Publié il y a 10 mois - Mise à jour le 24.08.2023 - Propos recueillis par Abdel Samari - 5 min  - vu 6831 fois

FAIT DU SOIR Aurélien Rousseau, ministre de la Santé : "Dans le Gard, les voies de la coopération sont possibles entre public et privé"

Aurélien Rousseau

Aurélien Rousseau, ministre de la Santé en interview

- Photo MaxPPP

Les services des urgences dans le Gard, la clinique Bonnefon à Alès, le CHU de Nîmes, le dispositif Ma santé, Ma Région ou encore sa commune de Saint-Hilaire-de-Brethmas, le ministre gardois de la Santé a répondu à nos questions.

Ce jeudi soir et demain, Aurélien Rousseau, ministre de la Santé et de la Prévention, sera dans le Gard, un territoire particulièrement touché par la vague de chaleur cette semaine. Le ministre ira donc à la rencontre de l’ensemble des personnels, élus et collectivités engagés depuis maintenant plusieurs jours pour protéger les populations. Il se rendra également auprès d’établissements de santé afin d’échanger sur l’organisation territoriale pour faire face à cet épisode caniculaire. Lors de ce déplacement, Aurélien Rousseau échangera enfin avec les acteurs locaux sur les états généraux de la santé d'Alès. Avant son arrivée, il a accordé une interview à Objectif Gard.

Objectif Gard : Les enjeux de santé dans le Gard sont nombreux comme partout en France. Ici, ce sont deux services d’urgence qui rencontrent de nombreuses difficultés depuis des mois : Bagnols et Alès. Les conséquences sont dramatiques, accentuées par le manque d’effort des établissements privés. Quelles sont vos solutions concrètes pour résorber ce problème très prégnant ?

Aurélien Rousseau : Je suis très attentif et engagé sur la situation des services d'urgence. À Bagnols/Cèze, particulièrement, la situation a été tendue et elle l'est encore. Vous le savez, c'est la disponibilité des ressources médicales qui est au cœur des enjeux. Vous ne m’entendrez pas stigmatiser les établissements de santé privé, qui sont au rendez-vous de l’accompagnement des malades partout en France. J'ai encore échangé récemment avec la direction du groupe Elsan (groupe auquel appartient la clinique) qui m’a annoncé qu'une nouvelle direction serait prochainement en place à la Clinique Bonnefon d'Alès. Pour moi, il est évident que les voies de la coopération sont possibles entre public et privé.

Justement, vous allez rencontrer le personnel médical et soignant de la clinique Bonnefon. Quel sera votre message ?

En effet, j'ai prévu de passer du temps lors de ma visite dans le Gard dans cet établissement alésien important. Rappelons que la Clinique Bonnefon a prêté main forte au centre hospitalier d'Alès à un moment donné. Alors oui, tout n'est pas parfait. Mais l'expérience qui est la mienne à l'occasion de la crise sanitaire m'a montré que l'on ne peut pas se regarder en chien de faïence. Il y a des endroits où il faut regarder précisément quel est le contexte et trouver les ressorts les plus efficace pour la prise en charge des malades, qui reste notre priorité à tous. Cette année, les situations ont été tendues mais dans les échanges réguliers que je peux avoir lors de mes déplacements, je constate la place privilégiée des ARS (Agence régionale de santé) pour trouver les bons dispositifs.

Aujourd’hui, le CHU de Nîmes est mobilisé pour tous les territoires du Gard. Il envoie notamment des médecins sur l’ensemble du département pour suppléer les carences. Est-ce l’une des voies envisagées : confier la gestion et le maillage du territoire santé au centre hospitalier universitaire ?

C'est la vocation en effet des centres hospitaliers universitaires depuis les ordonnances de 1958. Ce sont des hôpitaux de premier recours pour les habitants. En même temps, ils ont vocation à s'engager sur la recherche et l'enseignement. J'encourage donc bien évidemment toute coopération possible et nous n'avons pas besoin de loi pour cela : les consultations avancées et des conventions entre établissements peuvent répondre aux attentes du territoire de santé. Cette dynamique doit se développer dans toutes les territoires. En 2018, dans mon rapport consacré à Ma santé 2022, j'avais mis en évidence la demande forte de médecins et des praticiens hospitaliers de davantage de responsabilité populationnelle. Ainsi, sur un bassin de vie, on améliore la santé des habitants en posant les bases de coopération solidaire. Il en est de même pour des médecins qui souhaitent s'appuyer sur un CHU pour avoir accès à la recherche.

Vous savez mon attachement personnel à Saint-Hilaire de Brethmas.

Aurélien Rousseau, ministre de la Santé

À Saint-Hilaire-de-Brethmas, une commune que vous connaissez bien, le maire a opté pour un centre de santé en partenariat avec la région Occitanie dans le cadre du dispositif Ma région ma santé. Il est exclusivement dédié aux patients sans médecin traitant. Depuis, il ne désemplit pas. Allez-vous encourager la création de tels centres dans des communes périurbaines ?

Bien entendu, tout ce qui est dans la logique que je viens de vous expliquer, qui rencontre une réelle dynamique et pour lesquels tous les acteurs y compris les professionnels de santé sont engagés, il faut y aller ! Je sais que la Région Occitanie a même mis en place un dispositif de médecins salariés, une initiative très positive même si je rappelle, au surplus, que les crédits proviennent essentiellement de l'Assurance maladie et du remboursement des actes médicaux. On voit aussi dans d'autres régions de France, des projets de maisons médicales pluridisciplinaires. Nous sommes là encore dans une coopération, dans le développement d'un réseau au service de la population, souvent dans des milieux plus ruraux. Évidemment, ce sont des initiatives que je soutiens entièrement.

Malgré votre poste de directeur de cabinet de la Première ministre et aujourd'hui votre nomination en tant que ministre de la Santé et de la Prévention, vous n'avez pas démissionné de votre poste de conseiller municipal à Saint-Hilaire de Brethmas. Pourquoi ?

Vous savez mon attachement personnel à Saint-Hilaire de Brethmas. Je serais d'ailleurs de retour dans le village à l'occasion de l'inauguration de la nouvelle maison médicale avec la présidente de la Région Occitanie Carole Delga. Une maison médicale située à la place Eugène-Daufes, du nom de mon arrière-grand-père... J'ai aussi décidé de conserver mon mandat d'élu local parce que je suis impressionné par le dynamisme du maire, Jean-Michel Perret, qui est très engagé pour sa commune. Et en a fait un véritable démonstrateur de réussite de nombreuses politiques publiques. Les résultats sont là !

Aurélien Rousseau, le ministre de la Santé sur le perron de l'Élysée • Photo via MaxPPP

Dans le Gard, les besoins sont immenses en matière de médecine de ville. Mais aussi sur d’autres spécialités comme les dentistes, les ophtalmologues, etc. Les nouveaux arrivants n’ont aucune solution. On fait comment ?

Dans le Gard comme partout en France, l’objectif est de travailler à un exercice coordonné entre tous les professionnels de santé : médecins, infirmiers, pharmaciens… Notre objectif, fixé par le président de la République, est clair : il faut que chaque patient avec une maladie chronique et sans médecin traitant puisse être accompagné dans son parcours de soins par les services de l’Assurance maladie. Sur les spécialistes, nous travaillons à l’accès à des consultations avec des médecins qui viendraient des grandes métropoles, quelques jours par mois, pour renforcer la solidarité territoriale.

Que pensez-vous de la démarche des États Généraux de la santé enclenchée par Christophe Rivenq, le président d’Alès Agglomération ? De quoi peut-elle accoucher de manière très concrète ?

C’est une démarche très positive qui a été initiée sur le territoire par les élus. Cela témoigne de la capacité des acteurs à se réunir autour d’un objectif commun et autour des recherches de solutions adaptées. Partout, lors de mes déplacements, je me rends compte que les solutions pensées ensemble sont beaucoup plus efficaces pour la santé des Français. J’encourage ces initiatives interdisciplinaires et de terrain, et je sais pouvoir compter sur les Agences régionales de santé qui font du lien.

Propos recueillis par Abdel Samari

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