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FAIT DU JOUR. 3 octobre 1988 : Nîmes se souvient de l’épisode le plus sombre de son histoire

D.RGeorges Mathon
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Inondation 3 octobre 1988. D.R/Georges Mathon

La fin du monde… Ce 3 octobre 1988, Nîmes et ses habitants sont engloutis dans les eaux des pluies diluviennes qui se sont abattues sur la ville en quelques heures. Pour Objectifgard, les Nîmois reviennent sur l'épisode le plus sombre de leur histoire.

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Trois octobre 1988. Le président François Mitterrand se rend d'urgence à Nîmes, qui vient de connaitre l'épisode le plus sombre de son histoire. Dans la nuit de mercredi à jeudi, un orage d'une intensité extraordinaire s'est immobilisé sur les hauteurs de la petite Rome française. Un torrent de pluie submergea alors la ville en quelques heures.

Sinistrés. Un traumatisme pour les habitants qui gardent en mémoire ce "jeudi noir". D'une puissance extrême, les précipitations atteignent les 420 mm au Mas de Ponge, près des hauts-de-Nîmes et au sommet des bassins versants des Cadereaux. Une valeur équivalente à plus de la moitié de ce qui tombe en moyenne, en un an, sur Nîmes.

A midi, alors que le rideau d'eau tire sa révérence, les habitants découvrent un paysage apocalyptique. Du cauchemar à la réalité : des Renaud 5 décorent tristement les arbres, les trottoirs sont défoncés par la puissance de ce liquide opaque où se mêle eau et boue...  Tandis que les commerçants et particuliers pleurent la perte de leur biens. Au total : 30 km de canalisation sont détruits, 3000 appartements endommagés et 450 entreprises sinistrées.

Du côté des vicitimes, neuf personnes ont perdu la vie. Quelques jours plus tard, deux sauveteurs périssent dans un accident d'hélicoptère, à la suite d'une opération de sauvetage. "Cette ville a eu un malheur", déclare avec gravité le chef de l'état aux côtés du député-maire de l'époque, Jean Bousquet. Au lendemain de la catastrophe, le désespoir des habitants laisse très vite place à la détermination : celle de remettre sur pied leur maison, leur quartier, leur cité.

200 millions. Depuis ce jour, près de 200 millions ont été investis par la ville, l'état et les autres collectivités. Si la maitrise des éléments climatiques ne fait toujours pas partie des compétences des pouvoirs politiques, ces derniers tendent à réduire leur impact. La ville de Nîmes compte aujourd'hui une vingtaine de bassins de rétentions d'eau, en amont et en aval, capables de retenir 2 millions de mètres cubes. Prochainement, la création du bassin des Antiquailles doit doubler cette capacité de rétention.

Cet après-midi à 16h, une cérémonie de commémoration se tiendra au Square Antonin, suivi d'un dépôt de gerbe aux Jardins de la Fontaine. Un devoir de mémoire nécessaire, une union politique solennelle, et une prise de conscience absolue… La ville et ses alentours n'étant pas à l'abri d'une nouvelle tragédie.

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Les Nîmois se souviennent de ce jeudi 3 octobre 1988... 

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Deny Jean, président du comité d'intérêt de quartier du Puech du Teil : "Je m'en rappelle très bien. A l'époque, j'étais en 3ème au collège Jules Verne. Enervé, le directeur qui voulait masquer son inquiètude, nous a renvoyé chez nous. Mes parents avaient une fabrique de dragées dans le centre-ville. En début d'après-midi, nous sommes descendus, bravant torrents et routes inondées pour constater les dégâts dans le magasin et la fabrique. Mon père a alors mis ses mains sur la tête en criant que nous étions ruinés"

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Henry Brin, vice-président de la CMA (Chambre de Métiers et des Artisans): "J'étais à Codognan lorsque ça s'est passé. Je m'occupais du réseau électrique d'une carrosserie industrielle. En deux heures, l'eau est montée de rien à 1 mètre 60. Le gros nuage noir au-dessus de Nîmes était impressionnant. Nous sommes partis nous mettre à l'abris, puis nous avons aidé quelques collègues… C'est là que nous nous sommes rendus compte que beaucoup n'étaient pas assurés. Si Nîmes a été touchée, beaucoup de villages aux alentours aussi comme Le Cailar, Sommières, Codognan… il ne faut pas les oublier".

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D.R/T.D

Ghislaine Glad, chargée de communication DDSP : "Le 3 octobre était mon premier jour dans la police de Nîmes. Arriavnt d'Alès, je n'ai pas pu me rendre à mon travail. Le portable n'existait pas à l'époque pour prévenir… Tout était inondé, impossible de traverser la RN106 ou le Chemin du paratonnerre. Là, on ressent une grande angoisse à plusieurs niveaux : d'abord celle de ne pas pourvoir se rendre sur les lieux de son travail. Je me disais "qu'est-ce que ma hiérarchie va penser de moi". Et puis, celle aussi de ne pas pouvoir aider comme on le devrait… Mais si je devais retenir une chose, c'est l'incroyable élan de solidarité qui a suivi pour remettre sur pied la ville".

D.R/N.
D.R/N.B

François Quinto, ancien résident du quartier Richelieu : "C'est très douloureux d'évoquer avec vous cet épisode ! J'étais dans ma baignoire, lorsque ma porte a cédé et que l'eau a envahi mon appartement. J'ai pris mes deux chiens et je suis parti chez mon voisin. J'ai tout perdu… Sur le moment je n'y croyais pas : je plaisantais même en comptant les voitures qui passaient devant la fenêtre. Heureusement, j'ai été rapidement indemnisé par l'assurance. Il faut dire que le président Mitterrand avait mis la pression.
Ce que je retiens aussi de cette tragédie, c'est l'incroyable solidarité des gens. Ils venaient de partout pour nous apporter leur soutien, des mamans faisaient des gâteaux, on nous apportait un petit quelque chose... C'était merveilleux ".

Photo DR/S.Ma
Photo DR/S.Ma

Brigitte, propriétaire de l'ancien café Le Viaduc, avenue du Général-Leclerc à Nîmes : "Ça a commencé à 8 heures du matin, mais honnêtement on n'imaginait pas ce qui allait se passer. Une heure après, l'eau commençait à monter, alors avec les clients, nous nous sommes réfugiés en haut d'un escalier de l'immeuble. Nous avons attendu jusqu'à 17 heures, accueillis au premier étage par un voisin, avant de constater les dégâts. L'eau qui était montée jusqu'à 1m50 de haut avait tout dévasté. Heureusement, avant de monter à l'étage, j'avais fermé les grilles du café, aucun appareil ne s'est retrouvé dans la rue. Une fois que le déluge était passé, il a fallu se trousser les manches. Mais je me disais que ce n'était que mon commerce, que moi contrairement à d'autres, j'allais pouvoir rentrer le soir chez moi, les pieds au sec. Et puis, des gens sont venus m'aider, il y a eu un véritable élan de solidarité."

Coralie MOLLARET

Coralie Mollaret

Journaliste Reporter d'Images pendant un an à Marseille, j'ai traversé le Rhône voilà quelques années pour vous informer en temps réel sur l'actualité Gardoise…

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