Au milieu des stands, des concours et des échanges entre éleveurs, des gardiens et gardiennes de troupeaux salariés - bergers, vachers, chevriers - ont investi la place du Foirail pour dénoncer leurs conditions de travail, ce mercredi. Parmi eux, Lise (*), 36 ans, bergère et membre du syndicat des gardiens de troupeaux FNAF-CGT. "Ça fait trois ans maintenant qu’on demande une annexe à la convention collective des ouvriers agricoles qui prendrait en compte les spécificités de notre métier », explique-t-elle. Aujourd’hui, ces salariés dépendent de la convention collective nationale des ouvriers agricoles, complétée par des avenants départementaux variables. "Si on travaille sur le versant d’une montagne dans le 38 et sur l’autre versant dans le 05, on n’est pas payé pareil. On n’a pas les mêmes droits."
Parmi les revendications de ces ouvriers agricoles, soutenus par l'Union locale de la CGT d'Arles : la reconnaissance du temps de travail réel. "Un berger travaille, en estive, en moyenne entre 70 et 80 heures par semaine, rémunéré 35 ou 44 heures au maximum", affirme Lise. Les heures supplémentaires ne sont pas comptabilisées, certains salariés travaillent sept jours sur sept, enchaînent des gardes de 16 heures et ne bénéficient pas des 11 heures de repos quotidien prévues par la loi. La question salariale est tout aussi centrale. "C’est souvent payé au SMIC, alors qu’on fait un travail qualifié. On a la charge d’un troupeau entier de brebis ou autres. On doit assurer les soins, gérer le pâturage, gérer les attaques de prédation, les conduire." Un "vrai métier", insiste-t-elle, "avec des qualifications, avec des formations".
Les gardiens demandent également la reconnaissance de la pénibilité et la fin des frais engagés pour pouvoir travailler. "Aujourd’hui tout notre équipement pour travailler dehors est à notre charge. Vous connaissez le prix des fringues de montagne ?" Même situation pour les chiens de conduite, indispensables au travail quotidien. "On nous demande un chien pour conduire les troupeaux. Les agents cynophiles ont une indemnité horaire pour le chien. Aujourd’hui, il n’y a rien qui existe pour nous", s'insurge la trentenaire.
Ils dénoncent aussi des contrats non remis à l’embauche ou modifiés en cours de route, des heures non déclarées, des feuilles de paie erronées, des frais de carburant non remboursés, des véhicules inadaptés, des accidents du travail non déclarés, l’absence de moyens de communication en zone blanche, ou encore des pressions exercées après des arrêts maladie. Les gardiens rappellent qu’il s’agit d’un métier à risque, exercé en montagne, isolé, exposé aux intempéries, aux accidents, parfois mortels. Ils évoquent des salariés foudroyés, blessés ou physiquement diminués, et des situations où les accidents ne seraient pas déclarés. Les conditions d’hébergement sont également pointées : logements précaires, cabanes insalubres, absence d’électricité ou d’eau potable à proximité, installations défectueuses...
L’ensemble de ces revendications est adressé au patronat agricole avec lequel les représentants des gardiens de troupeaux demandent l’ouverture de négociations. "Aujourd'hui même devait avoir lieu une rencontre entre les gardiens et la FNSEA qu'elle a annulée. Le ministère de l'Agriculture s'est emparé du sujet", assure la bergère.
Si ce rassemblement s'est tenu à Saint-Martin-de-Crau - encadré par les gendarmes - ce n’est pas un hasard. "C’est historiquement un lieu où les bergers trouvaient du travail, parce qu’il y a les employeurs présents", rappelle Lise. L’objectif est d’informer les collègues et de montrer aux employeurs que "nous sommes mobilisés". En attendant, les gardiens préviennent : "On ne lâchera pas. On emploiera les moyens qu’il faudra jusqu’à ce que nos revendications soient entendues."
Cette mobilisation intervient alors que 2026 est déclarée année internationale du pastoralisme. "Le pastoralisme, c’est tout beau, c’est les brebis, les montagnes", indique Lise. "Mais pour que tout ça vive, il y a des salariés qui sont exploités et qui ne peuvent pas vivre de leur travail."
*Le prénom a été modifié.