Rarement on a vu autant de monde investir la salle des mariages. Le 15 mars 2026, beaucoup, la majorité, avait pris la direction de la mairie de Beaucaire pour approcher Jordan Bardella, président du Rassemblement national. A-t-il volé la vedette à Nelson Chaudon ? Il l'a plutôt partagée. L'enfant du pays a été réélu maire de la quatrième ville du Gard, dès le premier tour avec 60,37 % des suffrages exprimés. Un peu mieux que le score de Julien Sanchez en 2020, avec toutefois un taux de participation supérieur, 57, 16 % contre 51,75 % en période covid. Une grande soirée pour le Rassemblement national, le chef de file du parti avait même choisi le Casino municipal pour faire son allocution de portée nationale. "Monsieur Jordan Bardella a eu la primeur des résultats, et les a annoncés en direct auprès de la presse et des médias nationaux à 20h04", retrace Laure Cordelet, présidente de l’Action citoyenne antiraciste et antifasciste de Beaucaire (ACAAB), dans un courrier envoyé au préfet du Gard ce lundi 23 mars.
"Le résultat global des votes nous a été annoncé dans la salle du conseil municipal de la mairie à 20h25, par monsieur le député Yoann Gillet, poursuit-elle. Nous n'avons pas eu connaissance des résultats détaillés, qui sont normalement annoncés au fur et à mesure par les président.es des bureaux de vote. L'affichage détaillé des résultats a eu lieu après le discours de monsieur Chaudon, à 20h38." Un déroulé qui constitue "des irrégularités entachant la sincérité du scrutin" selon l'ACAAB. Association qui ne remet pour autant pas en cause la régularité des votes ni le résultat du premier tour des élections municipales à Beaucaire, mais considère "dommageable de débuter un mandat en ne respectant pas les dispositions du code électoral, et en discriminant des personnes engagées politiquement pour leur ville". Car dans sa missive, Laure Cordelet rapporte par ailleurs "la distribution d’un déjeuner à la pause méridienne (toujours le 15 mars 2026, NDLR), pris en charge par la municipalité, effectuée en discriminant les assesseurs mandatés par les deux listes d’opposition." Fait qui d'après nos informations ne concernerait qu'un seul bureau de votes sur les douze que compte la ville, et relèverait de la responsabilité de son président.
Cette lettre adressée au préfet témoigne de la vigilance de l’ACAAB. "Sur ce mandat qui sera long, on ne laissera rien passer, toute discrimination et entorse à la loi sera relevée et s'il le faut, nous attaquerons la ville", prévient Laure Cordelet. Et la même de tempérer : "Pour le moment, il n'y a pas matière à."