Publié il y a 1 h - Mise à jour le 28.05.2026 - Propos recueillis par Abdel Samari - 4 min  - vu 461 fois

L'INTERVIEW Yannick Liron sort du silence : « J’ai eu l’impression d’être dans un tribunal »

Yannick Liron, président de l'Association NO

- Photo Noémie Méger

Réélu président de l’association Nîmes Olympique malgré les critiques et les divisions internes, Yannick Liron évoque les tensions autour de la gouvernance du club et promet « des décisions » pour l’avenir.

Réélu président de l’association Nîmes Olympique après une réunion particulièrement tendue mardi soir, Yannick Liron revient longuement sur les fractures internes du club, sa démission avortée, les critiques visant sa gouvernance et l’avenir des relations avec la SAS.

Objectif Gard : Vous avez vécu une soirée très agitée. Dans quel état d’esprit étiez-vous en arrivant devant le conseil d’administration ? Et comment avez-vous vécu cette réélection ?

Yannick Liron : Honnêtement, moralement, j’étais très touché. Je suis arrivé devant le conseil d’administration avec le sentiment d’avoir besoin de m’expliquer. Ces derniers jours, j’ai eu l’impression que tout ce qui avait été fait cette saison était remis en cause, parfois de manière extrêmement brutale. Pas seulement certaines décisions précises, mais quasiment l’ensemble du travail accompli. Je suis venu pour expliquer pourquoi j’avais présenté ma démission. Je voulais que les gens comprennent ce qui m’avait poussé à cette décision. Et je vais être honnête : pour la première fois depuis que je suis engagé au club, j’ai pensé à moi avant de penser au Nîmes Olympique. Parce qu’humainement, ça devenait très lourd. Quand vous avez le sentiment d’être constamment attaqué, d’être devenu la cible, forcément ça vous atteint. À certains moments de la soirée, j’ai même eu l’impression d’être dans un tribunal. J’ai dit aux membres du conseil : “Je suis là, posez-moi toutes les questions que vous voulez.” Je n’ai jamais fui mes responsabilités. Et malgré tout ça, le conseil d’administration m’a renouvelé sa confiance. Donc forcément, ça touche. Mais je tiens à le dire très clairement : je ne considère pas cette réélection comme une victoire personnelle. Je suis surtout triste de voir le club traverser ce genre de tensions internes.

Vous avez senti une fracture au sein même de votre comité ?

Oui, clairement. J’ai senti depuis plusieurs semaines qu’une partie des personnes avec lesquelles je travaillais n'était plus du tout dans la même logique que moi. Certaines critiques étaient politiques, d’autres plus personnelles. Et puis il y avait aussi beaucoup de non-dits. Moi, ce qui m’a blessé, c’est de voir que des décisions votées plusieurs fois collectivement pouvaient ensuite être présentées comme des erreurs uniquement parce que le contexte avait changé. Les budgets ont été votés. Les orientations sportives ont été votées. Beaucoup de choses ont été validées collectivement. À un moment donné, soit on assume ensemble, soit on dit les choses plus tôt. Mais on ne peut pas refaire l’histoire après coup.

Vous avez le sentiment d’avoir été trahi ?

Oui, forcément. Quand des gens que vous considérez comme des proches ou des amis vous tournent le dos dans certains moments, ça marque profondément. Ça fait réfléchir aussi sur la nature humaine. Aujourd’hui, cette séquence m’a permis de voir beaucoup plus clairement certaines positions et certains rapports de force dans le club. Mais malgré ça, je ne suis pas dans une logique de revanche. Moi, mon objectif maintenant, c’est de calmer le jeu et de recréer du dialogue. Parce qu’il faut être lucide : les problématiques de fond ne sont pas réglées.

Les relations avec la SAS et certains dirigeants ont été au cœur des débats. Craignez-vous désormais une rupture ?

Non, justement. Je pense même que ce serait catastrophique pour le club. Le Nîmes Olympique n’a aucun intérêt à entrer dans une guerre permanente entre l’association et la SAS. Bien sûr qu’il y a eu des désaccords, des tensions, des incompréhensions. Mais aujourd’hui, la priorité doit être de continuer à travailler ensemble. Sinon, on fragilise encore davantage un club qui sort déjà d’une période extrêmement compliquée économiquement et sportivement. Moi, depuis le début, j’ai toujours défendu l’idée qu’il fallait avancer collectivement et dans la concertation.

Beaucoup de débats ont porté sur la gouvernance et la transparence… Comprenez-vous ces critiques ?

Je peux entendre qu’il y ait eu des ressentis chez certaines personnes. Et probablement qu’on doit progresser sur la communication et la pédagogie. Mais je refuse qu’on laisse penser qu’il y aurait eu une gestion opaque. Les budgets ont été présentés. Les comptes sont contrôlés. Les commissaires aux comptes sont là pour vérifier les procédures. Tout n’a pas été improvisé dans un coin de table. Après, oui, on a vécu une saison de sauvetage. Tout est allé très vite. Peut-être qu’à certains moments, on a été tellement concentrés sur l’urgence sportive et structurelle qu’on a délaissé un peu la forme. Je peux l’entendre. Mais il faut aussi remettre les choses dans leur contexte.

Vous semblez très affecté personnellement par cette crise…

Oui, parce que je suis quelqu’un d’entier. Quand je m’engage, je le fais sincèrement. Et peut-être même parfois trop sincèrement. Je ne vais pas le cacher : cette période m’a profondément atteint. Je suis en plein doute sur beaucoup de choses. Mais en même temps, le vote de mardi m’a aussi montré qu’il y avait encore des gens qui me faisaient confiance et qui croyaient en ma sincérité. C’est ce qui me donne la force de continuer aujourd’hui.

Quelle est votre priorité pour les prochaines semaines ?

Retrouver de la sérénité et remettre tout le monde autour de la table. Il faut expliquer clairement les projets, les orientations, les décisions. Les bénévoles, les éducateurs, les familles, les supporters… tout le monde a besoin de stabilité et de transparence. Et puis il faudra aussi prendre certaines décisions importantes pour l’avenir du club. Mais elles devront être prises dans le dialogue. Moi, je veux avancer dans l’intérêt du Nîmes Olympique. C’est la seule chose qui compte vraiment.

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Propos recueillis par Abdel Samari

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