Publié il y a 1 h - Mise à jour le 11.04.2026 - François Desmeures - 3 min  - vu 62 fois

FAIT DU JOUR Ami de Picasso ou Miro, l'architecte du livre ILIAZD exposé au musée PAB

Françoise Nicol, commissaire de l'exposition "Iliazd, poète-architecte du livre"

- François Desmeures

C'est en 1921 qu'Ilia Zdanevitch, dit Iliazd, débarque à Paris de sa Géorgie natale. L'année de naissance de Pierre-André Benoît, ce qui n'explique pas la raison d'une exposition, au musée PAB, du maître du livre d'art. Mais les deux hommes ont creusé le même sillon, et ont même travaillé ensemble dans les années 60. Alors qu'aucune exposition n'avait plus été consacrée en France à l'artiste géorgien depuis 1978, le musée alésien expose une grande rétrospective de son travail jusqu'au 31 octobre. 

Françoise Nicol, commissaire de l'exposition "Iliazd, poète-architecte du livre" • François Desmeures

"Nous sommes, ici, un musée de bibliothèque. Le livre d'artiste est au cœur de notre propos." Conservatrice des musées d'Alès Agglo, Carole Hyza a voulu expliquer le choix d'une exposition consacrée à Ilia Zdanevitch, dit Iliazd, au musée PAB, sous le titre Iliazd, poète-architecte du livre. Une résolution qui n'a pas réellement besoin d'explication, tant le parcours qui relate l'œuvre de l'artiste géorgien trouve naturellement sa place dans le musée dévolu à Pierre-André Benoît. D'autant que les deux hommes se sont rencontrés et ont même travaillé ensemble à Paris, au début des années 60. "PAB n'a pas tout réalisé sur sa presse à Ribaute ou Rivières", sourit Carole Hyza.

L'exposition, dont la commissaire est Françoise Nicol, professeur émérite de l'université de Nantes, traverse, en neuf salles, la carrière du Géorgien né en 1894. Avec des couleurs de salle qui changent en fonction du thème. "Le rez-de-chaussée est fait pour se perdre, pour s'étonner", explique Françoise Nicol en entamant la visite à la découverte du "peut-être le plus grand typographe du XXᵉ siècle". Une qualification clinquante, que justifie la chercheuse : "Il existe une grande différence entre la réputation que lui attribuent les collectionneurs et la connaissance par le grand public. Il faut dire qu'il ne se mettait jamais en avant. Et qu'il n'a pas eu d'exposition consacrée uniquement à son œuvre de son vivant. C'est lui qui les compose à Paris."

François Desmeures

Caucasien, le jeune Ilia monte faire ses études en Russie, entre 1911 et 1917. Et il s'y fait connaître en déclamant "le manifeste du futuriste italien Marinetti dans les rues de Saint-Pétersbourg. Il est alors connu comme un poète", explique Françoise Nicol. En débarquant à Paris en 1921, il ajoute la corde de typographe à son arc de poète et "se met à composer des livres".

La salle des portraits d'Iliazd • François Desmeures

Dans ces années folles, il cherche le mouvement dadaïste et rencontre Picasso, avec lequel il va travailler. Ce qu'il fait également avec Giacometti, Miro, Matisse, Max Ernst ou Delaunay. "D'ailleurs, dans les expositions de Picasso ou Giacometti, il y a toujours un ou deux Iliazd". On passe ensuite de la salle dédiée aux portraits de l'artiste aux plans de masse architecturaux qu'il a réalisés à la façon d'un architecte. "Et même un travail d'archéologue, en reconstituant ce qui s'est effondré", s'enthousiasme Françoise Nicol. Une façon "d'aller chercher ce qui a disparu et d'y redonner vie".

Françoise Nicol devant les pages d'un livre composé par Iliazd et Picasso • François Desmeures

Comme dans ses dessins pour Chanel - Iliazd a même été directeur d'une usine de la marque et créé un métier à tisser le jersey - le poète-typographe utilise du papier millimétré pour ses dessins architecturaux. Puis, changement de décor dans la salle suivante, avec l'Iliazd poète, qui déclame du Zaoum, langage des futuristes russes. Une séquence à écouter.

Les plans de masse architecturaux ont enthousiasmé Iliazd à une époque • François Desmeures

Dans son travail de typographe, avec les Picasso et autres Miro ou Max Ernst, "l'idée n'est pas d'illustrer mais de composer des pages, nuance Françoise Nicol, avec une police de caractère, le Gill, plutôt dédié à l'affichage publicitaire brut. Mais sa spécificité est dans l'inter-lettrage." Avec Max Ernst, Iliazd redécouvre un astronome allemand tombé dans l'oubli, Ernst-Guillaume Tempel, et produit un superbe livre en français, italien et allemand, qui se présente comme un véritable manifeste. L'exposition permet d'en déployer toutes les pages sur les murs du musée. 

Le travail avec Miro • François Desmeures

Le travail avec Pierre-André-Benoît met un terme à l'exposition, avant une dernière pièce majeure, une plaque d'impression conservée en l'état, et surtout à l'endroit, pour conserver l'inter-lettare souhaité par Iliazd. Dont le travail d'artiste éclectique du XXe siècle - mais toujours autour du texte - est véritablement à (re)découvrir. Ce samedi matin, à 11h à la médiathèque, Françoise Nicol tient d'ailleurs une conférence sur Ilia Zdanevitch. Une bonne entrée en matière à l'exposition qui, au passage, évoluera partiellement après le 21 juillet, en raison de la durée d'exposition autorisée des œuvres.

Une partie du travail effectué en collaboration avec Pierre-André Benoît • François Desmeures

"Iliazd, poète-architecte du livre", au musée PAB, jusqu'au 31 octobre. Du 10 avril au 30 juin, et en octobre : ouvert de 14h à 18h. Fermé le lundi. Du 1er juillet au 30 septembre, de 10h à 13h et de 14h à 18h. Fermé le lundi. Plus d'informations ici

Une plaque du typographe Iliazd miraculeusement intacte • François Desmeures

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