Publié il y a 1 mois - Mise à jour le 22.04.2024 - Marie Meunier - 5 min  - vu 491 fois

FAIT DU JOUR Le para-dressage, la discipline qui a sauvé la cavalière Johanna Zilberstein

Johanna Zilberstein avec son cheval, Swari, aux écuries du Mas Long à Saint-Siffret. 

- photo Marie Meunier

À l'âge de 11 ans, Johanna Zilberstein a été touchée par une maladie de croissance. Sa cheville gauche a perdu quasiment toute sa mobilité. Mais la jeune femme n'a jamais arrêté de monter à cheval. Elle préparait les Jeux paralympiques en para-dressage, malheureusement son cheval s'est fait une entorse qui la contraint à tirer un trait sur Paris 2024. Mais la cavalière reste positive et se projette dans l'après.

"Il y a cinq ans, un orthopédiste m'a dit qu'il me restait trois années à marcher. Je suis toujours debout. Mais si un jour ça arrive j'en aurais bien profité", livre Johanna Zilberstein, avec un sourire. Malgré sa maladie, la Gardoise n'a jamais arrêté de monter à cheval. Elle a rebondi en se bâtissant une carrière de haut niveau en para-dressage. Elle a d'ailleurs raflé le titre de championne de France à deux reprises, en 2019 et 2021, sur le dos de Sir Swarovski, son cheval de cœur.

Elle avait même en ligne de mire les Jeux paralympiques de Paris 2024, jusqu'à ce que sa monture se fasse une entorse. Le rêve olympique est reporté à 2028 à Los Angeles. Malgré la déception, la cavalière installée dans le Gard depuis deux ans vivant aujourd'hui à Saint-Victor-des-Oules, reste tournée vers l'avenir. "On dit que l'important, ce n'est pas la destination mais le chemin", rapporte-t-elle.

Cheville sans mobilité et muscles atrophiés

Ce mental à toutes épreuves, Johanna Zilberstein l'a forgé dès l'enfance. Le 31 janvier 2006, elle se réveille en ne pouvant plus marcher et ne sentant plus sa jambe gauche. Elle a alors 11 ans. Elle tente de se lever pour prévenir ses parents, en vain. La jeune fille souffre de LODA (lésions ostéochondrales du dôme de l'astragale), une maladie qui touche les cartilages et les os "qui se guérit spontanément ou en opérant". Pour Johanna, les choses seront plus compliquées, elle ne peut être opérée à cause d'une lésion mal placée. Elle sera plâtrée deux mois, puis trois mois et encore un an et demi.

"Le problème d'avoir un plâtre à répétition, c'est que l'on perd en mobilité. Aujourd'hui, ma cheville gauche a perdu quasiment toute sa mobilité et en-dessous de mon genou, mes muscles sont atrophiés", témoigne-t-elle. La jeune fille très sportive qu'elle était est contrainte de renoncer à la danse, au saut en hauteur. Mais pas à l'équitation qu'elle pratique depuis l'âge de 9 ans. Johanna se hisse en selle avant même de pouvoir remarcher. Pendant des années, elle montera sans étriers à cause de sa cheville défaillante, ce qui lui conférera un équilibre et une assise hors-pair.

Au fil des années, la jeune femme se rend compte qu'elle ne guérit pas. Aux yeux de ses camarades de lycée, elle reste comme la "fille toujours en béquilles". "Je n'ai pas eu d'accident, je suis juste allée me coucher. Quand ça arrive de cette manière, on n'imagine pas que cela peut être grave", se dit-elle à l'époque. Et pourtant... Son état s'est encore dégradé en 2017, les difficultés au quotidien s'intensifient. Les escaliers deviennent une épreuve, la fatigue arrive plus rapidement. Johanna est alors obnubilée par ce qu'elle ne peut pas faire. Elle stoppe sa carrière de journaliste sportive spécialisée en équitation et passe de l'autre côté de la barrière. Le para-dressage et l'entame d'un parcours sportif à haut niveau vont lui redonner goût à la vie.

Deux titres de championne de France de para-dressage en 2019 et 2021

En mai 2019, Sir Swarovski, qu'elle surnomme affectueusement Swari, rentre dans sa vie. Lui qui était présenté comme un cheval dangereux -et malgré des débuts compliqués- a finalement offert à sa nouvelle propriétaire l'or au championnat de France de para-dressage la même année. Puis à nouveau en 2021. Johanna et Swari sont même un des premiers couples à évoluer aussi dans le circuit avec les valides. Ils se hisseront à la 12e place parmi la quarantaine de concurrents en championnat de France. "Avec ce cheval, on est fait du même bois, on se connaît par cœur. Il y a un lien indéfectible de réciprocité, de respect et d'amour", décrit la cavalière.

La saison passée a été en demi-teinte, la Gardoise a changé d'entraîneur. Mais en février, le couple revenait fort dans les carrières de dressage avec de très bonnes notes au-dessus de 70% à Saint-Rémy-de-Provence. Pour la première fois, Johanna sent que son cheval âgé maintenant de 16 ans est prêt. Malheureusement, celui-ci s'est blessé en mars dernier "au pire moment". Pour décrocher une des quatre places pour les Jeux paralympiques en para-dressage, il faut participer à un certain nombre d'internationaux avant. Le cheval n'aura pas assez récupéré pour atteindre le minimum requis, le rêve de Paris 2024 s'envole.

Objectif les Jeux de Los Angeles 2028

Le coup est dur mais Johanna veille à ce que son compagnon se remette comme il faut au sein des écuries du Mas long à Saint-Siffret. Les radios sont encourageantes. La cavalière a confié son autre cheval, Freedom, au couple de cavaliers Carlos et Isabelle Pinto près d'Aix-en-Provence : "Quand il sera bien préparé, il me rejoindra dans le Gard", explique Johanna, qui mise sur cette nouvelle monture pour prendre sa revanche aux Jeux de Los Angeles en 2028 et viser le championnat du monde de 2026.

Le haut-niveau charrie son lot de sacrifices. Johanna cumule un travail alimentaire tôt le matin et son activité de freelance, pour garder du temps l'après-midi pour s'occuper de son cheval. C'est aussi un gros investissement financier. Entre l'entretien des chevaux, le matériel équestre, les concours en eux-mêmes, le coaching, les soins vétérinaires, une saison à haut-niveau revient entre 50 000 et 60 000€, estime-t-elle. Elle recherche donc des sponsors dans la région d'Uzès "pour devenir acteurs de cette belle aventure et partager ce (qu'elle) vit avec Swari".

Pour cela, elle a créé l'association JSL para-dressage. Les fonds récoltés lui serviront à vivre sa carrière mais elle aimerait également promouvoir le para-dressage : "Sans tomber dans le mélo, cette discipline m'a sauvée au moment où j'étais au plus bas. Je rencontre souvent des personnes qui n'osent plus monter à cause de leur handicap, j'ai envie de les accompagner, que leur vie change positivement". Car comme l'a bien compris Johanna, ce n'est pas parce qu'on ne peut pas accomplir quelque chose d'une manière, qu'on ne peut pas y arriver différemment.

Vous pouvez contacter Johanna Zilberstein par mail sur : jslparadressage@gmail.com.

C'est quoi le para-dressage ?

Le para-dressage est une discipline équestre destinée aux cavaliers atteints de handicap et qui figure parmi les sports des Jeux paralympiques. Les cavaliers sont classés selon cinq grades, en fonction du degré de leur handicap. Le grade 1 est le plus fort degré de handicap, le 5, le plus léger. Johanna Zilberstein évolue en grade 5 dans la catégorie qu'elle juge "la plus exigeante". Avant, elle montait avec le pied attaché à l'étrier pour compenser sa quasi-absence de mobilité. Aujourd'hui, il existe des semelles de bottes aimantées qui vont se coller au plancher de l'étrier. Elle dispose aussi d'une longue cravache pour remplacer l'action de sa jambe. Comme en dressage classique, le cavalier et son cheval doivent dérouler une reprise avec plusieurs figures imposées. Le cavalier demande à son cheval d'aller aux trois allures, de tourner et d'effectuer des figures grâce à ses mains, ses jambes, son bassin... Le tout doit être le plus fluide et discret possible. En para-dressage, il y a deux reprises imposées où seule la technique est évaluée par les juges, puis une reprise libre en musique, avec une dimension plus artistique et des figures facultatives pour marquer davantage de points.

Marie Meunier

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