L’émotion peine encore à retomber. Les Municipales 2026 ont rappelé avec force que la politique, c’est aussi - et surtout - une affaire d’émotion. Avec un scrutin ouvert et un résultat qui, jusqu’au bout, aura été incertain, l’émotion est d’autant plus grande. C’est ainsi qu’à 20 heures, ce dimanche, les larmes de Vincent Bouget et de ses proches ont coulé à l’annonce de la victoire. D’ordinaire réservé, le professeur d’histoire-géo de 49 ans a laissé échapper ses sentiments. a laissé transparaître son émotion. Sa mère, Nathalie, arrivée en hâte au Prolé après avoir tenu le bureau de vote de l’école Armand-Barbès, n’a pas retenu les siennes non plus : « Ça a été dur. On a tremblé face au niveau du RN ! Il me reste 20 ans à vivre, je n’ai pas envie que l’extrême droite arrive dans ma ville. »
La politique, un héritage familial
Sa femme, sa fille, sa sœur mais aussi ses ses deux neveux… Tous entouraient le désormais nouveau maire de Nîmes, dont l’élection officielle se tiendra ce vendredi au Palais des Congrès. L’épilogue d’une histoire politique dont les leçons peuvent être tirées aujourd’hui. Chez les Bouget, la politique, n’est pas seulement une activité : c'est un mode de vie. Les convictions communistes sont un héritage à faire fructifier. Au lendemain de la victoire, Vincent Bouget était sur le terrain. Pendant la campagne, il l’a promis : « pas d’élus coupés du quotidien. » Alors, après avoir rencontré les agents des ateliers, pour rassurer les fonctionnaires qui, ces 25 dernières années, avaient comme seul et unique patron Jean-Paul Fournier, le leader communiste a tout simplement marché en ville, au plus près des habitants.
Départ de la Petite Bourse, où le patron, Julien Roussel, fera partie de sa majorité au conseil municipal. Sur le chemin, les sourires s’affichent, les pouces se lèvent, les bises se claquent. « Félicitations, j’ai voté pour vous ! », lance une cliente du café. Près de l’Esplanade, une ancienne camarade de maternelle le félicite. Un passant ajoute : « J’ai pensé très fort à ton père dimanche soir… » Son père, Michel Bouget, employé des télécoms, est décédé brusquement en 2013 à l’âge de 63 ans. À quelques mètres, une jeune fille se lève de la table où elle était assise avec ses amis : « M. Bouget, vous ne vous rappelez sans doute plus de moi, mais vous avez été mon professeur à Philippe-Lamour ! » « Ah ! Ça fait longtemps ! Qu’est-ce que tu fais maintenant ? », répond-il. « Je travaille dans l’événementiel », dit-elle, sourire aux lèvres.
Une gauche unie
Vincent Bouget a fait de ses racines nîmoises un argument de campagne. Une manière de rassurer les électeurs, se distinguant par la même occasion de son rival RN, Julien Sanchez, ex-maire de Beaucaire et député européen qui, s’il vit à Nîmes, n’a pas la même histoire, sentimentale là aussi, avec la cité des Antonins. Remontant le boulevard Courbet, un jeune lui lance : « Bravo pour ce que vous avez fait, bravo pour l’union ! » C'est l'autre atout de Vincent Bouget : le rassemblement de pas moins de 10 partis politiques autour de lui. Une dynamique qui, à Nîmes, a étouffé la liste de La France insoumise, ne parvenant pas à atteindre la barre des 5 % malgré les bons résultats de Jean-Luc Mélenchon à la présidentielle.
Vincent Bouget est donc un élu implanté sur son territoire, rassembleur, parti tôt en campagne. D'ailleurs, rue Régale, il rencontre une membre du collectif Nîmes en commun qui porte depuis plus d'un an sa candidature : « Demain au cercle de l’avenir, nous offrons l’apéritif ! » Ces atouts ont très vite mis en difficulté la droite sortante, divisée autour de Franck Proust et Julien Pantier. Pourtant, tous ne sont pas d'accord avec le leader communiste. Dans le rue, une femme s'arrête. Elle s'appelle Nicolas, ancienne commerçante aux Halles : « Ici, on a la droite la plus bête du monde ! Mais M. Bouget, vous avez dit, le soir de votre victoire, que vous serez le maire des Nîmois. C'est faux. Votre score est de 40 %. La majorité des Nîmois a voté à droite… » Vincent Bouget écoute attentivement et répond : « C’est vrai. Mais pensez-vous que je ne vais pas m’occuper de votre quotidien parce que vous n’avez pas voté pour moi ? Je m’occuperai de tous les habitants sans sectarisme. Donc, je serai votre maire comme Jean-Paul Fournier a été le mien. »
Le facteur « chance » de Vincent Bouget
Ce n’est pas la première fois que les circonstances politiques jouent en faveur de Vincent Bouget. Ce facteur « chance » n’a pas été négligeable dans son ascension. Si le professeur a gravi lentement mais sûrement les échelons, il a aussi su profiter d’opportunités particulièrement favorables. En 2020, son concurrent écologiste, Daniel Richard - soutenu également par les socialistes et les insoumis - s’effondre après son alliance avec le candidat du centre, Yvan Lachaud. Les composantes de la gauche quittent la liste, les privant de toute représentation au conseil municipal pendant six ans. Un an plus tard, une nouvelle opportunité se présente : Vincent Bouget profite de la division de la droite et du centre sur le canton de Nîmes 3 pour battre Laurent Burgoa, par ailleurs sénateur. Le communiste est élu au département, franchissant ainsi une nouvelle étape dans sa carrière et consolidant son chemin vers la mairie.
Et maintenant?
Vincent Bouget aura donc rappelé qu’on n’est pas élu maire. On le devient. Et si la campagne municipale a été rude, le plus difficile reste à venir : mise en application de son programme, cohésion de la majorité, gouvernance de Nîmes Métropole… L’un des principaux enjeux sera sans doute de réconcilier les Nîmois avec la politique. Comme il le fait remarquer à juste titre devant Nicole : « Au-delà du résultat de mes adversaires, l’abstention fait que je suis peut-être encore moins le maire de tous les Nîmois… »