Santé
Publié il y a 9 mois - Mise à jour le 22.02.2022 - marie-meunier - 4 min  - vu 379 fois

ROCHEFORT-DU-GARD Souffrances au travail : un livre pour comprendre et faire face

Isabelle Bordat exerce comme psychothérapeute aux Angles. Après deux ans de travail d'écriture, elle a publié son premier livre "Souffrances au travail - Chroniques d'une tempête". (Marie Meunier / Objectif Gard)

Ce samedi 26 février, la Rochefortaise Isabelle Bordat, psychothérapeute de métier, présentera son premier livre "Souffrances au travail - Chroniques d'une tempête", sorti en ce mois de février 2022, au Clos des arts de Rochefort-du-Gard. Le rendez-vous est donné de 14h à 18h pour la séance de dédicaces. Deux temps de lecture sont prévus à 15h et à 16h30. 

Dans ce livre, on retrouve cinq récits romancés qui abordent des situations de souffrance dans le cadre professionnel, auxquelles s'ajoutent les effets des restrictions liées au covid-19. Parmi les personnages, on a une responsable d'agence, une cadre de santé, une ergothérapeute ou encore une surveillante pénitentiaire. Leur point commun ? Ils ont basculé dans ce qu'on appelle communément le burn-out.

À côté des récits, Isabelle Bordat explique divers aspects théoriques tels que dépression, épuisement professionnel, stress, anxiété, harcèlement moral, conflits de valeurs, perte de sens, crise suicidaire etc. Et surtout, elle donne des clés pour les identifier et tenter de les surmonter. Nous l'avons rencontrée quelques jours avant cette journée de présentation à Rochefort-du-Gard.

Objectif Gard : Vous dites que ce livre a été une belle expérience. Comment est née cette idée ? 

Isabelle Bordat : C'est un projet que j'avais en tête depuis longtemps. Antérieurement, j'étais directrice des soins de la clinique Bellerive à Villeneuve-lez-Avignon, où il y a une unité soin pour les soignants. J'ai animé un atelier une dizaine d'années autour du travail et du burn-out. J'avais tout ce matériel dans ma tête, j'avais envie d'en faire quelque chose. Je veux que les personnes comprennent que ça n'arrive pas à n'importe qui et pas n'importe comment. Mais on peut tous être impacté à un moment donné par la charge de travail.

Comment avez-vous construit votre livre ?

J'ai eu l'idée de travailler à partir d'ateliers d'écriture avec des personnes que je connaissais, des patients qui allaient bien et sont sortis de leurs difficultés. On a travaillé sur notre vécu, nos difficultés et en même temps, on a pris de la distance pour rendre le récit plus universel. Entre temps, le covid est arrivé. Mon éditeur m'a convaincue de l'intégrer dans le livre. Ça a rendu le travail encore plus intéressant. J'ai ensuite mené un travail solitaire pour tirer de chaque récit des pans théoriques. Je voulais montrer que ce n'est pas le travail qui fait souffrir, ce sont les circonstances qui se manifestent dans le cadre du travail qui peuvent causer une perturbation morale, psychique, familiale... Cela peut venir de notre personnalité, de l'engagement qu'on met dans le travail, d'un changement de collègue, de harcèlement...

On a l'impression que les personnages sont très différents. Mais leur point commun, c'est qu'ils ne font pas attention aux signes d'alerte, ils les occultent et à un moment donné, ils disent stop mais ils ont honte ou ils culpabilisent. Pourquoi ce schéma revient à chaque fois ?

Cela vient de l'éducation et de la personnalité. Nos personnages sont perfectionnistes, ils aiment bien aller jusqu'au bout des choses, ils sont très engagés. Pour eux, il ne faut pas faillir, il ne faut pas renoncer, pas trop s'écouter. Dans le livre, il y a par exemple le personnage d'un médecin de campagne, qui enchaînent les heures, les gardes, les déplacements... Mais c'est un peu en train de changer. Les médecins s'installent dans les maisons plurielles, ils se remplacent, ne finissent pas à 22h le soir.

Il y a quand même des profils, des personnalités plus susceptibles de tomber dans l'épuisement professionnel ?

Oui clairement. Après, sur les autres types de souffrances comme les conflits de valeurs, de personnes, ou le harcèlement, c'est différent.

Le burn-out, on en parle beaucoup en ce moment. Est-ce dû à notre manière de travailler qui a beaucoup changé ou est-ce que c'était là depuis un moment déjà, mais peu verbalisé ?

Il y a des gens qui se sont emparés du sujet de la souffrance au travail comme les syndicats. Mais plus sur le côté physique, d'améliorer les conditions, de donner les moyens de faire un travail de manière moins pénible. Ils ont peut-être moins travaillé au départ sur le côté psychologique.

Dans votre conclusion, vous parlez aussi d'un mouvement venu des États-Unis...

Je parle du mouvement qui se passe aux États-Unis "The Great resignation", une grande vague de démissions. On voit qu'en France, c'est en train d'arriver aussi. On sent que le rapport au travail est en train de changer. Peut-être plus, chez les jeunes générations. Ma génération était davantage animée par l'envie d'autonomie, de conquérir les métiers pas encore féminisés. Il y a eu un changement de braquet. La jeune génération travaille mais veut un métier avec lequel elle se sent en harmonie au niveau des valeurs, notamment sur l'écologie. Le travail reprend une place qui est plus équilibrée. Découvrir le monde, la vie de famille, la vie affective sont des composantes aussi importantes. C'est assez nouveau que des gens interrompent leurs études pour une année de césure à l'étranger.

Peut-être est-ce une nouvelle génération qui sera moins exposée à ces risques de burn-out justement ?

Je le pense d'une certaine manière et je l'espère. Mais c'est comme les Restos du coeur. Quand ça a ouvert, on a l'impression que ça ne durerait pas. Pourtant, cela fait plus de 35 ans que ça existe.

Pour ces personnes plus sujettes aux souffrances au travail, comment faire pour ne pas reproduire ce schéma-là et être heureux au travail ?

C'est la question de l'affirmation de soi. C'est la capacité à donner son point de vue ou une position sans juger la position de l'autre. Ça s'apprend, un peu comme la communication. Il y a des techniques : comment dire non, comment refuser une demande, comment la formuler... (...) Il faut avoir un temps de travail partagé. Un équilibre vie professionnelle et personnelle est indispensable et ne pas tomber dans la réussite à tout prix. Si ça génère un divorce ou de ne plus voir ses enfant, ça ne vaut pas la peine. Tous les métiers sont compatibles, c'est une question d'équilibre. Ce n'est pas pour rien que le droit à la déconnexion est inscrit dans la loi.

Quels conseils voulez-vous donner aux personnes qui sont dans ce type de situation ?

Il faut en parler, ne pas rester seul avec sa souffrance car ce sont des expériences collectives.

Propos recueillis par Marie Meunier

"Souffrances au travail - Chroniques d'une tempête" d'Isabelle Bordat avec la contribution de Laure Menegatti, d'Aurélie Seguin, de Patricia Albertini et Cécile Klein, aux éditions Marie B. Illustrations Dorian Pons. 

Marie Meunier

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