« Il disait que quoi qu’il arrive, je ne suis qu’un enfant de la Dass, donc personne ne me croirait ». C’est ce que rapporte la victime à la barre du palais de justice lorsqu’elle est interrogée sur les faits qu’elle dénonce et les menaces qui lui auraient été susurrées à l’oreille. Son bourreau, François G., comparaît depuis jeudi devant la cour d’assises du Gard, présidée par Maryline Aristide. Le quadragénaire est accusé d’avoir agressé sexuellement et violé sa belle-sœur, lorsque cette enfant, issue des foyers, habitait chez lui et sa compagne de l’époque.
Cette seconde journée a notamment été l’occasion de confronter les versions dissonantes de l’accusé et de la victime. « Il disait qu’il nous aimait toutes les deux, que ce n’était pas de sa faute », raconte la victime, aujourd’hui âgée d’une trentaine d’années. Décrivant ce qu’elle a vécu, elle ne parvient pas à refouler ses larmes. Scènes de caresses intimes, puis de pénétrations avec les doigts puis le sexe, la trentenaire peine à raconter l’horreur qu’elle soutient avoir subie. C’est par le biais d’un journal intime tenu à la période des faits que l’adolescente a pu se confier. « Il m’a violée (…), je faisais semblant de dormir », y a-t-elle écrit entre deux descriptions de journées festives à la piscine. Une nouvelle fois, elle est accusée d’avoir menti, voire d’avoir voulu créer des preuves a posteriori. « Moi aussi, je peux écrire n’importe quoi », rétorque l’accusé aux côtés de son avocat.
Pressions et menaces
Malgré l’apparente somnolence de l’enfant, l’accusé aurait poursuivi dans ses gestes jusqu’à ce qu’elle feigne de se réveiller en sursaut. Le tout, en lui chuchotant que si elle parlait, elle serait renvoyée au foyer. « Je faisais semblant de me réveiller d’un cauchemar », explique la victime, qui relate que l’homme retournait alors vaquer à ses occupations. « J’avais peur de sa réaction », dit-elle lorsqu’elle est interrogée sur son absence de réaction sur le moment. La jeune victime a donc subi en silence de ses 14 à ses 17 ans. Une horreur qui a pris fin lorsqu’elle a pris la décision de fuguer, plus tard, de porter plainte, en juillet 2011.
« C’est un tissu de mensonges et de vengeance », se défend le prévenu, debout face à la cour. Se décrivant comme un cadre structurant dans la vie de cette enfant « difficile », François G. réfute toutes les accusations portées à son encontre. Une nouvelle fois en salissant l’image de l’enfant qui l’a un jour considéré comme sa figure masculine de référence. « Vous ne la connaissez pas », dit l’homme avec amertume, en réponse à une question d’un assesseur sur les raisons de l’état de détresse affiché sur le visage de la trentenaire, installée derrière son conseil, un mouchoir humide en main.
9 ans, 18 ans après
« Elle n’est pas juste une victime, elle doit se défendre d’être une menteuse, une aguicheuse, une affabulatrice… », dit maître Hugo Ferri, avocat de la partie civile dans ce dossier, aux côtés de la victime, qu’il suit depuis 13 ans. Rejoignant son contradicteur, maître Jérôme Arnal, intervenant pour la défense de François G., a souligné que « c’est un dossier parole contre parole, mais les pleurs ne valent pas condamnation ». Témoin d’un dossier sans preuves, basé sur des vérités contradictoires. Insistant d’abord sur la longueur de la procédure, l’avocate générale lance à la cour : « Votre délibéré devra vous conduire à rendre symboliquement à la victime son adolescence. » Puis le couperet tombe : le ministère public requiert 8 ans à l’encontre de l’accusé, avec mandat de dépôt.
À l’issue d'un peu plus de deux heures de délibéré, le verdict est tombé. Prison immédiate. À la majorité des voix, la Cour a répondu favorablement à toutes les questions posées lors de ce procès de l’inceste. En conséquence, François G. a été déclaré coupable de l’intégralité des faits qui lui étaient reprochés et condamné à 9 ans d’emprisonnement ferme, avec mandat de dépôt. Un verdict sévère au vu de l’ancienneté des faits et du manque de preuves à son encontre. Arrivé libre le matin même, le quadragénaire, jusqu’ici dépourvu de casier judiciaire, a été escorté par les forces de l’ordre à la maison d’arrêt de Nîmes. Questionné sur un éventuel appel, maître Jérôme Arnal se dit y être favorable.