Une longue inauguration à la hauteur des enjeux. Voilà comment on pourrait définir, ce mercredi matin, la fin des travaux du Vistre à Caissargues. Ces travaux de « revitalisation » sur 2,5 km ont consisté à élargir le cours d’eau et à allonger son tracé par des méandres. Coût de l’opération : 3,4 M€, dont 1 M€ financés par les mesures compensatoires de Nîmes métropole et d'Oc’Via, 1,5 M€ par l’Agence de l’eau et 535 000 € par l’EPTB (Établissement public territorial et bassin) Vistre-Vistrinque.
Les erreurs du passé
Directrice de l’Agence de l’eau Rhône Méditerranée Corse à Montpellier, Karine Bonacina rappelle les erreurs malheureuses du passé : « À la sortie de la Deuxième Guerre mondiale, les cours d’eau ont été mal entretenus. On pensait qu’avec des cours d’eau profonds, en ligne droite, l’eau descendrait plus vite vers la mer. » Loin d’éviter les inondations, cette canalisation de la rivière a accéléré les crues, tout en rendant la qualité de l’eau médiocre dans l'incapacité de développement de la faune et la flore des berges.
Long de 46 km, le Vistre est une rivière qui prend sa source à Bezouce, au nord-est de Nîmes. Le cours d’eau draine les massifs des Garrigues et le plateau des Costières avant de longer la plaine de la Vistrenque pour se jeter dans le canal du Rhône à Sète en Petite Camargue. Jusqu’aux années 80, le Vistre ressemblait donc à un canal aux berges rectilignes et profondes, ceinturées de merlons et de digues.
Un Vistre « revitalisé »
D’après la maire de Congénies et vice-présidente de l’EPTB, Fabienne Dhuisme, ces travaux sont assez innovants en France. Démarrée en 2020, l'opération a consisté à dessiner le tracé de la rivière plus sinueuse. Pour ce faire, 20 hectares de terre ont été acquises pour végétaliser la zone, forcément mieux irriguée. « Les enfants des écoles de Caissargues ont planté des arbres et favorisé le développement de la faune et la flore », indique le maire Olivier Fabregoul.
« Ce projet vise bien entendu à lutter contre le réchauffement climatique », souligne la préfète du Gard, Marie-Françoise Lecaillon, qui vient de prendre un nouvel arrêté sécheresse face au déficit de pluie. Selon l'étude "Eau et Climat 3.0" du Conseil départemental, le Gard connaîtra le climat de l’Andalousie en 2050 et en 2100 celui des oasis tunisiennes. Et le débit des cours d'eau devraient diminuer de 30 % d'ici 2050, le Rhône compris.
Avec ces méandres, l’eau stagnante a davantage le temps de pénétrer dans la nappe phréatique de la Vistrinque. Quant à ce nouvel îlot végétal, il va offrir un espace de fraîcheur, en cas de fortes chaleurs, près de la zone économique Euro 2000. « Cette opération permet d’équilibrer les choses entre développement économique et mesures compensatoires qui ne sont pas opposées », poursuit la haute fonctionnaire.
30 km de cours d’eau revitalisés d'ici 2030
Le 20 avril, le préfecture entend lancer l’Atelier des solutions avec les élus afin d’évoquer la problématique des mesures compensatoires. Quant à l’EPTB, l’établissement public continue sur sa lancée en revitalisant, d’ici 2030, 12 kilomètres de cours d’eau supplémentaires, arrivant à un total d’une trentaine de kilomètres.