Dimanche soir, 20h. Au Prolé, fief historique de la gauche, l’ambiance est électrique. Des cris de joie et des drapeaux s’agitent : la soirée électorale prend des allures de fête populaire. Très vite, la foule entame une marche vers l’hôtel de ville comme un symbole de conquête collective. En tête de cortège, Vincent Bouget. Le nouveau maire de Nîmes vient de remporter la ville avec 41,01 % des suffrages. Une victoire construite sur un ancrage local et une union de la gauche réussie, sans dépendre de La France insoumise.
La vague RN n'emporte pas Nîmes et Alès
À 20h35, après un échange hors caméra avec le maire sortant Jean-Paul Fournier, Vincent Bouget apparaît au balcon de l’hôtel de ville, surplombant une place pleine à craquer. « Je me battrai pour chacun de vous, je serai le maire de toutes les Nîmoises et de tous les Nîmois », lance-t-il, acclamé par la foule. Tout l'enjeu est là : si sa victoire repose effectivement sur le rassemblement de la gauche, elle pose aussi question sur sa capacité à fédérer au-delà de son camp. Parce qu'à Nîmes, le RN résiste et s'impose désormais en principale force d'opposition au conseil municipal. En tête au premier tour, le candidat RN Julien Sanchez recueille au second tour 38 % des voix, à seulement trois points du vainqueur.
À droite, en revanche, la division a coûté cher. La liste menée par Franck Proust recueille péniblement 21% des voix. Force est de constater que certains de leurs électeurs sont partis vers Julien Sanchez, qui gagne huit points par rapport au premier tour. « La fusion n’a pas fonctionné, le duel a été installé dès dimanche dernier. Je n’ai pas réussi à imposer le trio. La succession (avec Jean-Paul Fournier, NDLR) aurait pu se passer autrement », réagit Franck Proust, premier adjoint sortant.
À Alès, une défaite… mais une victoire quand même
Même scénario en trompe-l’oeil à Alès. Le RN ne parvient pas non plus à l'emporter, mais il réalise toutefois une belle percée. Le candidat de droite, Christophe Rivenq, s’impose avec 55,54 % face au candidat RN, Anthony Bordarier. Contrairement à Nîmes, Christophe Rivenq a bénéficié du soutien sans ambigüité de son prédécesseur, l’historique Max Roustan.
Pour autant, la progression du parti de Marine Le Pen est spectaculaire. Le policier alésien Bordarier, dont personne n'avait entendu le nom il y a encore un mois, parvient à combler une partie de son retard entre les deux tours. Le député RN Pierre Meurin analyse fièrement : « On a pris 19 points entre les deux tours, on a éjecté la gauche, on a neuf élus au conseil municipal d’Alès et six élus au conseil communautaire. » À Alès aussi, le RN devient la première force d'opposition. Et la seule ! (La gauche s'étant retirée pour faire son "front républicain", NDLR). Un constat qui « pose question » à Christophe Rivenq : « J’ai bien entendu le message : je serai un maire attentif et présent. »
Deux communes supplémentaires dans l'escarcelle RN
À Bagnols-sur-Cèze, Pascale Bordes ne s’est probablement pas posée de questions. Largement en tête au premier tour, la députée RN l'a emporté facilement avec 52,89 %, éliminant le maire sortant Jean-Yves Chapelet. Une victoire nette pour cette native de Bagnols, avocate de profession implantée sur son territoire. La seule question que se pose Pascal Bordes aujourd’hui tourne autour de l'exécutif du Gard rhodanien présidé par l'élu sortant bagnolais Jean-Christian Rey, dont elle voudrait aussi avoir la tête. Ce sont ces mêmes questions qui traversent l'esprit du député RN, Nicolas Meizonnet. Vainqueur des municipales à Vauvert face au maire socialiste Jean Denat, le frontiste lorgne aussi sur la présidence de la Petite Camargue.
À l'arrivée, le RN progresse dans le Gard et remporte deux nouvelles municipalités supplémentaires. Le temps dira si, à cette liste, il faut ajouter d'autres intercommunalités comme la Communauté de communes Beaucaire Terre d’Argence, également ciblée par le RN.
Et après ?
À six mois des élections sénatoriales, quelles conséquences auront les municipales sur la couleur politique des trois sièges de sénateurs gardois ? Aujourd'hui, la gauche compte un élu socialiste, Denis Bouad, et deux parlementaires de droite, Vivette Lopez et Laurent Burgoa. En 2020, la liste RN conduite par Julien Sanchez finissait à la troisième place aux sénatoriales. Dans six mois, au vu des résultats d'hier soir, le Gard pourrait-il accoucher d'un sénateur RN ? Enfin, autre élection et pas des moindres : la présidentielle. Certains, à droite, appellent à une union entre Les Républicains et l'extrême-droite. D'autres, comme Laurent Burgoa, continuent de cultiver le cordon sanitaire en la droite dite républicaine et son extrême. Une chose est sûre, et on l’a encore vu hier soir à Nîmes, tant que la droite ne trouvera pas sa ligne, elle perdra. Vincent Bouget la salue bien.