Publié il y a 1 an - Mise à jour le 08.03.2023 - Marie Meunier - 6 min  - vu 1066 fois

FAIT DU SOIR À Bagnols/Cèze, la Table solidaire de la MAS est ouverte à tous

table solidaire MAS bagnols

Du lundi au vendredi, le midi, la Table solidaire accueille une trentaine de couverts. 

- photo Marie Meunier

Tous les midis, du lundi au vendredi, la Maison des alternatives solidaires (MAS) ouvre sa Table solidaire. Absolument tout le monde peut y manger pour 3 ou 6€, selon ses moyens. Pendant encore quelques mois, le repas est servi à la Maison Chave jusqu'au déménagement de l'association à l'espace Paul-Ullmann prévu fin-mai, début-juin. Immersion le temps d'un midi.

Il est 11h30, l'agitation est déjà palpable à la MAS. Quelques personnes sont arrivées en avance pour aider Bénédicte, la cuisinière de la Table solidaire, pour les derniers préparatifs. Marie, Yvelise et Marjorie épluchent les patates "dans la bonne ambiance" tandis que la cheffe prépare la vinaigrette. "Au menu ce midi, c'est nem en entrée, lapin et pommes de terre en plat, avec flan coco en dessert", lance-t-elle.  

cuisine table solidaire MAS bagnols
Marie, Yvelise et Marjorie épluchent les patates avant que le repas soit servi.  • photo Marie Meunier

Cela fait un an et demi que Bénédicte est arrivée dans cette cuisine peu ordinaire. Après avoir travaillé en restauration traditionnelle, à son compte ou encore dans un snack, elle s'épanouit à la MAS : "C'est très enrichissant, j'exerce le métier que j'aime et en plus, je me sens utile", nous glisse-t-elle. Chaque midi, elle nourrit des personnes qui n'ont pas les moyens de manger à leur faim : "Je tiens à proposer de la viande tous les jours car la plupart ne peut pas se le permettre. C'est trop cher." Surtout en cette période où tous les prix augmentent. La cheffe achète la viande à la boucherie Miaille, juste à côté, dans la rue Crémieux. Pareil pour le pain, elle se fournit chez Diard.

bénédicte cheffe cuisinière table solidaire MAS bagnols
Bénédicte est cheffe-cuisinière de la Table solidaire de la MAS depuis un an et demi.  • photo Marie Meunier

Pour le reste, elle se sert dans les ramasses du lundi. Chaque début de semaine, les grandes surfaces Carrefour et Intermarché donnent leurs invendus à l'association (fruits, légumes...). Une grosse partie est revendue à l'épicerie solidaire de la MAS (voir encadré plus bas). Le reste est récupéré par Bénédicte pour la popote. "J'attends toujours de voir ce qu'on va me donner le lundi. C'est mon fil rouge de la semaine. Après, j'achète en fonction. Quand on me donne beaucoup, j'arrive à réaliser des menus à 0€", assure la cuisinière. Quand les entreprises et les collectivités des environs organisent des buffets et qu'il en reste beaucoup, elles n'hésitent pas à donner à la MAS. Les assiettes se garnissent alors de mets assez festifs comme du foie gras ou du saumon. 

5 642 repas servis à la Table solidaire en 2022

Bénédicte prend son service à 8h, mais elle reçoit un peu d'aide de la part de ses hôtes. En cuisine, chacun raconte un bout de sa vie : "Ça me permet de découvrir des personnes avec qui je n'aurais jamais cherché à échanger. Je n'aurais jamais pensé discuter quotidiennement avec quelqu'un qui fait la manche. Je parle aussi avec des mamies qui touchent une petite retraite, avec des anciennes femmes de commerçant qui n'ont pas cotisé et se retrouvent ici... On se rend vraiment compte des choses."

maison chave bagnols
Aujourd'hui, les locaux de la MAS sont installés dans la maison Chave. Au printemps, ils déménageront à l'espace Paul-Ullmann. • photo Marie Meunier

En 2022, 5 642 repas ont été servis à la Table solidaire. Soit une trentaine de couverts à chaque déjeuner. Autour des tablées, certains se retrouvent, d'autres font connaissance. Il y a des personnes avec peu de moyens, majoritairement des femmes, mais pas seulement. "Le but de la Table solidaire, c'est la mixité. C'est ouvert à tout le monde. Des fois, on voit des profs, des docteurs...", indique Adrien Gilbert, responsable de la Table et faisant partie des cinq salariés de la MAS. Quand l'association déménagera à l'espace Paul-Ullmann, l'équipe veut vraiment renforcer cette dimension-là. "On aura plus de place. On veut vraiment faire plus de mixité, et pourquoi pas proposer un restaurant alternatif. Actuellement, la table solidaire ressemble plus à une cantine", constate la présidente, Ghislaine Pages. Elle ajoute : "On imagine un endroit avec du mobilier neuf, en développant davantage les circuits courts. Il faut que les gens aient envie de manger-là à midi. On veut aussi trouver un vrai nom à la Table.

Il y a du changement dans l'air. L'enthousiasme d'avoir un espace plus grand, plus fonctionnel, sans étais pour soutenir le plafond qui menace de s'effondrer, se mêle aux inquiétudes de quitter ce quartier qui fait la jonction entre le centre-ancien et les Escanaux. Pas le choix, la Maison Chave doit être détruite dans le cadre de grands travaux urbains. La MAS va déménager sur l'avenue du Commando Vigan-Braquet. Un lieu plus excentré mais des navettes urbaines gratuites assureront une desserte régulière. "Aujourd'hui, j'en ai pour 5 minutes à pied. Ce sera beaucoup moins pratique...", regrette cette habitante d'une tour des Escanaux, qui préfère rester anonyme. Elle vient depuis des années à la Table solidaire : "Je n'ai pas beaucoup de moyens et je suis atteinte de diabète. Pouvoir manger chaud et équilibré le midi, c'est très appréciable." Elle est présente quatre midi par semaine, le maximum pour permettre une rotation. 

"Ce sont des petits bonheurs quotidiens que l'on prend. Et quand ils ne viennent pas, on les attend"

Pendant le déjeuner, elle nous raconte sa vie passée, son ancien métier dans le tourisme, tandis qu'Yvelise nous montre ses créations au crochet. À la table d'à côté, les rires fusent. Ceux d'habituées qui ont plaisir à se retrouver, laissant leurs soucis de côté. Au milieu de la pièce, "Phiphi" passe avec son charriot pour servir les assiettes, avant de se rasseoir à sa place. À la Table solidaire, chacun met la main à la patte. Même nous. Alors que nous étions en train d'interviewer une dame en train de prélaver les assiettes, Michèle nous tend un balai pour nettoyer la salle. 

Dans ce restaurant pas ordinaire, chacun met la main à la patte : préparation du repas, dressage des tables, service, vaisselle, balai... • photo Marie Meunier
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Du lundi au vendredi, le midi, la Table solidaire accueille une trentaine de couverts.  • photo Marie Meunier

Chaque midi, deux "accueillants" encadrent le bon déroulé du repas. Il s'agit d'encaisser, de vérifier les réservations mais également "de faire attention à ce que personne ne se retrouve isolé, de savoir gérer d'éventuels petits conflits ou de prendre en charge une personne envoyée à la dernière minute par une association ou le CCAS", liste la présidente, Ghislaine Pages. Il y a quelques jours, la Table solidaire a reçu une femme victime de violences conjugales : "Les garçons qui ont mangé avec elle ont été très prévenants et l'ont même raccompagnée chez elle ensuite. Ce sont des petits bonheurs quotidiens que l'on prend. Et quand ils ne viennent pas, on les attend", dit-elle avec un sourire. 

Une déambulation festive le 21 avril avant le déménagement

atelier peinture MAS bagnols
Ce mardi après-midi, c'était atelier peinture à la MAS. • photo Marie Meunier

À 14h, tout le monde a terminé de manger, la salle accueille alors divers ateliers : chorale le lundi, loisirs créatifs le mardi, écriture ou bricolage le jeudi ou encore gym douce le vendredi. Dans les futurs locaux, plus vastes, plusieurs ateliers pourront se tenir en même temps. En attendant, tous les mercredis sont dédiés à la création en groupe du spectacle "Ça déménage". En effet, pour marquer le coup du changement de lieu, la MAS organisera le 21 avril, à partir de 16h30 une grande déambulation dans Bagnols-sur-Cèze avec une fanfare, un concert et moult animations tout au long du parcours, préparées lors des ateliers de la MAS. Sur la place Mallet, trônera aussi l'installation "La forêt du souvenir", "comme une sorte de déménagement moral", décrit Adrien Gilbert. 

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Les incroyables créations au crochet d'Yvelise, une des accueillies de la Table solidaire. Ce panier de fruits et légumes plus vrai que nature a été installé dans l'épicerie solidaire.  • photo Marie Meunier

Comptant plus de treize ans d'existance, la MAS va en charrier des souvenirs jusqu'à ses nouveaux locaux. À l'origine, l'association a été créée par six associations fondatrices : l'Entraide protestante, Attac, Riposte, Peuples solidaires, Femmes solidaires et l'Ufal. De là, est né ce lieu pluriel, animé de rencontres, d'échanges, où chacun est accueilli sans distinction. "Il y a beaucoup de bénévoles d'horizons très différents. Il y aurait eu 1 000 raisons pour que ça explose. Mais je travaille dans le secteur associatif depuis 18 ans, et il y a ici une énergie qu'on ne retrouve nulle part ailleurs", assure le salarié en charge de la Table. D'ailleurs, la MAS a été récompensée du précieux agrément "Espace de vie sociale" délivré par la CAF du Gard. Aujourd'hui, le conseil d'administration compte 14 membres et la MAS cherche toujours des bénévoles. 

(*) Si vous avez envie de manger un midi à la Table solidaire de la MAS, il faut réserver par téléphone au 04 66 39 46 29. Le repas coûte 3 ou 6€ selon vos moyens. Plus d'informations en cliquant ici.

MAS bagnols Emmanuelle Acloque, responsable de l'épicerie solidaire
Emmanuelle Acloque, la responsable de l'épicerie solidaire. • photo Marie Meunier

À l'épicerie solidaire, les demandes augmentent

Dans une autre pièce de la Maison Chave, la MAS a installé son épicerie solidaire, qui est ouverte les mardis et mercredis matin. On dénombre soixante familles en file active. Que des personnes qui ont moins de 7€ par jour pour vivre. Chacune est reçue sur rendez-vous, une à la fois. "Au moins, on peut discuter de façon informelle. Parfois, il y a un bagage émotionnel qu'elles viennent déverser. D'autres préfèrent juste faire leurs courses", décrit Emmanuelle Acloque, responsable de l'épicerie solidaire. Elle voit de plus en plus de personnes seules en fin de parcours professionnel qui ne parviennent pas à retrouver un travail et qui traînent aussi des problèmes de santé : "Elles se trouvent dans un entre-deux avant la retraite, vivant du RSA, avec peu de lien social et peu de perspectives que les choses s'améliorent." Aller à l'épicerie est pour certaines un moyen de sortir de cette situation d'isolement. Emmanuelle les encourage aussi à aller à la Table solidaire et à suivre les ateliers. Sur les étagères, les produits sont vendus à 20% de leur prix réel en supermarché. "Le sucre normalement à 80 centimes le kilo, on le vend à 16 centimes", indique la responsable. Actuellement, l'épicerie fait face à d'importantes difficultés : "On est doublement impacté par l'inflation. Les prix d'achat ont augmenté sans qu'on le répercute sur les bénéficiaires, et le nombre de demandes de familles est en hausse aussi. C'est la première fois qu'on ouvre une liste d'attente. Depuis janvier, on a plus de demandes que de places disponibles", se désole-t-elle. L'épicerie solidaire fonctionne grâce à l'approvisionnement des grandes surfaces (Carrefour et Intermaché) qui donnent leurs invendus et avec une subvention pour acheter le reste. Depuis 2019, il existe aussi un partenariat avec Biocoop Bagnols qui fournit des produit à prix coûtants. 

Marie Meunier

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