant entre l'Espagne et l'Italie, renforçant la position de carrefour du Pays d'Arles. Le projet est jugé indispensable pour la compétitivité de la zone industrialo-portuaire de Fos-sur-Mer, du port de commerce d'Arles et des plateformes logistiques de Saint-Martin-de-Crau.
Au-delà de l'attractivité future, la phase de chantier elle-même générera, selon les deux chambres, des milliers d'emplois directs et indirects pour le tissu économique local. Elles alertent sur le fait que l'abandon du projet serait "mortifère". "Les développements économiques voisins (Fos, Nîmes, étang de Berre) augmenteront mécaniquement les flux, menaçant d'asphyxier totalement le réseau actuel si rien n'est fait". Tout en soutenant le projet, elles insistent "sur la nécessité de respecter les milieux naturels de la Camargue et de la Crau".
Jean-Michel Jalabert plus que jamais "pour"
Jean-Michel Jalabert, tête de la liste « Plus proche d’Arles !», assume lui aussi, comme le maire d’Arles Patrick de Carolis (voir l'article du 4 mars) , sa position claire en faveur du contournement autoroutier de sa ville, à condition que le tronçon entre Arles et Saint-Martin-de-Crau soit gratuit. Toutefois il met en avant une différence "notable", celle de la clarté. « Depuis plus de 30 ans, on parle du contournement d’Arles. Pendant ce temps, 80 000 véhicules traversent la ville chaque jour et 90 000 sont annoncés en 2030. Oui, la commission d’enquête a rendu un avis défavorable mais cet avis n’empêche pas l’État de décider que le contournement se fera. La vraie question est simple : est-ce que les élus d’Arles portent vraiment ce projet ? Aujourd’hui : certains sont contre, d’autres refusent de prendre une position ferme et enfin certains vont à Paris à la rencontre des ministres successifs des Transports, mais sans avoir obtenu ni la gratuité des péages, ni le financement du projet. Dans le même temps, la Région et le Département disent qu’ils peuvent financer la requalification de la RN113, mais restent discrets sur leur soutien au projet du contournement autoroutier. Un candidat présente une liste avec un conseiller régional et une conseillère départementale comme une chance pour la ville alors même qu'ils ont savonné la planche du projet. Ça s’appelle de la schizophrénie politique. » « Moi je suis clair », assène le candidat : « Je suis pour le contournement d’Arles. Je défends la gratuité pour les Arlésiens. Et surtout je porterai ce projet sans ambiguïté. Je ne négocierai jamais avec l’intérêt des Arlésiens. »
Des recours envisagés par les opposants
Le dossier est maintenant entre les mains de l’État, car l’avis de la commission d’enquête n’est que consultatif. Une décision favorable au projet de contournement autoroutier d’Arles, déclaré d’utilité publique, serait possible. Cela s'est vu ailleurs. Mais des recours devant le tribunal administratif sont d’ores et déjà envisagés par les associations d’opposants. « Le commissaire enquêteur a pointé de nombreuses faiblesses sur ce dossier que nous allons exploiter, bien évidemment », assure François Cavallo, membre du collectif « En travers de la route ». « Nous allons écrire au ministre en charge du dossier, et nous engagerons des procédures judiciaires devant le tribunal administratif si, malgré tout, une Déclaration d'utilité publique était décidée par l’État. » Le Conseil d’État doit se prononcer d’ici 18 mois. Cela laisse un peu de temps. Mais les opposants ont bon espoir que cet avis défavorable serve leur cause. « Pour le projet d’autoroute A69 entre Castres et Toulouse, le commissaire enquêteur avait donné un avis favorable, mais pas la justice. Nous sommes dans une situation favorable ici pour pouvoir enfin passer à d’autres solutions que le contournement autoroutier d’Arles. Nous sommes bien conscients des problèmes liés à ce surtrafic routier sur la N113, en termes de pollution, de bruit, de circulation pour les riverains. Mais nous sommes ouverts au dialogue, et d’autres aussi comme Marie-Pierre Callet, conseillère départementale en charge des routes, qui veut bien étudier des alternatives au contournement autoroutier d’Arles ».