Publié il y a 1 h - Mise à jour le 11.02.2026 - Julia Razil - 9 min  - vu 155 fois

MUNICIPALES En centre-ville d'Arles : "On est mal docteur !"

La rue de la République, principale rue commerçante d'Arles, affiche de nombreux locaux vacants.

- J.Rz.

À quelques semaines des élections municipales, la question de la vitalité du centre-ville d’Arles est au cœur des débats. Entre commerces en difficulté, enjeux des locations saisonnières et attentes des habitants, comment repenser l’attractivité du cœur de ville ? 

"Heureusement qu'il y a les élections municipales ! Au moins on a trois locaux vacants de moins !" La boutade est signée d'un commerçant de la rue de la République. Il y a quelques années, cette artère, principale rue commerçante de la ville, était largement plébiscitée par ceux désireux de s'implanter en centre-ville. Aujourd'hui, c'est peu de dire qu'elle a perdu de sa superbe. Le nombre de locaux commerciaux inoccupés ne trompe pas. Les candidats Patrick de Carolis, Nicolas Koukas et Jecilla Regad ont en effet, tous les trois, investi un local sur cette artère. Et Jean-Michel Jalabert, à quelques mètres de là, place Antonelle. Une telle concentration de candidats au mètre carré, c'est du jamais vu. C'est dire la disponibilité des locaux commerciaux, particulièrement dans cette rue, et plus globalement sur l'ensemble du centre-ville arlésien.

"Oui, on est en alerte, mais on n'est pas morts"

Récemment, c'est la fermeture de la boutique L'Occitane qui a fait le (bad) buzz. Mais pas question non plus de "voir tout en noir" pour certains commerçants qui souhaitent "un discours plus optimiste". "Les gens le savent que ça va mal. Le but, c'est de redynamiser le centre-ville. Nous on se bat tous les jours alors quand on voit passer certains reportages ou certains commentaires...", lâche l'un d'eux. "Et ce d'autant plus que le local de L'Occitane ne restera pas vacant très longtemps", renchérit Xavier Savary, le président du groupement Arles Shopping. C'est en effet la boutique "La Parenthèse", déjà installée un peu plus bas dans la rue de la République, qui va s'y installer d'ici le mois d'avril. Plus haut dans la rue, elle bénéficiera d'une meilleure visibilité. Et son local actuel devrait lui aussi être rapidement repris. "On a deux, trois bonnes nouvelles comme ça pour le commerce dans cette zone", ajoute Xavier Savary. Lequel rejette en bloc "le discours défaitiste de certains". "Oui on est en alerte, oui on a besoin d'aide mais on n'est pas morts, lâche-t-il. Moi, j'y crois encore, sinon je ne serais plus là. Et j'y crois encore plus que nous avons des atouts que peu de villes ont."

Xavier Savary, commerçant installé rue de la République, est le président du groupement des associations de commerçants d'Arles (GACA). • J.Rz.

De l'autre côté de la place de la mairie, la rue de l'Hôtel-de-Ville affiche moins de vacance commerciale. L'avantage, peut-être, de surfaces plus petites et donc de loyers moins élevés. Car c'est bien là l'un des principaux accusés dans cette affaire de centre-ville en souffrance : le montant des loyers. Le discours est le même partout : "ils sont pour la plupart bien trop élevés". Sur le banc des accusés aussi : le stationnement. Pour certains, le problème c'est le manque de places ; pour d'autres, c'est le tarif jugé trop excessif. Si les avis divergent sur ce point, tous se retrouvent néanmoins sur la question de la fréquentation : cet hiver est plus dur que les autres. "La météo n'est pas non plus en notre faveur. Mais chaque année, on trouve des excuses. On ne veut plus d'excuses, on veut des solutions", lâche Xavier Savary.

En attente d'enseignes locomotives

Et en termes d'idées pour redresser la barre, les commerçants n'en manquent pas. Revoir la politique de stationnement donc, mais aussi proposer et enrichir la programmation des animations, ou bien encore faire venir des enseignes locomotives dans le centre. Comme la Fnac qui avait souhaité le faire avant de finalement s'implanter à Shopping Promenade. "Des grandes marques, c'est aujourd'hui ce qui manque cruellement", admet Anthony Castel, président de l'association des commerçants de la rue de l'Hôtel-de-Ville. À l'image des Galeries Lafayette dans le centre-ville nîmois. Comme beaucoup de commerçants interrogés, lui aussi regarde chez les voisins. Salon-de-Provence notamment, souvent cité en exemple d'ailleurs. "Pourtant, ils ont moins de patrimoine, moins d'atouts que nous." De même, l'offre - ou plutôt la carence de l'offre - est pointée du doigt. Par les professionnels comme par les Arlésiens, "il n'y en a pas pour toutes les bourses, regrette Paula, une mère de famille arlésienne. Et puis, ce ne sont pas les galeries photos qui vont faire revenir les Arlésiens dans le centre."

En ce mercredi 4 février, premier jour de la braderie d'hiver, le ciel est dégagé mais ce n'est pas pour autant que les rues sont animées. "On est mal docteur !", répond Fernando quand on lui demande comment se porte le commerce en centre-ville. Sur l'emblématique et déserte place du Forum, seuls trois établissements sont ouverts. Dont le sien. Et la fermeture du légendaire café Van Gogh depuis bientôt 4 ans - dont la devanture et la terrasse sont quelque peu laissées à l'abandon - n'aide pas vraiment à redonner le sourire à Frédéric Mistral. "Vu les charges liées à l'énergie, celles en lien avec les salaires, et le centre-ville désert, c'est parfois plus rentable de fermer, glisse un commerçant non loin. Il n'y a personne, et si les touristes n'arrivaient pas bientôt, dans six mois, tout le monde, sans exception, aurait mis la clé sous la porte."

"On devrait avoir quelque chose de joli quand même !"

Mais comment faire pour faire revenir les Arlésiens dans un centre-ville que beaucoup estiment "peu attirant"? Si les (trop) nombreux tags ont été au centre des discussions ces dernières semaines avec l'affaire de XBraguette, la pollution visuelle n'est pas simplement due à ces artistes au talent douteux. "Pourquoi n'y a-t-il pas une obligation pour les enseignes qui partent de remettre au propre ?", interroge Lucie, commerçante à la Roquette. Afflelou, Plein Ciel, La Provence du Roy René... "Toutes ces enseignes ont quitté la ville depuis combien de temps ? Et pourtant, elles sont toujours présentes sur les devantures et les façades. On est dans une ville classée ! Il existe des règles strictes d'urbanisme dans ce secteur. On devrait avoir quelque chose de joli quand même !"

Les Nouvelles Galeries en vente : "la ville d'Arles n'a pas les moyens"

Un constat que semble partager le propriétaire des Nouvelles Galeries. Un bâtiment exceptionnel de 1 700m² qui a fait les belles heures du commerce arlésien et qui, à chaque élection, est identifié par les candidats comme un formidable moyen de reconquête du centre-ville. 

Le bâtiment des Nouvelles Galeries, actuellement loué pour des bureaux (et une partie commerciale en rez-de-chaussée) est à vendre. • J.Rz.

"Tant que le centre-ville d'Arles ne sera pas valorisé comme dans n'importe quelle autre ville moyenne de France, le commerce se portera mal. Avec le patrimoine de cette ville, je ne comprends pas qu'on laisse le centre-ville dans un état aussi misérable", lâche Michel Leron. Sa famille est propriétaire des Galeries depuis plus d'un siècle. Depuis deux ans maintenant, le bâtiment est à la vente dans le cadre d'un ensemble immobilier pour un montant d'environ 3 millions d'euros. Jusqu'alors les promoteurs qui se sont présentés souhaitaient y faire des appartements, "mais le lieu ne s'y prête pas, précise Michel Leron. Son utilisation est adaptée pour des bureaux dans les étages et des commerces au rez-de-chaussée." Tel qu'il est loué actuellement. Et face aux propositions de campagne de certains candidats, Michel Leron l'affirme : "Je ne me fie pas à leurs envies. Le bâtiment est à la vente. Les différentes mandatures se sont toujours montrées intéressées d'avoir cet immeuble, mais la ville d'Arles n'a pas les moyens." Difficile dès lors d'imaginer un retour de commerces dans les étages.

Airbnb dans le viseur

"Le centre-ville, ce n'est pas que du commerce, c'est aussi des résidents", avance Xavier Savary. "Oui, il faut remettre de la vie dans la ville", affirme de son côté Lucie, au comptoir du Mazette café, rue des Porcelet. "Le point fort quand on vient dans cette rue, c'est qu'on sait qu'on va bien manger", lance-t-elle ironique. Successivement, ont fermé le Mangelire, la boutique de jeux TerraLudi, la boutique de déco... dans cette rue qui est historiquement la plus attractive du quartier. Ici, comme dans d'autres secteurs de la ville, les commerçants se sont retroussés les manches pour animer le quartier pendant les fêtes, avec l'aide du CIQ. Un quartier qui est sans nul doute l'un des plus impactés par le phénomène Airbnb. "Il y a dix ans dans ma rue, il y avait 40 familles, ajoute Lucie, qui travaille et habite à la Roquette. Aujourd'hui, nous ne sommes plus que 12 familles ! Le reste, c'est du Airbnb et des résidences secondaires."

Une problématique, au même titre que celle des pop-up - ces commerces éphémères que l'on voit fleurir les deux mois d'été et que certains commerçants estiment être de "la concurrence déloyale" -, dont les candidats aux municipales vont devoir se saisir. "On espère de leur part une vraie prise de conscience. Pas simplement un message pour les élections. Ce problème, ce n'est pas uniquement une histoire de commerçants qui se plaignent."

Et vous, maire d'Arles, que feriez-vous pour redonner son dynamisme au centre-ville ?

Patrick de Carolis ("Arles au coeur") : "Rendre le centre-ville d’Arles attractif suppose d’agir simultanément sur trois leviers : l’économie, le logement et l’accessibilité. D’abord, l’attractivité du centre-ville passe par l’activité économique. Nous attirerons de nouvelles enseignes, soutiendrons les commerçants existants et remettrons sur le marché les locaux vacants grâce à la création d’une société foncière. Des lieux emblématiques comme les Nouvelles Galeries seront réinvestis et des halles gourmandes dédiées aux producteurs locaux verront le jour. Ensuite, un centre-ville attractif doit être habité toute l’année. La pression des locations touristiques a raréfié le logement permanent. Nous agirons pour remettre des logements à l’année sur le marché en accompagnant les propriétaires avec des dispositifs incitatifs et en encourageant la rénovation de l’habitat ancien. Sans habitants à l’année, il n’y a ni commerces durables ni vie locale. Enfin, l’attractivité repose sur l’accessibilité. Nous faciliterons l’accès au centre-ville avec un projet de parking souterrain, renforcerons les animations et améliorerons le cadre de vie. Pour être attractif, notre centre-ville doit être vivant, accessible et habité."

Jean-Michel Jalabert ("Plus proche d'Arles"): "Le centre-ville doit redevenir un lieu où l’on vit, où l’on travaille et où l’on consomme toute l’année. Après avoir rencontré les commerçants, voici les mesures concrètes que je mettrai en place dès mon élection : la gratuité du stationnement, en saison basse, sur l’ensemble des zones et des parkings : gratuité 4h les mercredis, gratuité toute la journée les samedis et dimanches; construction d’un parking silo sur le parking Chabourlet centre; mise en place d’une taxe sur les locaux commerciaux vacants pour inciter les propriétaires à les remettre sur le marché; transformation de locaux commerciaux vacants en bureaux ou logements; utilisation de la foncière immobilière intercommunale, en cours de création, pour les projets municipaux (activation du droit de préemption commercial pour permettre la réalisation d’une opération d’aménagement à destination d’une activité commerciale ou économique, par exemple les Nouvelles galeries); rédiger une “Charte propriétaires – commerçants” (agir sur les loyers excessifs dans certaines zones, modèles de baux à loyer progressif, médiation quand un bail se bloque). Enfin, j’agirai sur la régulation des meublés touristiques type Airbnb pour préserver la vie locale."

Nicolas Koukas ("L'Union pour Arles"): "Des Arlésiennes et des Arlésiens qui se logent en ville, ce sont des commerces qui retrouvent leur attractivité et rouvrent. Le taux de vacances dans les commerces a doublé, pourtant Arles n’a rien perdu de sa superbe. Ce sont les Arlésiennes et les Arlésiens qui font grise mine. Qu’ils cherchent à se loger, ou qu’ils soient commerçants. En instaurant un quota de jours pour les locations Airbnb, en établissant des périmètres à protéger comme La Roquette ou L’Hauture, et en aidant les propriétaires à rénover pour louer, le centre-ville revivra. Un service dédié pour les commerces devra étudier l’offre la plus adaptée et, par le biais d’une foncière, la Ville pourra préempter, en s’entourant de partenaires. Une incitation à louer les locaux commerciaux à des prix abordables sera réalisée, en jouant notamment sur le coût de la taxe foncière. S’il faut faire revivre le centre, il faut aussi lui permettre de vivre, avec une politique de stationnement 'à la carte'. La gratuité pour Noël, la gratuité lors des animations dans nos rues commerçantes. Toutes les décisions seront prises après concertation avec les principaux intéressés."

Jecilla Regad ("Arles populaire, digne et solidaire") : "Redonner du dynamisme au centre-ville exige de rompre avec les politiques qui ont favorisé la spéculation, la hausse des loyers, l’airbnbisation, le stationnement payant partout, et ainsi les fermetures de commerces. Notre priorité sera de défendre l’économie locale et celles et ceux qui la font vivre : artisans, commerçants et habitant·es. Il n'y a pas de fatalité : le centre-ville ne doit pas être livré aux logiques de rente et de profit au détriment de la vie quotidienne. La municipalité peut assumer un rôle fort pour protéger les commerces de proximité, lutter contre la vacance, accompagner les petites entreprises et associer les acteurs locaux aux prises de décision. Cela passe par une politique municipale volontariste en faveur des TPE et PME, piliers de l’emploi à Arles et de la vitalité économique locale. Le dynamisme du centre-ville repose également sur le droit à l’habitat. Nous mettrons tout en œuvre pour sortir de la mise en tourisme du centre-ville afin qu’il redevienne un lieu où l’on vit à l’année, répondant aux besoins des familles, des jeunes et des retraité·es. Enfin, nous porterons un projet de centre-ville avec des espaces publics végétalisés, rafraîchis et animés toute l’année. Adapter le centre-ville aux canicules est une nécessité pour protéger les habitant·es et maintenir une vie locale active."

Anne Testut (LO) : "Dans de nombreuses communes les maires s'ingénient à créer des événements comme les marchés de Noël, des activités culturelles sont tenues à bout de bras par des bénévoles, les volontés sont présentes, notamment dans les petites communes où les moyens sont limités. Malgré tout, les petits commerces sont souvent à la peine. Il est évident qu'il n'y a pas de recette magique comme pour tous les sujets dans la société capitaliste. Les problèmes pour les classes populaires pour se loger correctement, se chauffer, consommer en général sont indubitablement liés à leur salaire qui ne cessent de dégringoler face à l'inflation. Cette inflation nourrit une minorité d'ultra riches. Ce sont eux qui font les prix élevés et les bas salaires, qui maintiennent dans la pauvreté la grande majorité de la population travailleuse. Celle-là même qui produit tout et qui n'en reçoit que des miettes. Le vol est manifeste. Pour ces raisons nous disons que lorsque les prix augmentent, les salaires doivent aussi augmenter dans les mêmes proportions. C'est la seule façon de maintenir un pouvoir d'achat correct pour les travailleurs. Pour cela il faudra que le monde du travail l'impose par des luttes collectives. Dynamiser le centre-ville passe par une augmentation générale des salaires et des embauches là où c'est nécessaire."

*Les propositions des candidats sont présentées par ordre alphabétique. L'ensemble des candidats a été sollicité. 

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