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REDESSAN Humidité, amiante, eau contaminée : le calvaire de la famille El Fadli

A gauche Fatima El Fadli avec sa mère Haddoume. Photo Tony Duret / Objectif Gard
A gauche Fatima El Fadli avec sa mère Haddoume. Photo Tony Duret / Objectif Gard

Une maison de plain pied d’une soixantaine de mètres carrés nichée dans la campagne de Redessan. L’endroit pourrait presque être idyllique pour la famille El Fadli. Seulement, depuis de nombreuses années, Haddoume et ses filles vivent dans des conditions terribles. Fatima liste les défauts : « En septembre, un agent de l’Agence Régionale de Santé (ARS) est venu à la maison et il a été stupéfait. Une analyse de l’eau a montré qu’elle est impropre à la consommation. Ca fait trente ans qu’on en boit ! Et je ne vous parle pas de l’amiante, la maison en est truffée. On a la totale ! ». Pour accéder aux toilettes de la maison, la famille doit ressortir du logement et traverser une partie du jardin : « Vous avez vu la toiture ?, désigne Fatima. Elle menace de s’effondrer à tout moment. Quand il y a du vent, on préfère utiliser des bassines plutôt que de se risquer à aller aux toilettes ». Pour faire la vaisselle, ce n’est pas beaucoup plus pratique : « On n’a pas d’eau chaude dans la cuisine. Imaginez en plein hiver quand on doit faire la vaisselle. J’ai les mains bleutées à cause du froid ». La liste est longue : murs décrépits, fils électriques qui pendent et qui ne semblent pas respecter les règles de sécurité, chambre sans fenêtre et, quand il y en a, elles sont mal isolées… « C’est une honte, s’indigne Fatima. Déjà, quand j’étais petite, je n’ai jamais invité une seule copine à venir à la maison. Et puis, quand on découvre les rapports de l’ARS, comment ne pas s’interroger sur les maladies qui ont touché mes parents ? Mon père est décédé d’un cancer et ma mère vient de survivre à un cancer du sein ».

La facade de la maison de la famille El Fadli. Photo Tony Duret / Objectif Gard
La facade de la maison de la famille El Fadli. Photo Tony Duret / Objectif Gard

Le cas de la famille El Fadli n’est hélas pas isolé. A deux pas de leur maison vit Emmanuel Thomas, un septuagénaire souriant et polyglotte. Quand il ouvre la porte de son habitation, une forte odeur se dégage. Difficile de tenir plus de trente secondes à l’intérieur. Comme chez ses voisines, le plafond est en mille morceaux à certains endroits : « C’est de la faute des rats », explique Emmanuel qui a l’air de s’être accommodé de vivre à côté des rongeurs. Madani Marzuk, président de la Confédération Nationale du Logement du Gard, présent lors de notre reportage, est atteré. Il promet d’apporter toute son aide : « Les locataires ont des droits. Je vais faire en sorte qu’ils soient relogés rapidement. Mais nous allons aussi poursuivre juridiquement ».

Les fils électriques pendent et inquietent la famille. Photo Tony Duret / Objectif gard
Les fils électriques pendent et inquietent la famille. Photo Tony Duret / Objectif gard

Pour ce qui est du relogement, la famille El Fadli remue ciel et terre depuis des années. « En 1996, on a déjà fait une demande pour un logement social auprès de l’ancienne mairie. On n’y a pas eu le droit, regrette Fatima. En juin dernier, il y avait 21 logements sociaux disponibles à Redessan. Là encore, ça nous est passé sous le nez ». Le maire de Redessan, Fabienne Richard, élue en mars dernier, semble impuissante devant la situation de cette famille : « J’ai défendu personnellement le dossier mais leur situation ne remplissait pas les critères d’admission ! On est conscient de l’insalubrité mais il n’y a plus de logements sociaux disponibles à Redessan. Dans l'immédiat, je vais prendre rendez-vous avec la propriétaire pour lui demander de faire des travaux  ».

La salle de bain d'Emmanuel Thomas. Photo Tony Duret / Objectif Gard
La salle de bain d'Emmanuel Thomas. Photo Tony Duret / Objectif Gard

Contactée par téléphone, la propriétaire des deux habitations insalubres se défend : « Mme El Fadli vous a-t-elle dit qu’elle avait obtenu un logement social à Nîmes ? Elle y est restée deux-trois ans avant de revenir à Redessan. Pourquoi est-elle revenue si elle ne sent pas bien ici ? D’ailleurs, vous avez déjà vu un locataire quitter un logement sans en aviser le propriétaire ? Mais je ne peux pas vous en dire plus, il y a une procédure en cours depuis juin 2012 pour reprise familiale ». En attendant la décision de justice, la famille El Fadli supporte son calvaire comme elle peut et continue de payer son loyer de 178€ par mois.

Tony Duret

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Tony Duret

Tony Duret, journaliste à Objectif Gard depuis juin 2012.

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3 réactions sur “REDESSAN Humidité, amiante, eau contaminée : le calvaire de la famille El Fadli”

  1. Bonjour,

    Et dire qu’il existe encore des « propriétaires »avec si peu de scrupules, des marchands de sommeil avares d’argent et se souciant pas mal de l’être humain!
    Dire qu’aujourd’hui des gens arrivent à aller sur la lune et on n’est pas capable de trouver un logement décent à des gens!!!

    Honte à tous les respnsables de ces situations dramatiques
    .

  2. Honte à ces propriétaires !! comment en 2014 peut il y avoir des logements comme tels !!! Triste à dire, mais c’est toujours la loi du plus fort…
    Boire une eau insalubre tant d’années !!! Pas étonnant qu’il y ait eu des maladies !!
    Aller vivre dans un quartier à Nîmes alors qu’on a vécu tant d’années dans un village, c’est impossible !!!!
    Il faut de l’aide à ces pauvres gens, bravo le système !!!

  3. Connaissant bien la famille El Fadli, cela fait des années que leur combat est sans relâche, et je trouve cela honteux, le mot est TRES faible pour décrire ce qu’elles vivent au quotidien. La mairie de Redessan et même les aides sociales, n’ont pas honte de se regarder dans une glace le matin et de se dire que ses personnes sont empoisonnés par leur mode de vie, et qu’elles sont aucune aide car pour eux cela ne rentre pas dans leur critère…!!!!!!! MAIS ON EST OU, ou est passé la solidarité et la fraternité de la FRANCE?????. Je veux même pas rentrer dans un débat, mais la pour moi c’est la discrimination pure et dure. Honte a cette propriétaire qui se croit au dessus de tout de négliger un habitat juste pour ne pas venir en aide. En espérant que l’organisme qui s’occupe de cette démarche fasse en sorte, qu’elles fassent justice. on ne peut pas laisser passer ce genre de cas, surtout pour des personnes honnêtes et sans problème qui sont la famille EL FADLI. Cela me touche, car avoir une maladie et perdre quelqu’un de chère car la propriétaire n’a pas fait la part de son règlement. pour moi le mot « personne, être humain », ne devrait pas être attribué a ce genre de phénomène. JUSTICE doit être faite.

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