A la uneActualitésPolitique

FAIT DU JOUR Jean Denat : « Le Parti Socialiste est à la croisée des chemins »

Jean Denat (Photo : Thierry Allard / Objectif Gard)
 Jean Denat (Photo : Thierry Allard / Objectif Gard)
Jean Denat, premier fédéral du PS du Gard et proche de l'ex-Premier ministre Manuel Valls. (Photo : Thierry Allard)

À un mois des Législatives, le patron du PS 30 expose clairement le choix qui s’offre aux socialistes : rejoindre les rangs de l’opposition avec les Insoumis ou peser sur le quinquennat Macron, à travers une coalition. 

La Présidentielle 2017, a été marquée par l’éviction du candidat PS au premier tour. Comment expliquez-vous l’effondrement de Benoît Hamon? 

Jean Denat : On a installé deux choses dans l’opinion. D’abord, il fallait à tout prix éviter un second tour Le Pen-Fillon. Ensuite, à la fin de la campagne du premier tour, les médias ont fait savoir que Benoît Hamon n’était pas en mesure d’être présent au second… Sa candidature perdait alors de son utilité. La fuite de l’électorat socialiste s’est faite en majorité vers Emmanuel Macron. J’ai lu que ça représentait 42% en France contre 29% pour Jean-Luc Mélenchon ! Dans le Gard, la proportion est peut-être inférieure. Mais pas sûr.

Les thèmes de campagne de Benoît Hamon, comme celui des perturbateurs endocriniens, n’étaient pas très attractifs… 

C’est vrai, sa campagne est apparue rapidement décalée. En raison des affaires, des jugements portés par des personnalités, cette Présidentielle n’a pas permis d’aller au fond des problèmes des Français. Alors que fallait-il faire ? S’adapter à son environnement en abandonnant l’essentiel pour l’accessoire ? Hamon, lui, a présenté son projet. Sauf qu’à ce moment-là, il n’était pas audible par les électeurs.

« Le PS d’Épinay est mort ! »

Eparpillé entre Macron et Mélenchon… Le PS n’est-il tout simplement pas mort aujourd’hui ?

Le PS d’Épinay est mort ! Celui où deux lignes (social-démocrate et gauche plus radicale, NDLR) coexistaient. Aujourd’hui, ce n’est plus possible. La fracture est trop importante. On est sorti d’un monde bipolaire où il y avait d’un côté le PS et ses alliés, et de l’autre, Les Républicains. Pour la première fois dans la Ve République, le second tour de la Présidentielle a fait s’affronter deux candidats qui ne sont ni de droite, ni de gauche. On est dans une phase de décomposition politique et de recomposition politique.

Cette « recomposition » chamboule les Législatives. Quelle est votre stratégie ?

Le Parti Socialiste est à la croisée des chemins. Les socialistes peuvent s’installer dans l’opposition systématique, aux côtés de la France Insoumise... Ou, ils peuvent choisir de participer à une majorité pour faire en sorte qu’elle soit marquée par la présence des socialistes et que le projet d’Emmanuel Macron en soit infléchi.

Quelle est votre position ?

Dans cette majorité qui se cherche, le Parti Socialiste a la possibilité d’occuper une place centrale. Pour moi, le PS n’a pas vocation à être Mélenchoniste, ni Macroniste. Le Président Macron a été élu avec les voix des socialistes. Pour autant, nous ne lui avons pas donné un chèque en blanc. Moi, il y a plusieurs choses qui ne me plaisent pas dans son programme, comme sa réforme du code du travail ou le recours aux ordonnances…  En même temps, avec un Front National à 11 millions d’électeurs, nous devons miser sur l’obligation que ce quinquennat soit réussi. Sinon, la prochaine fois, on y aura droit !

Jean Denat « La majorité des socialistes partagent une vision sociale démocrate, comme l’ont témoigné nos différents congrès. À la Primaire, ce n’est pas les socialistes qui ont voté. L’élection était ouverte et, nous avons vu beaucoup de communistes voter Hamon ».
Jean Denat : « La majorité des socialistes partagent une vision social-démocrate, comme le démontrent nos différents congrès. À la Primaire, ce ne sont pas les socialistes qui ont voté. L’élection était ouverte, nous avons vu beaucoup de communistes voter Hamon ». (Photo : Coralie Mollaret)

En quelque sorte, c'est une coalition que vous imaginez. Mais une partie des socialistes la refusera...  

Cela ira rejoindre les rangs des Insoumis. Voilà pourquoi, je dis que c’est la mort du congrès d’Épinay et l’avènement d’un nouveau Parti Socialiste.

Sur quelles valeurs serait-il fondé ? 

Une gauche moderne, sociale et responsable. Un parti qui défend l’idée d’une France ouverte, généreuse, protégée par l’Europe. Il faut sortir du PS de l’ancien temps. Si nous avons autant de chômage aujourd’hui, c’est parce que nous avons passé beaucoup plus de temps à nous préoccuper des salariés que des gens sans emploi ! Les entreprises ont des marchés fluctuants. Il faut qu’elles puissent, à un moment donné, avoir la souplesse de conquérir de nouveaux marchés. Et en même temps, il faut de la sécurité pour les travailleurs : une qualification nouvelle pour un emploi nouveau. On en crève du manque de qualification ! Je suis le maire de Vauvert et je crève de l’absence d’un lycée ici, avec des gens qui ne sont pas diplômés…  Si demain on créé des emplois dans notre zone d’activité, mon souci va être que ce soit les Vauverdois qui les occupent !

« Pour assoir sa majorité au Parlement, Macron aura besoin des voix du PS »

Qu’est-ce qui vous fait croire qu’Emmanuel Macron cherchera un accord avec les socialistes ? 

Le mouvement d’Emmanuel Macron est jeune. Ses candidats ne sont pas tous en capacité de remporter l’élection. Vous savez, ce n’est pas parce que nous avons un président de la République qui n’a jamais été élu, que nous devons forcément avoir des députés qui n’ont aucune expérience politique ! La politique, ça ne s’improvise pas… En outre, on ne peut pas habituer les socialistes à voter par défaut, par crainte. Demain aux Législatives, les socialistes retrouveront des candidats du PS. Alors, pour assoir sa majorité au Parlement, Macron aura besoin des voix du PS. Dans ces 19 jours qui nous séparent du dépôt des candidatures, il faut une stratégie, au risque de favoriser la victoire de la droite et donc une cohabitation. Quand on a voulu éviter un duel Le Pen-Fillon, ce n’est pas pour se retrouver avec un premier ministre de droite.

Aujourd’hui, vous êtes à Paris pour le Conseil national du PS. Sur quoi porteront les discussions ? 

Nous devons valider le contenu de projet pour les Législatives. Ce n’est pas le projet de Benoît Hamon, qui n’était pas celui du PS. Nous rassemblons des préoccupations portées par Valls, Hamon et Mélenchon. Exemple : le refus du TAFTA*, la réécriture du CETA*, le refus de supprimer l’ISF… Ensuite, on parlera stratégie. La dernière fois, j’ai évoqué la situation gardoise au bureau national : le ralliement de Françoise Dumas à Emmanuel Macron (1e circonscription) ou la dissidence d’Olivier Gaillard (5e). On m’a dit de ne pas ajouter de la désunion à la désunion. Pour l’instant rien a changé, je tiens compte des investitures, validées par les militants. Ce ne veut pas dire que tout ne peut pas changer en trois jours…

*TAFTA : Traité de libre-échange transatlantique.

*CETA : Accord de libre-échange avec le Canada.

Propos recueillis par Coralie Mollaret

Publicité
Publicité
Publicité

Coralie Mollaret

Journaliste Reporter d'Images pendant un an à Marseille, j'ai traversé le Rhône voilà quelques années pour vous informer en temps réel sur l'actualité Gardoise…

Articles similaires

6 commentaires

  1. Non jean, je crois sincèrement que tu te trompes de débat. Vous devez répondre ce mardi à la question: est ce que le socialisme est soluble dans le libéralisme?
    C’est en allant vers la mer que le fleuve reste fidèle à sa source disait Jaures, …. ce n’est pas dans les marais que nous répondrons aux attentes de nos concitoyens.
    Et si votre réponse est oui, alors vous ne pourrez plus vous revendiquer de la social démocratie, encore moins du socialisme. Le Parti que vous créeriez alors, de fait, serait un Parti de centre droit. Il s’agit juste de l’assumer et de répondre en second lieu à une autre question : est ce que le libéralisme peut répondre à l’attente des gens ?
    Il me semble plutôt judicieux de ne pas oublier que notre famille c’est toute la gauche et les écologistes, ce qui ne vaut pas opposition systématique à tout mais qui donne un cap, et devrait imposer une morale de l’action ce qui ne semble pas le cas.
    Vous pouvez choisir un avenir désirable ou rejoindre un Président libéral, vous avez une lourde responsabilité.
    Bonnes réflexions et à bientôt.
    Alain Fabre Pujol
    Ancien député, conseiller Municipal Nîmes

    1. Pas faux. Cela dit on assiste à la fin de la dérive du PS donc le ralliement à Macron est somme toute logique compte tenu de la pratique non à gauche du PS depuis pas mal de temps et tout particulièrement sous Hollande.
      Il vaut mieux que les pseudos socialistes s’embarquent dans la galère libérale de Macron..après le pédalo du capitaine Hollande.

  2. Loozer Denat et tous ses candidats aux législatives sont prêts à se coucher devant Macron pour avoir un bout de gâteau à manger! Pitoyable!
    Ils n’ont rien compris et ils sont responsables de l’échec du PS car ils ont tous participé à sa longue dérive droitière et carriériste.
    Qu’ils dégagent tous!

  3. « le refus de supprimer l’ISF »
    Il est déjà supprimer par l eplafonnement misen placepar Hollande:
    voir article Canard Enchaîne » du 8 juin 2016: «  »Le Canard enchainé » publie ce 8 juin la liste des 50 contribuables français les plus fortunés qui, en 2015, ont payé peu ou pas d’ISF, grâce à la règle édictant qu’au-delà de 75 % des revenus l’impôt devient « confiscatoire ». « . Le « Palmipède » publie en effet une liste, concoctée par les bons soins de Bercy, des 50 contribuables qui ont bénéficié en 2015, en toute légalité, d’un abattement massif sur leur Impôt de solidarité sur la fortune (ISF). En moyenne 90 %. Soit un manque à gagner pour l’Etat, pour ces 50 contribuables, d’un peu plus de 199 millions d’euros cette année-là… « Prendre des gens pour des imbéciles est tellement simple,n’est-ce pas?

  4. Je ne comprends rien à cet article, à moins que ce soit le positionnement de M. Denat qui manque de clarté. Alors, le PS, il est de droite ou de gauche?? Si, j’analyse cette phase compliquée de métamorphose du PS, la mue sera achevée avec les investitures… Pas très courageux, tout ça. Je retiens juste cette péri-phrase dans la confession de M. Denat: la gauche du PS pourra toujours rejoindre les Insoumis…. Candidate insoumise sur la 3e circo du Gard, je me demande si les Insoumis sont prêts à accueillir tous ces « migrants » politiques… qui ont largement participé à la défaite de Jean-Luc Mélenchon à la Présidentielle.

    1. Il faudrait déjà que les insoumis ne soient pas sectaires au point de fermer la porte à tous leurs partenaires de la Présidentielles. Etre insoumis et vouloir soumettre les autres avec un diktat ..c’est pas terrible et ça casse la dynamique du vote populaire écolo social qui s’est porté sur Mélenchon. C’est politiquement irresponsable, désespérant voire débile. Le FN vous remercie dans le Gard…et ailleurs.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.

Bouton retour en haut de la page

Adblock détecté

S'il vous plaît envisager de nous soutenir en désactivant votre bloqueur de publicité