Tristesse et tension. C’est dans ambiance plus que morose que le procès de Mahfoud H. a débuté ce lundi 23 mars devant la cour d’assises du Gard, présidée par Christian Pasta. Dans la salle des pas perdus du tribunal judiciaire de Nîmes, nombreux sont les proches de Sihem à tenter d’accéder à la salle d’audience où la tragique nuit du 25 au 26 janvier 2023 va être analysée. Nuit à l’occasion de laquelle la jeune Sihem, à peine 18 ans, a perdu la vie entre les mains de Mahfoud H. Trois magistrats et huit jurés – quatre femmes et quatre hommes - auront donc à trancher sur cette terrible affaire qui a pris place entre les Salles-du-Gardon et La Grand'Combe.
En cette première journée d’audience, c’est la personnalité de Mahfoud H., qui est passée au crible. Installé dans le box des accusés, vêtu d’un jean troué et délavé et d’un sweat gris clair, l’homme aujourd’hui âgé de 42 ans toise un à un les différents acteurs de son procès lors de leurs prises de paroles respectives. Une posture allant dans le sens des différentes expertises menées sur l’accusé, dans le cadre de l’information judiciaire. Il est décrit par Adeline Paoli, experte psychologue, comme un homme au niveau intellectuel « normal » mais ayant des difficultés à gérer la frustration. Un élément qui ressort également des auditions du directeur de l’école primaire de l’accusé, qui le décrit comme « un enfant comme les autres, en quête d’affection, qui n’a jamais su supporter la frustration ».
« Une personnalité psychopathique »
« Si j’ai avoué, c’est juste pour rendre le corps à la famille », a confié le prévenu à l’experte psychologue. Pourtant, l’homme n’a avoué qu’une fois en garde à vue. Interrogée sur l’aide qu’il a apportée aux gendarmes dans la découverte du corps de la jeune majeure, la psychologue explique avoir douté de la sincérité de cette aide, faisant reposer l’annonce du lieu où se trouvait le corps comme une manière d’exercer un contrôle sur l’enquête. Contrôle que l’homme a tenté de mettre en œuvre face à la psychologue, mais aussi face au psychiatre, Laurent Layet. « C’est lui qui a mené l’entretien », explique-t-il, soulignant le fait que l’accusé dispose de capacités intellectuelles et cognitives normales.
L’homme de 42 ans ne présente pas non-plus de pathologiques psychiatriques. « S’il a transgressé un impératif, il l’a fait en toute connaissance de cause », explique l’expert psychiatre. Logique de transgression des normes établies, impulsivité, irritabilité, agressivité et irresponsabilité font partie des traits de caractères décrits par le psychiatre comme composant la « personnalité psychopathique » attribuée à Mahfoud H.
Relation amoureuse
ou faux enlèvement
Pour rappel, l’accusé reconnaît sa culpabilité dans la mort de la jeune adolescente, mais soutien que Sihem est amoureuse de lui au moment des faits. Il serait venu la chercher chez sa grand-mère pour qu’elle passe la nuit dans l’appartement qu’il occupe à Langlade, commune de La Grand’Combe. Ne partageant pas son sentiment amoureux et étant l’ex-mari de sa cousine, Mahfoud H. est alors opposé à ce que leur relation soit révélée au grand jour. La jeune femme aurait pourtant menacé de parler de leur lien à sa famille. Pris de panique, l’accusé lui aurait alors couvert la bouche, jusqu’à ce que la victime rende son dernier souffle.
Une autre version, portée notamment par les meilleures amies de Sihem, fait état d’un plan proposé par Mahfoud H. à sa victime. La jeune femme devait participer à la mise en scène d’un faux kidnapping, dans lequel elle jouerait la victime, ligotée, en échange de 10 000 €. Lors de ses auditions face aux enquêteurs, l’accusé parle d’une « histoire inventée de toute pièce ». C’est ce mobile que le reste des débats va tenter d’éclaircir.
Le procès va se poursuivre au moins jusqu’au mercredi 25 mars prochain. Demain, la parole sera donnée aux parties civiles, avant le tant attendu interrogatoire de Mahfoud H. sur les faits. Un moment redouté, mais nécessaire pour permettre à la famille et aux proches de la victime d’enfin faire leur deuil. Pour rappel, Mahfoud H. est jugé pour meurtre en récidive. Il risque la réclusion criminelle à perpétuité.
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